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Prisonniers allemands en route vers la Bretagne, photographiés dans un wagon Les convois de prisonniers se suivent de si près que, le long des
voies ferrées, la population, blasée, se dérange à peine pour aller voir les vaincus. D'une façon générale, les soldats
allemands, abattus et démoralisés, se montrent d'une douceur, d'une obséquiosité qui ne trompe
d'ailleurs personne; mais les officiers affectent une attitude arrogante et hautaine. Exténués et
affamés, les prisonniers dorment lourdement sur la paille des wagons pendant la plus grande
partie du voyage. Leurs gardiens les traitent avec humanité. |
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Lundi 14 septembre L'armée allemande se retire au nord de l'Aisne, après avoir abandonné la ligne de defense qu'elle
s'était préparée entre Compiègne et Soissons. Elle se retire égalemant de ses positions en arrière
de Reims. Elle se replie en Argonne, au delà de Triaucourt, et bat en retraite de Nancy aux Vosges.
En somme le mouvement de retraite est général. Nous avons repris Amiens, et dans la Woëvre le fort de
Troyon. Les Russes, après un temps d'arrêt, ont recommencé leurs opérations en Prusse orientale;ils ont enlevé en Autriche la province de Bukovine, qui confine à la Roumanie et dont la capitale est Czernowitz; ils se préparent à conquérir Cracovie, évacuée par les forces austro-hongroises. Les Serbes continuent leur offensive sur la Save et la Drina. L'armée belge est rentrée dans Anvers, aprés avoir infligé des pertes cruelles aux Allemands, auxquels elle immobilise plusieurs corps, au moins 100.000 hommes. Le gouvernement de Berlin s'efforce en vain de placer immédiatement son emprunt de 1250 millions. Les Allemands ne répondent guère, hormis M.Bertha Krupp, chef de la maison de ce nom, qui prête 30 millions parce qu'elle est sûre de toucher le décuple en prix d'armes et de munitions. Quant aux Américains, ils font grise mine au pays qui est responsable du sac de Louvain. Les journaux populaires italiens revendiquent de plus en plus hautement une coopération avisée avec la France.Ils disent que si l'Italie laisse passer la minute psychologique, elle se diminuera elle- même et s'interdira toute revendication à la signature de la paix. |
L'empereur, suivi de son état-major, se rend à cheval sur le front des troupes
Le Tsar s'entretient avec le grand-duc Nicolas
Soldats d'infanterie russe dans une tranchée| Samedi 19 septembre Nos troupes ont progressé à l'aile gauche sur la ligne de l'Aisne, mais la bataille, dans l'ensemble, offre une légère accalmie.
Les Allemands qui avaient réussi à reprendre l'offensive en Prusse orientale, après avoir été renforcés, ont été violemment repoussés par le général Rennenkampf. Le roi d'Angleterre, dans le discours du trône, annonce que la Grande-Bretagne ne posera les armes qu'après avoir atteint complètement son but. Les Allemands évacuent leurs blessés de Bruxelles sur Wavre. M. Take Jonesco, l'homme d'Etat le plus important de la Roumanie actuelle, fait des déclarations extrêmement catégoriques en faveur de la Triple-Entente contre le bloc germanique. |
La bataille de Chatillon-sur-Morin |
Dimanche 20 septembre Nous n'avons cessé de progresser à notre aile gauche dans les combats sur l'Aisne.
Un drapeau a été pris au sud de Noyon. Sur le plateau de Craonne a eu lieu une affaire importante; nous avons fait de nombreux prisonniers. Les Allemands n'ont pu reprendre Reims, malgré de violents efforts. Ils se vengent en bombardant la cathédrale. A notre aile droite, l'armée du kronprinz continue à se replier - et nous cheminons normalement en Lorraine. L'armée russe de Calicie s'est avancée jusqu'au pied des monts Carpathes, en enlevant plusieurs localités fortifiées d'une réelle importance. L'Allemagne a rappelé son ministre à Bucarest, M. Waldthausen et lui a donné comme successeur M. van den Busch. Elle est irritée, en effet, de l'attitude que le gouvemement roumain a adoptée à l'égard des Etats germaniques. |
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Jeudi 24 septembre Progrès de notre aile gauche, après de violents combats, dans la région de Lassigny. Situation inchangée sur la rive gauche de l'Oise et au nord de l'Aisne, comme aussi entre Reims et la Meuse. Les attaques de l'ennemi sont repoussées en Woëvre, au nord-est comme au sud-est de Verdun : - ses pertes sont là sensibles. En Lorraine, il a évacué Nomény et Arracourt, aux confins de Meurthe-et-Moselle.
La bataille de l'Aisne prend de plus en plus le caractère d'une guerre de fortesesse, analogue aux opérations qui se sont déroulées six ans plus tôt en Mandchourie. Par suite la progression ne peut être que lente. Les Russes opèrent avec succès devant Przemysl. Les Monténégrins et les Serbes sont arrivés devant Sarajevo, capitale de la Bosnie, à laquelle ils livrent un assaut furieux. Peut-être même sont-i1s déjà maîtres de cette ville importante. Notre escadre de la Méditerranée, aux ordres de l'amiral Boué de Lapeyrère, après avoir canonné et détruit les forts qui défendent l'éntrée des bouches de Cattaro, a détaché des forces d'artillerie qui vont armer plus solidement encore le mont Lovcen au-dessus de la rade. Ces forces coopéreront avec les troupes mouténégrines. Les croiseurs allemands Goeben et Breslau seraient entrés dans la mer Noire. |
| Vendredi 25 septembre Des progrès se marquent - et des progrès importants.
Entre Somme et Oise, nous avons marché vers Roye, tandis que plus au nord un détachement occupait Péronne et s'y maintenait malgré les attaques furieuses de l'ennemi. Une accalmie s'est marquée vers Reims. Dans l'Argonne et les Hauts-de-Meuse, les attaques ennemies ont dû cesser, comme l'offensive de quelques colonnes en Meurthe-et-Moselle. Les dépêches de Petrograd insistent à juste titre sur la valeur de la bataille gagnée par les Russes à Jaroslaw. Des navires austro-hongrois out coulé sur des mines dans l'Adriatique. Le croiseur allemand Emden a jeté quelques obus sur Madras dans l'Inde anglaise. Le gouvernement russe a publié un Livre orange, c'est-à-dire un recueil de documents diplomatiques qui est écrasant pour l'Allemagne et pour L'Autriche. Il atteste une fois de plus que les deux puissances germaniques ont voulu la guerre à tout prix. |
Samedi 26 septembre Une violente action s'est engagée à l'aile gauche de notre armée entre celles de nos forces qui opèrent entre Somme et Oise et les corps que l'ennemi a concentrés de Tergnier à Saint-Quentin. Pour opérer cette concentration, il a dû faire venir des contingents du centre de sa ligne de bataille et aussi de Lorraine et des Vosges. Ceux-ci ont fait pour arriver un immense détour. L'action est surtout très vive au nord-ouest de Noyon, où nous avons pris une offensive très serrée. Dans la région de Reims, progrès de nos troupes qui ont occupé les hauteurs de Berru. A droite de la Meuse, les Allemands ont réussi à prendre pied sur les Hauts-de-Meuse : ils ont canonné les forts du Camp des Romains et des Paroches, mais ils n'ont pas réussi à franchir la Meuse et une armée française qui est montée de Toul et de Nancy les a en partie refoulés vers le Rupt de Mad dont la vallée descend vers la Moselle et se confond avec celle de cette rivière au delà de la frontière, en territoire annexé. La situation des Russes reste excellente vets Przemysl : ils ont repoussé une tentative allemande sur La Pologne, vers le gouvernement de Suwalki. Les forces franco-anglaises ont bombardé les phares autrichiens le long de l'Adriatique , et ont débarqué dans l'île de Lissa. ELles offrent le combat à la flotte austro-hongroise qui se cache dans les passes et qui s'est d'ailleurs divisée en plusieurs fractions - de Pola à Sebenico. On se demande de plus en plus ce que cherche la Turquie dont les attitudes sont contradictoires. Des forces anglaises ont pris terre près de Kiao-Tcheou, afin de coopérer avec les Japonais à l'attaque de cette place. Le joumal socialiste Vorwaerts est suspendu à Berlin pour avoir critiqué la marche des opérations et déclaré que les victoires proclamées par l'état-major prussien dissimulaient en réalité la retraite. Il est à remarquer, d'autre part, que le député socialiste allemand Liebknecht, que les communiqués de l'agence officieuse Wolff disaient s'être engagé, a fait une série de conférences en Belgique et ne s'est pas fait faute de blâmer sévèrement les excès de toute nature commis par ses compatriotes. Plusieurs dépêches signalent le passage d'une forte escadre dans le Sund, c'est-à-dire dans le détroit qui sépare Copenhague au Danemark de Malmoë en Suède, et dont la largeur n'est que de quatre à cinq kilomètres. Cette escadre se dirigeait vers le Sud. On croit reconnaître en elle une escadre anglaise. Il n'est pas indifférent, en effet, de rappeler que le 21, M. Winston Churchill, ministre britannique de la marine, annonçait que puisque la flotte allemande se dissimulait dans les rades de la Baltique, la flotte du Royaume-Uni irait bientôt l'y chercher. Or le Sund conduit de la mer du Nord dans la mer Baltique. Le président des Etats-Unis, M. Woodrow Wilson, excédé des propos intempérants des membres de l'ambassade d'Allemagne à Washington, les a invités à s'abstenir de toute déclaration agressive pour une autre puissance. L'opinion américaine a pris nettement parti maintenant contre l'empire germanique. |

| Mardi 29 septembre Les indications qui viennent de la ligne de feu continuent à être favorables : celles qui viennent de notre aile gauche comme celles qui arrivent de notre centre ou des Hauts-de-Meuse. Les Russes ont forcé les détachements austro-hongrois débandés à franchir les cols des Carpathes. C'est-à-dire que la route est libre pour eux vers Cracovie : la chute de cette place devant avoir une importance considérable pour la suite des opérations. L'Allemagne a concentré vingt-deux corps d'armée à la frontière russe, en Prusse orientale, en Posnanie et en Silésie. L'empereur Guillaume II, qui est d'ailleurs indisposé, a quitté le front occidental de son empire pour se rendre sur le front est. On dit qu'il a eu de vives discussions avec son fils ainé, auquel il aurait reproché l'insuccès, avoué par des journaux berlinois d'ordinaire officieux, de la campagne de France. La garde prussienne, le meilleur corps de l'armée allemande, a perdu depuis le début de la guerre, un nombre énorme d'officiers. Ceux-ci ont déjà été plusieurs fois renouvelés. On annonce que la Turquie ferait des efforts pour que Burhan Eddine, un prince ottoman, fût nommé prince d Albanie, en remplacement du prince de Wied, qui s'est retiré. Il y aurait là la source d'une complication internationale de plus, puisque l'Europe ou, du moins, la Triple Entente et l'Italie ne sanraient permettre aux Turcs de reprendre pied en Albanie. Le gouvernement français décide que les auxiliaires, comme les exemptés et réformés, devront subir une nouvelle visite médicale. | |
Mercredi 30 septembre Nous avons progressé à l'aile gauche et sur les Hauts-de-Meuse. Ailleurs, nous avons repoussé vigoureusement l'offensive allemande et fait de nombreux prisonniers appartenant à plusieurs corps d'armée différents. Le généralissime publie un tracé de la ligne de nos positions depuis la Woëvre jusqu'à la région entre Somme et Oise. Il en résulte que nous tenons fortement notre front, et que le cheminement de nos corps n'a pas cessé d'être actif. Les Allemands subissent de sérieux échecs à la frontière de la Prusse orientale; ils se sont laissé entourer par les Russes dans une région forestière et lacustre, où leurs mouvements sont des plus difficiles. Les Monténégrins s'étant approchés de Sarajevo, en venant du sud-est, les Serbes ont marché vers cette même ville par le nord-ouest. Ils ont occupé, à quelques kilomètres de la capitale de la Bosnie, le massif montagneux de la Roumania, qui culmine à 1700 mètres et qui est l'un des noeuds stratégiques de la région. La flotte allemande a croisé dans la mer Baltique, mais les résultats qu'elle a obtenus le long des côtes russes sont totalement insignifiants. La Turquie a poussé ses préparatifs de guerre et fermé les Dardanelles aux bâtiments de commerce. |