Semaine du 1er au 6 septembre
Il faut distinguer entre l'offensive allemande qui était de pousser sur Paris, et le plan allemand, nous abattre avant de se porter contre la Russie.
L'offensive a réussie, le plan échoué.
Le succés du plan allemand était subordonné à des conditions de temps.
Première condition : il eût fallu crever notre couverture. Notre frontière du Nord-Est restait moins solidement gardée que notre frontière de l'Est. Il eût fallu pouvoir y jeter, en quelques jours, le gros des forces allemandes. Ce fut fait en trois semaines.
La résistance de la Belgique a ralentie l'offensive allemande.
Notre frontière franchie, il eût fallu que l'armée allemande pût marcher sur Paris. Chaque pouce de territoire lui a été disputé. Nous n'avons reculé nulle part qu'aprés de durs combats.
Dans les Ardennes et en Lorraine, les troupes allemandes ont été repoussées avec de très grosses pertes.
La principale colonne de l'armée d'invasion avance. Elle était hier dans la forêt de Compiègne. Elle ne reculera devant aucun sacrifice pour nous faire entendre son canon. Nous sommes habitués à voir ses avions. Cependant sur ses flancs, nos armées et l'armée anglaise continuent, soit à manoeuvrer, soit à combattre.
Malgré l'énorme poussée de plus d'un million d'hommes, l'heure marquée pour notre chute par l'état-major allemand est donc passée. Nous sommes debout. Nous tenons.
Et, dès lors, c'est l'état-major allemand qui avoue l'échec de son plan. Il devait se retourner contre les russes qu'après nous avoir abattus. Et voici deux jours que les trains succèdent aux trains, emportant de Belgique en Prusse des troupes destinées à disputer aux Russes la route de Berlin.


Lundi 7 septembre
Dans la grande action engagée entre l'armée franco-anglaise et l'armée allemande sur le vaste front qui s'étend de la région de Meaux aux approches de Verdun, tandis que nous avons dans les Vosges des succés partiels, et lorsque la reste sans changement à notre centre, l'armée de Paris livre sur l'Ourcq des combats heureux et la progression des troupes franco-anglaises s'accentue à notre aile gauche.
Le ministre de la Guerre, au nom du gouvernement et du pays tout entier, adresse aux défenseurs et à la population de Maubeuge, l'expression de son admiration pour leur attitude héroïque. Le gouverneur de la ville est cité à l'ordre du jour des armées.
Les Russes détruisent deux divisions de l'armée autrichienne de Lemberg, battent une seconde armée dans la région de Lublin, et s'emparent des puissantes fortifications de Nicolaïeff, détruisant les coupoles blindées et prenant 40 canons et de fortes quantités de munitions.
La panique grandit à vienne, où 20000 hommes sont employés à des travaux de défense. L'Autriche, aux abois, convoque en hâte ses dernières recrues.


L'archiduc Charles-François-Joseph



Mardi 8 septembre
La marche en avant des armées allemandes en France est complètement arrêtée.
Elles subissent des échecs sensibles à Fère-Champenoise et à Montmirail, et cherchent vainement à enrayer notre offensive sur les rives de l'Ourcq, où leurs attaques furieuses demeurent sans succés.
Il en est de même dans la région de Nancy, tandis que nous reprenons, plus à l'Est, la crête de Mandray et le col des Fourneaux.
Nos alliés anglais progressent sur la Marne, entre Meaux et Sézanne, nous faisons de nombreux prisonniers et nous nous emparons de caissons et de mitailleuses.
Une nouvelle tentative des Allemands contre Anvers est arrêtée par l'ouverture des écluses. Une partie de l'artillerie ennemie, qui s'était avancée vers Termonde, est perdue. En même temps, l'artillerie belge ouvre un feu violent sur le troupes allemandes, leur tuant un millier d'hommes et en blessant près de trois mille.
La situation ne varie pas en Prusse, mais de vifs combats s'engagent en Galicie, où les Autrichiens poursuivent leur retraite dans des conditions pénibles. Leurs pertes sont énormes et de nombreux régiments sont complètement décimés.

   


Mercredi 9 septembre
On ne signale aucun changement notoire à notre droite, non plus qu'au centre, où l'avance de nos troupes s'est maintenue. A gauche, au contraire, malgré tous leurs efforts contre l'aile groupée sur l'Ourcq, les Allemands ont été contraints de reculer de 40 km, tandis que l'armée anglaise franchisait la Marne.
Tous les renseignements recueillis auprès des blessés français ou des prisonniers allemands s'accordent pour établir que l'ennemi manque de munitions et est en proie à une extrême fatigue.
Deux drapeaux pris sur l'Ourcq à l'ennemi ont été apportés au quartier général de l'armée de Paris. L'un était celui des fusiliers de Magdebourg, décoré de la croix de fer en 1870. Le fantassin réserviste Guilmard, qui s'en est emparé, a été félicité par le général Galliéni, qui lui a remis la médaille militaire.
Il se confirme que l'empereur Guillaume est venu assister aux récentes opérations de ses armées dans la région de Nancy, et l'on assure qu'il est reparti très mécontent de l'inutilité de leurs attaques.
Lord Kitchener demande à Mr Millerand de transmettre au général Joffre les sentiments de l'armée anglaise, heureuse et fière de coopérer avec nos troupes et de leur prêter un appui sur lequel elles pourront toujours compter.
Les Autrichiens, unis aux Allemands, sont battus dans la direction de Lublin et sur la rive gauche de la Vistule. De grandes batailles sont engagées depuis Rawa-Ruska jusqu'au Dniester, où l'armée autrichienne, battue à Lemberg, a reçu des renforts.
Les Serbes et les Monténégrins pénètrent sur le territoire autrichien.


Jeudi 10 septembre
En France, sur tout le front, la bataille continue. C'est seulement sur le route de Château-Salins que les Allemands marquent une légère avance, compensée, dans la même région, par celle de nos troupes vers la fôret de Champenoux.
Au centre et à droite, la situation reste la même, tandis qu'à gauche le recul de l'ennemi s'accentue; entre Château-Thierry et Vitry-le-François, la garde prussienne est repoussée au dessus des marais de Saint Gond; en même temps, l'armée franco-anglaise, qui a passé la Marne entre la Ferté-sous-Jouarre et Château-Thierry, gagne encore vingt kilomètres sur les Allemands, auxquels les Anglais prennent des mitrailleuses et font de nombreux prisonniers.
Un drapeau allemand, conquis le jour même traverse Paris, aux applaudissements de la foule, et l'on apprend que le prince Joachim, deuxième fils de l'empereur Guillaume, a été grièvement blessé dans les combats de Saint- Gond.
Les Russes continuent de masser des troupes en Prusse, pendant qu'ils poursuivent leurs succés en Galicie. Ils battent les Autrichiens sur les lignes de Rawa-Ruska, aprés quatre jours de lutte et entament une autre grande bataille, au sud de Lemberg, contre plusieurs corps autrichiens renforcés de deux corps allemands.
L'offensive serbe et monténégrine se poursuit victorieusement, et les Serbes s'emparent de Semlin.
Le nouveau pape exprime son horreur pour la guerre actuelle, dans un appel adressé au monde catholique, et demande aux chefs d'Etat et de gouvernements de hâter la conclusion de la paix.


 
Prisonniers allemands en route vers la Bretagne, photographiés dans un wagon

Les convois de prisonniers se suivent de si près que, le long des voies ferrées, la population, blasée, se dérange à peine pour aller voir les vaincus. D'une façon générale, les soldats allemands, abattus et démoralisés, se montrent d'une douceur, d'une obséquiosité qui ne trompe d'ailleurs personne; mais les officiers affectent une attitude arrogante et hautaine. Exténués et affamés, les prisonniers dorment lourdement sur la paille des wagons pendant la plus grande partie du voyage. Leurs gardiens les traitent avec humanité.
 


Vendredi 11 septembre
Les succés anglo-français se poursuivent au centre et à l'aile gauche, où les armées allemandes, commandées par les généraux von Kluck et von Bulow, après de vains efforts pour regagner le terrain perdu pendant les quatre journées précédentes, abandonnent le contact avec nos troupes et battent en retraite dans la direction de l'Aisne et de l'Oise. Poursuivies vigoureusement, elles abandonnent de nombreuses munitions, du matériel, des blessés et des prisonniers.
L'armée anglaise s'empare de onze canons, fait 1500 prisonniers et enlève un matériel important.
Dans une lettre où il loue les conceptions stratégiques du généralissime, le Président de la République prie le ministre de la Guerre de transmettre au général commandant en chef, aux officiers et aux soldats, "l'expression de son admiration, ainsi que les félicitations et les encouragements du gouvernement de la République".
Sur la proposition de Mr Asquith, la Chambre des communes décide d'augmenter l'armée anglaise de 500.000 hommes. L'Angleterre pourra ainsi mettre en campagne plus de 1.200.000 combattants.
Au sud de Lemberg, les Autrichiens sont de nouveau repoussés par les Russes, qui contraignent également à la retraite une seconde armée autrichienne, groupée à Tomachoff. Pendant ce temps, l'offensive serbe se prononce sur le territoire autrichien, et semble avoir pour but une jonction avec les Russes.




Samedi 12 septembre
Le recul des armées allemandes sur la Marne et sur l'ensemble du front, après s'être changé en retraite, atteint devant notre aile gauche les proportions d'une déroute. Poursuivies vigoureusement, elles abandonnent un immense matèriel, de l'artillerie, et nous leur faisons de nombreux prisonniers.
Dans leur fuite, elle dépassent Reims; elles évacuent au centre la région de Vitry-le-François, cèdent dans l'Argonne à droite et reculent en Lorraine. Nous réoccupons Lunéville et Saint-Dié, Raon-l'Etape, Nomény, Pont-à-Mousson, etc.
On a connaissance de l'énergique ordre du jour adressé aux armées le 6 septembre, par le général Joffre, disant à nos soldats que de la bataille qui s'engage "dépend le sort de la patrie", que tous les efforts doivent tendre à attaquer et refouler l'ennemi, et qu'il faudra, "coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer".
En Belgique, l'armée d'Anvers entre en action et dessine une vigoureuse offensive contre les Allemands vers Termonde.
Les Russes livrent une série de combats heureux aux Austro-Allemands, en Galicie, et parviennent à mettre en déroute l'aile gauche de leur armée.


Dimanche 13 septembre
Le général Joffre adresse des félicitattions aux armées pour leur belle conduite pendant la bataille de cinq jours, qui s'est achevée par "une victoire incontestable", et le général Galliéni félicite l'armée de Paris pour le concours qu'elle a prêté à l'action générale.
Au ministre de la Guerre, le généralissime envoie un télégramme indiquant l'étendue de la victoire obtenue par l'héroïsme de nos soldats et de nos alliés, disant que nos armées de gauche et du centre poursuivent les Allemands au nord de la Marne et de l'Aisne, et que cette poursuite, d'une extension sans exemple, sera continuée avec énergie. Le général Joffre termine ainsi : " Le Gouvernement de la République peut-être fier de l'armée qu'il a préparée".
A la nouvelles des succés des alliés en France, des manifestations sympathiques ont lieu en Suisse et dans toute l'Italie.
Le roi des Belges exprime à notre représentant son admiration pour nos troupes et leur chef.
Une grande bataille est engagée en Belgique. L'armée d'Anvers reprend Malines et fait reculer partout les lignes allemandes. Sauf un léger recul de l'aile gauche belge, l'offensive se poursuit d'une manière satisfaisante dans la direction de Louvain.
Les Austro-Allemands sont complètement battus en Galicie, après une bataille de 17 jours, où ils avaient mis en ligne plus d'un million d'hommes et 2500 canons.
La route de Vienne est ouverte.
En Prusse orientale, près de Mlava, deux divisions allemandes ont été battues. En Silésie, la chute de Breslau est imminente, et l'avant-garde du centre russe s'avance dans la direction de Berlin.



  Lundi 14 septembre
L'armée allemande se retire au nord de l'Aisne, après avoir abandonné la ligne de defense qu'elle s'était préparée entre Compiègne et Soissons. Elle se retire égalemant de ses positions en arrière de Reims. Elle se replie en Argonne, au delà de Triaucourt, et bat en retraite de Nancy aux Vosges. En somme le mouvement de retraite est général. Nous avons repris Amiens, et dans la Woëvre le fort de Troyon.
Les Russes, après un temps d'arrêt, ont recommencé leurs opérations en Prusse orientale;ils ont enlevé en Autriche la province de Bukovine, qui confine à la Roumanie et dont la capitale est Czernowitz; ils se préparent à conquérir Cracovie, évacuée par les forces austro-hongroises.
Les Serbes continuent leur offensive sur la Save et la Drina.
L'armée belge est rentrée dans Anvers, aprés avoir infligé des pertes cruelles aux Allemands, auxquels elle immobilise plusieurs corps, au moins 100.000 hommes.
Le gouvernement de Berlin s'efforce en vain de placer immédiatement son emprunt de 1250 millions. Les Allemands ne répondent guère, hormis M.Bertha Krupp, chef de la maison de ce nom, qui prête 30 millions parce qu'elle est sûre de toucher le décuple en prix d'armes et de munitions. Quant aux Américains, ils font grise mine au pays qui est responsable du sac de Louvain.
Les journaux populaires italiens revendiquent de plus en plus hautement une coopération avisée avec la France.Ils disent que si l'Italie laisse passer la minute psychologique, elle se diminuera elle- même et s'interdira toute revendication à la signature de la paix.
 

Mardi 15 septembre
Les Allemands ont résisté sur une ligne jalonnée, au nord de l'Aisne, par la forêt de Laigle et par la position de Craonne. Nos troupes, de ce côté, sont en contact étroit avec eux. Elles ont pris également le contact au nord de Reims. Au centre, nous marchons de l'avant vers la Meuse, l'ennemi occupant le front Varennes- Consenvoye. A notre droite, il se retire sur Etain, Metz, Delme et Château-Salins.
Les Serbes ont pris Orsova, à la frontière roumaine et infligé un grave échec aux Austro-Hongrois, à la frontière bosniaque.


L'empereur, suivi de son état-major, se rend à cheval sur le front des troupes 

Mercredi 16 septembre
L'ennemi livre une bataille défensive sur l'Aisne, après s'être fortement retranché sur certaines parties de son front. Ce front est marqué par Noyon, une ligne passant au nord de Vic-sur-l'Aisne et de Soissons, le massif de Laon, les hauteurs qui couvrent Reims au nord et à l'ouest, et une ligne qui prolonge ce premier tracé.
Beaucoup de prisonniers, d'armes et de munitions sont tombés entre nos mains au cours de la poursuite qui a succédé à la bataille de la Marne.
Brillant fait d'armes de nos troupes à Poperinghe, dans la Flandre orientale, sur la ligne d'Hazebrouck à Ypres. On annonce, d'autre part, que Bruxelles ne va pas tarder à être évacuée et que le maréchal von der Goltz, dans un manifeste, fait prévoir cette évacuation.
Les nouvelles complémentaires qui parviennent de Petrograd indiquent que l'écrasement des Autrichiens en Galicie a été total, comme celui des divisions allemandes venues au secours des Autrichiens. Les Russes vont investir Przemysl.
Les Serbes progressent en Bosnie.
Les prix haussent de plus en plus en Allemagne et la récolte n'a pu être faite en Prusse orientale.
Des pourparlers sont ouverts entre la Roumanie et l'Italie en vue d'une action commune.
L'attaché militaire italien a quitté l'Allemagne. Ce départ est attribué à diverses causes, mais il est certain que des froissements graves ont eu lieu entre cet attaché, le comte Calderari, et le gouvernement allemand.


Le Tsar s'entretient avec le grand-duc Nicolas

Jeudi 17 septembre
La résistance de l'ennemi continue sur les hauteurs qui dominent la rive droite de l'Aisne, de Noyon à Craonne. Il semble pourtant qu'ils ont fléchi en quelques endroits. Cette indication se trouve dans les communiqués officiels français et dans les communiqués officiels anglais. Ce qui est sûr c'est que les Allemands, de ce côté, ont subi des pertes élevées.
Ils se fortifient sur le piton de Montfaucon dans l'Argonne. Plus à l'est, des combats se sont engagés dans la Woêvre, entre Verdun et la frontière.
Une note officielle confirme la déroute empreinte de panique, que les Autichiens ont subi en Galicie. Devant la situation très grave qui est faite à l'Autriche, François-Joseph a décidé de provoquer la levée en masse, et tous les propos qu'il tient attestent qu'il juge la condition de son empire telle qu'elle est dans la réalité, désespérée.
Les Serbes ont remporté, de leur côté, de nouveaux avantages sur les forces austro-hongroises qui opèrent sur la Save et sur la Drina. Ils voudraient maintenant marcher sur Budapest. Cette opération, bien que compliquée, offre pourtant d'autant plus de possibilités que les Monténégrins sont arrivés à 50 kilomètres de Sarajevo, la capitale de la Bosnie, où fut assassiné, au mois de juin, l'archiduc héritier Françoic-Ferdinand.
La presse italienne polémique toujours au sujet de la neutralité. Le journal populaire le Messaggero est au premier rang parmi ceux qui revendiquent la coopération armée du gouvernement de Rome avec les Alliés.
Les Japonais progressent rapidement dans la colonie allemande de Kiao-Tcheou. Leur action justifie ce que dit Guillaume II dans un manifeste aux contribuables allemands qu'il invite à souscrire à l'emprunt de 1250 millions : "Nous sommes en lutte contre le monde en armes".
Si le cabinet de Berlin, qui n'inspire que méfiance, ne trouve pas d'argent, l'emprunt anglais de 375 millions de francs a été couvert trois fois.
La délégation roumaine qui est arrivée à Rome insiste vivement pour qu'une collaboration s'instaure entre son pays et l'Italie, et pour que l'Italie exerce son action dans les affaires balkaniques.
Les Prussiens ont fusillés à Anvers 75 Bavarois qui protestaient contre les souillures infligées au buste de la reine des Belges, née Bavaroise. D'autres incidents de même ordre ont éclaté à Liège.


Soldats d'infanterie russe dans une tranchée

Vendredi 18 septembre
Les troupes franco-anglaises ont progressé à l'aile gauche, le long de la ligne de bataille. Plusieurs contre-offensives exécutées de nuit par les Allemands ont été repoussées, soit par nos alliés, soit par nous-mêmes, de Noyon à Craonne et jusqu'à Reims que l'ennemi a vainement essayé d'attaquer.
Entre Reims et l'Argonne, cet ennemi s'est vigoureusement fortifié, en construisant des tranchées-abris, où tout a été prévu.
Notre ministre de la Guerre, se préoccupant de l'instruction militaire de la classe 1914, qui vient d'être appelée, a décidé qu'elle se ferait dans des camps - le contingent se trouverait de la sorte particulièrement bien aguerri.
Les Russes annoncent qu'ils ont coupé toutes communications entre Przemysl, au centre de la Galicie, et Cracovie. Ils marchent, d'autre part, sur cette grande cité, par Sandomir, leur ville frontière qu'ils ont reprise. Cracovie enlevée, le chemin de Breslau et de Berlin par la Silésie leur sera largement ouvert. Leurs succès sont d'autant plus marqués qu'ils auraient encerclé deux armées austro-hongroises, dont l'une est accompagnée par l'archiduc héritier d'Autriche. Celui-ci pourrait, dit-on, se trouver contraint à une capitulation.
Lord Kitchener, ministre de la Guerre anglais, a prononcé un grand discours à la Chambre des lords. Il a énuméré encore une fois les mesures prises pour augmenter le contingent britannique et conclu en disant que 500.000 hommes pourraient, à bref délai, passer sur le continent. Ils constitueraient quatre armées.
Il faut démentir en même temps que des troupes russes aient débarqué sur le sol du Royaume-Uni. Le bruit avait couru, en effet, que ces troupes étaient venues d'Arkangel dans la mer Blanche, en Europe, par une traversée de l'océan Glacial arctique et de la mer du Nord.

Samedi 19 septembre
Nos troupes ont progressé à l'aile gauche sur la ligne de l'Aisne, mais la bataille, dans l'ensemble, offre une légère accalmie.
Les Allemands qui avaient réussi à reprendre l'offensive en Prusse orientale, après avoir été renforcés, ont été violemment repoussés par le général Rennenkampf.
Le roi d'Angleterre, dans le discours du trône, annonce que la Grande-Bretagne ne posera les armes qu'après avoir atteint complètement son but.
Les Allemands évacuent leurs blessés de Bruxelles sur Wavre.
M. Take Jonesco, l'homme d'Etat le plus important de la Roumanie actuelle, fait des déclarations extrêmement catégoriques en faveur de la Triple-Entente contre le bloc germanique.
 
La bataille de Chatillon-sur-Morin
 
Dimanche 20 septembre
Nous n'avons cessé de progresser à notre aile gauche dans les combats sur l'Aisne.
Un drapeau a été pris au sud de Noyon.
Sur le plateau de Craonne a eu lieu une affaire importante; nous avons fait de nombreux prisonniers.
Les Allemands n'ont pu reprendre Reims, malgré de violents efforts. Ils se vengent en bombardant la cathédrale. A notre aile droite, l'armée du kronprinz continue à se replier - et nous cheminons normalement en Lorraine.
L'armée russe de Calicie s'est avancée jusqu'au pied des monts Carpathes, en enlevant plusieurs localités fortifiées d'une réelle importance.
L'Allemagne a rappelé son ministre à Bucarest, M. Waldthausen et lui a donné comme successeur M. van den Busch. Elle est irritée, en effet, de l'attitude que le gouvemement roumain a adoptée à l'égard des Etats germaniques.
 


Lundi 21 septembre
De nouveaux progrés ont été réalisés par nos soldats sur la rive droite de l'Oise, dans la direction de Ribécourt-Noyon. Un drapeau a été pris là par nos troupes d'Algérie.
Des contre-attaques de l'ennemi ont été repoussées au nord de l'Aisne, en aval de Soissons, et aussi entre Craonne et Reims, où nous avons progressé, fait des prisonniers et enlevé le village de Souain. Des progrès ont été de même accomplis dans l'Argonne.
En Woëvre, les pluies, détrempant le terrain, l'ont rendu difficile. L'ennemi a essayé de recommencer ses attaques dans la région de Saint-Dié, mais s'y est heurté à une résistance soutenue.
L'armée russe bombarde Jaroslaw en Galicie et ouvre les opérations contre la forteresse de Przemysl.
Le tsar a autorisé la création d'un nouveau drapeau national comprenant les trois couleurs russes et l'emblème impérial.
La destruction, par le bombardement, de la cathédrale de Reims, que les Allemands ont anéantie sans qu'aucun intérêt militaire quelconque leur pût servir de justification, a provoqué une stupeur et une indignation profondes. Le gouvernement français a saisi les puissances d'une protestation diplomatique.
Les troupes hollandaises ont tiré sur un Zeppelin qui cheminait au-dessus de la Zélande.
La garnison allemande de Kiao-Tcheou, 6.000 hommes, est affamée et épuisée.


Mardi 22 septembre
Toutes les offensives allemandes sur le front, de Soissons à Reims, ont été brisées. Nous avons réalisé des progrès sensibles entre Reims et l'Argonne, en prenant plusieurs localités, et dans l'ensemble il semble que le conbat soit devenu moins violent.
Les Russes ont capturé à nouveau plus de 15.000 Autrichiens dans leur marche à travers la Galicie.
Les Serbes et les Monténégrins ont progressé en Bosnie. Ils sont presque aux portes de Sarajevo, la capitale de cette province. Une attaque navale d'une escadrille autrichienne a totalement échoué devant le port monténégrin d'Antivari.
On signale des cas nombreux d'insubordination dans l'armée bavaroise qui est d'ailleurs très irritée de l'attitude de l'état-major prussien à son égard.
Les Allemands ont interdit aux Bruxellois d'arborer le drapeau belge et de lire les journaux belges ou anglais.
Le quatrième fils de Guillaume II, Auguste-Guillaume, a été blessé.



Les autobus berlinois sont affectés au service de la Croix-Rouge


Mercredi 23 septembre
Les Allemands manifestent quelque activité mais sans en retirer le moindre profit. Nous avons gagné du terrain à l'aile gauche sur l'Oise. L'ennemi a procédé à une canonnade entre l'Oise et l'Aisne; nous avons réalisé des progrès entre Souain et l'Argonne.
En Woëvre, les forces allemandes ont attaqué les Hauts-de-Meuse, par l'est, mais sans résultat. En Lorraine, elles ont franchi de nouveau la frontière en petites colonnes et réoccupé Domèvre près de Blamont.
Le résultat des deux premières journées pour nous a été la capture de nombreux soldats allemands. On dit : 7000, appartenant à divers corps d'armée.
L'armée russe a occupé la forteresse importante de Jareslaw, en Galicie.
Les Serbes, de leur côté, ont écrasé 250.000 Austro-Hongrois qui avaient essayé à nouveau de pénétrer sur leur territoire -et maintenant ils avancent beaucoup plus librement à travers la Bosnie, coopérant avec les Monténégrins.
L'armée belge a remporté un succès au sud de Malines, à Sempst, et de ce côté les Allemands sentent si bien la partie compromise qu'ils se retranchent autour de Louvain et de Wavre.

  Jeudi 24 septembre
Progrès de notre aile gauche, après de violents combats, dans la région de Lassigny. Situation inchangée sur la rive gauche de l'Oise et au nord de l'Aisne, comme aussi entre Reims et la Meuse. Les attaques de l'ennemi sont repoussées en Woëvre, au nord-est comme au sud-est de Verdun : - ses pertes sont là sensibles. En Lorraine, il a évacué Nomény et Arracourt, aux confins de Meurthe-et-Moselle.
La bataille de l'Aisne prend de plus en plus le caractère d'une guerre de fortesesse, analogue aux opérations qui se sont déroulées six ans plus tôt en Mandchourie. Par suite la progression ne peut être que lente.
Les Russes opèrent avec succès devant Przemysl.
Les Monténégrins et les Serbes sont arrivés devant Sarajevo, capitale de la Bosnie, à laquelle ils livrent un assaut furieux. Peut-être même sont-i1s déjà maîtres de cette ville importante.
Notre escadre de la Méditerranée, aux ordres de l'amiral Boué de Lapeyrère, après avoir canonné et détruit les forts qui défendent l'éntrée des bouches de Cattaro, a détaché des forces d'artillerie qui vont armer plus solidement encore le mont Lovcen au-dessus de la rade. Ces forces coopéreront avec les troupes mouténégrines.
Les croiseurs allemands Goeben et Breslau seraient entrés dans la mer Noire.
 




Vendredi 25 septembre
Des progrès se marquent - et des progrès importants.
Entre Somme et Oise, nous avons marché vers Roye, tandis que plus au nord un détachement occupait Péronne et s'y maintenait malgré les attaques furieuses de l'ennemi. Une accalmie s'est marquée vers Reims. Dans l'Argonne et les Hauts-de-Meuse, les attaques ennemies ont dû cesser, comme l'offensive de quelques colonnes en Meurthe-et-Moselle.
Les dépêches de Petrograd insistent à juste titre sur la valeur de la bataille gagnée par les Russes à Jaroslaw.
Des navires austro-hongrois out coulé sur des mines dans l'Adriatique.
Le croiseur allemand Emden a jeté quelques obus sur Madras dans l'Inde anglaise.
Le gouvernement russe a publié un Livre orange, c'est-à-dire un recueil de documents diplomatiques qui est écrasant pour l'Allemagne et pour L'Autriche. Il atteste une fois de plus que les deux puissances germaniques ont voulu la guerre à tout prix.
 
Samedi 26 septembre
Une violente action s'est engagée à l'aile gauche de notre armée entre celles de nos forces qui opèrent entre Somme et Oise et les corps que l'ennemi a concentrés de Tergnier à Saint-Quentin. Pour opérer cette concentration, il a dû faire venir des contingents du centre de sa ligne de bataille et aussi de Lorraine et des Vosges. Ceux-ci ont fait pour arriver un immense détour.
L'action est surtout très vive au nord-ouest de Noyon, où nous avons pris une offensive très serrée.
Dans la région de Reims, progrès de nos troupes qui ont occupé les hauteurs de Berru.
A droite de la Meuse, les Allemands ont réussi à prendre pied sur les Hauts-de-Meuse : ils ont canonné les forts du Camp des Romains et des Paroches, mais ils n'ont pas réussi à franchir la Meuse et une armée française qui est montée de Toul et de Nancy les a en partie refoulés vers le Rupt de Mad dont la vallée descend vers la Moselle et se confond avec celle de cette rivière au delà de la frontière, en territoire annexé.
La situation des Russes reste excellente vets Przemysl : ils ont repoussé une tentative allemande sur La Pologne, vers le gouvernement de Suwalki.
Les forces franco-anglaises ont bombardé les phares autrichiens le long de l'Adriatique , et ont débarqué dans l'île de Lissa. ELles offrent le combat à la flotte austro-hongroise qui se cache dans les passes et qui s'est d'ailleurs divisée en plusieurs fractions - de Pola à Sebenico.
On se demande de plus en plus ce que cherche la Turquie dont les attitudes sont contradictoires.
Des forces anglaises ont pris terre près de Kiao-Tcheou, afin de coopérer avec les Japonais à l'attaque de cette place.
Le joumal socialiste Vorwaerts est suspendu à Berlin pour avoir critiqué la marche des opérations et déclaré que les victoires proclamées par l'état-major prussien dissimulaient en réalité la retraite.
Il est à remarquer, d'autre part, que le député socialiste allemand Liebknecht, que les communiqués de l'agence officieuse Wolff disaient s'être engagé, a fait une série de conférences en Belgique et ne s'est pas fait faute de blâmer sévèrement les excès de toute nature commis par ses compatriotes.
Plusieurs dépêches signalent le passage d'une forte escadre dans le Sund, c'est-à-dire dans le détroit qui sépare Copenhague au Danemark de Malmoë en Suède, et dont la largeur n'est que de quatre à cinq kilomètres. Cette escadre se dirigeait vers le Sud. On croit reconnaître en elle une escadre anglaise.
Il n'est pas indifférent, en effet, de rappeler que le 21, M. Winston Churchill, ministre britannique de la marine, annonçait que puisque la flotte allemande se dissimulait dans les rades de la Baltique, la flotte du Royaume-Uni irait bientôt l'y chercher. Or le Sund conduit de la mer du Nord dans la mer Baltique. Le président des Etats-Unis, M. Woodrow Wilson, excédé des propos intempérants des membres de l'ambassade d'Allemagne à Washington, les a invités à s'abstenir de toute déclaration agressive pour une autre puissance. L'opinion américaine a pris nettement parti maintenant contre l'empire germanique.




Dimanche 27 septembre
Bien que la bataille entre Oise et Somme, apparemment entre Roye et Saint-Quentin, soit très violente, nous avons progressé. Progrès aussi entre Oise et Soissons. Les troupes allemandes qui avaient franchi la Meuse aux environs de Saint-Mihiel ont été, en très grande partie, rejetées dans le fleuve. En Woëvre, nous avons refoulé avec de très grosses pertes le 14eme corps allemand, qui passait pour être un des meilleurs.
Les Russes ont refoulé vers Cracovie l'armée autrichienne qui bat en retraite précipitamment. ILs ont pris Turka, qui commande les défilés des Carpathes vers Budapest, à 100 kilomètres en arrière de Przemysl et forcé leurs adversaires à dégarnir cette place de guerre. ILs auraient même pénétré dans la Silésie prussienne et occupé la ville de Tarnovitz.
Les Allemands continuent à se fortifier en Belgique, aux approches de Bruxelles et 40000 d'entre eux camperaient à Waterloo.
Les marins de la canonnière française Surprise ont occupé une partie du territoire congolais cédé en 1911 à l'Allemagne.

Lundi 28 septembre
La violente bataille qui s'est poursuivie tant au nord de la Somme qu'entre ce fleuve et l'Oise a été marquée par des progrès sensibles pour nos troupes.
Les Allemands ont procédé à de frénétiques attaques de front entre l'Oise et Reims, comme entre Reims et Souain, dans l'intention manifeste de trouer notre ligne au centre. A cet effet, la garde prussienne a donné. Sur certains points, elle avait pu s'avancer, mais nous n'avons pas tardé à reprendre l'avantage en lui infligeant des pertes caractérisées. Nous avons saisi un drapeau, des canons, des prisonniers. Le moral de nos troupes, après cette interminable et dure bataille, demeure excellent et leurs chefs sont obligés de les retenir pour les empêcher de prendre l'offensive avant l'heure.
Un nouveau Taube a volé sur Paris, tuant un vieillard et blessant une jeune fille.
Les Russes ont repoussé les troupes allemandes qui avaient essayé de franchir le Niémen. En Galicie, ils marchent rapidement vers Cracovie : ils ont occupé Debica et après avoir pris le col d'Oujok, dans les Carpathes, ils sont prêts à déboucher dans la grande plaine hongroise.
Le cinquième fils de Guillaume II, le prince Oscar, malade, a dû quitter son régiment.
Les Serbes ont de nouveau repoussé des attaques austro-hongroises sur la Save et sur la Drina.
Les Belges ont repris une offensive résolue.
Le commandant allemand de Mulhouse s'est suicidé de désespoir de n'avoir pu franchir les Vosges.




Mardi 29 septembre
Les indications qui viennent de la ligne de feu continuent à être favorables : celles qui viennent de notre aile gauche comme celles qui arrivent de notre centre ou des Hauts-de-Meuse.
Les Russes ont forcé les détachements austro-hongrois débandés à franchir les cols des Carpathes. C'est-à-dire que la route est libre pour eux vers Cracovie : la chute de cette place devant avoir une importance considérable pour la suite des opérations.
L'Allemagne a concentré vingt-deux corps d'armée à la frontière russe, en Prusse orientale, en Posnanie et en Silésie. L'empereur Guillaume II, qui est d'ailleurs indisposé, a quitté le front occidental de son empire pour se rendre sur le front est.
On dit qu'il a eu de vives discussions avec son fils ainé, auquel il aurait reproché l'insuccès, avoué par des journaux berlinois d'ordinaire officieux, de la campagne de France.
La garde prussienne, le meilleur corps de l'armée allemande, a perdu depuis le début de la guerre, un nombre énorme d'officiers. Ceux-ci ont déjà été plusieurs fois renouvelés.
On annonce que la Turquie ferait des efforts pour que Burhan Eddine, un prince ottoman, fût nommé prince d Albanie, en remplacement du prince de Wied, qui s'est retiré. Il y aurait là la source d'une complication internationale de plus, puisque l'Europe ou, du moins, la Triple Entente et l'Italie ne sanraient permettre aux Turcs de reprendre pied en Albanie.
Le gouvernement français décide que les auxiliaires, comme les exemptés et réformés, devront subir une nouvelle visite médicale.
  Mercredi 30 septembre
Nous avons progressé à l'aile gauche et sur les Hauts-de-Meuse. Ailleurs, nous avons repoussé vigoureusement l'offensive allemande et fait de nombreux prisonniers appartenant à plusieurs corps d'armée différents.
Le généralissime publie un tracé de la ligne de nos positions depuis la Woëvre jusqu'à la région entre Somme et Oise. Il en résulte que nous tenons fortement notre front, et que le cheminement de nos corps n'a pas cessé d'être actif.
Les Allemands subissent de sérieux échecs à la frontière de la Prusse orientale; ils se sont laissé entourer par les Russes dans une région forestière et lacustre, où leurs mouvements sont des plus difficiles.
Les Monténégrins s'étant approchés de Sarajevo, en venant du sud-est, les Serbes ont marché vers cette même ville par le nord-ouest. Ils ont occupé, à quelques kilomètres de la capitale de la Bosnie, le massif montagneux de la Roumania, qui culmine à 1700 mètres et qui est l'un des noeuds stratégiques de la région.
La flotte allemande a croisé dans la mer Baltique, mais les résultats qu'elle a obtenus le long des côtes russes sont totalement insignifiants.
La Turquie a poussé ses préparatifs de guerre et fermé les Dardanelles aux bâtiments de commerce.