L'ORGANISATION MILITAIRE DE LA RUSSIE

La Russie a pour elle le nombre et contre elle la distance. Sa population dépasse aujourd'hui 160 millions d'âmes, mais cette masse d'êtres humains est dispersée à travers un territoire quarante fois plus étendu que celui de la France. Les frontières de l'empire se déroulent sur des milliers de kilomètres; les voies ferrées qui relient les points extrêmes au coeur du pays sont rares et n'admettent qu'une circulation lente, de faible intensité.
Lorsque toutes les puissances continentales calquèrent, après 1870, leur système militaire sur celui qui avait fait triompher l'Allemagne, les Russes suivirent le mouvement général, mais en adaptant la méthode prussienne à leur situation particulière. Afin d'entretenir une densité de troupes suffisante à proximité de leurs frontières européennes, ils firent stationner toute leur armée active à l'Ouest du méridien de Moscou. Ce dispositif laissait sans emploi, à la mobilisation, faute de cadres, les réservistes des régions orientales. Pour utiliser ces hommes, on fut conduit à créer, dans l'Est, des unités spéciales destinées uniquement à encadrer en temps de guerre les réservistes habitant la partie du pays dépourvu de troupes actives; ces unités se dédoublaient alors plusieurs fois: avec une d'entre elles, on en constituait jusqu'à huit nouvelles.
Telle était l'organisation militaire de la Russie, comprenant d'une part l'armée active, de l'autre les formations-cadres de la réserve, au moment où fut conclue l'alliance avec la France. On pouvait croire que cet accord déterminerait un resserrement plus étroit de l'armée active vers l'Ouest. Les autorités militaires russes parurent d'abord s'engager dans cette voie et renforcèrent les garnisons de Pologne, mais bientôt leur attention se détourna du côté de l'Extrême-Orient.
La guerre malheureuse contre le Japon ramena la politique russe vers l'Europe. Elle servit aussi à mettre en lumière les vices organiques de l'armée et révéla notamment que les divisions de réserve, issues des formations-cadres, manquaient tout à fait de solidité. A Liaoyang, celle du général Orlof se débanda à la gauche du front de combat, fit échouer la contre-offensive de Kouropatkine au Nord de Taïtsého et causa la perte de la bataille.
Après la campagne, l'opinion et la presse réclamèrent avec insistance la suppression de ces troupes. Elles ne reçurent satisfaction qu'à la suite de plusieurs années d'expériences et de tâtonnements. En 1910 seulement, les formations-cadres disparurent. Avec les éléments qui les composaient on put créer plusieurs corps d'armée. Cette réforme bouleversait la mobilisation russe, car les réserves de l'Est se trouvaient encore une fois sans cadres. On ne put leur en procurer qu'en reportant vers l'Oural une partie de l'armée active.
La réorganisation de 1910 donnait à l'armée russe d'Europe 27 corps d'armée au lieu de 24, groupés en sept circonscriptions d'armée au lieu de six. La nouvelle circonscription eut pour centre la ville de Kazan, située presque a mi-chemin de Moscou et de la frontière sibèrienne.
Ainsi à l'époque où l'horizon politique commençait à s'assombrir en Europe, le centre de gravité des armées du tsar s'éloignait de Pologne. Une partie de l'opinion française accueillit cette constatation avec une froideur marquée. On s'accordait alors à croire qu'une guerre générale, mettant aux prises les deux faisceaux d'alliance, ne durerait que quelques semaines; 0n regrettait que la Russie, en ralentissant sa concentration, s'exposa a arriver trop tard pour nous prêter un secours efficace et empêcher l'Allemagne de consacrer toutes ses forces à détruire les nôtres. Des esprits chagrins évoquèrent le souvenir des guerres napoléoniennes, où, à deux reprises, les Russes avaient laissé écraser leurs alliés, les Autrichiens à Ulm, puis les Prussiens à Iéna. Une revue parisienne reproduisit à cette occasion une caricature assez plaisante de 1806 où on voit le général en chef moscovite à cheval sur une écrevisse et son armée montée, sur des tortues, tandis que l'aigle impérial tient déjà dans ses serres l'infortuné Frédéric-Guillaume.
A ces critiques, les Russes répondaient que le remaniement récemment accompli avait eu pour effet de substituer des corps excellents à des troupes sans valeur et que cette amélioration laissait suffisamment de forces sur le Niémen et la Vistule pour prononcer en territoire prussien, dès le premier jour, une offensive capable d'immobiliser des effectifs considérables. Les événements de 1914 devaient leur donner pleinement raison.


LE THÉATRE DE LA GUERRE ET LES PLANS DE CAMPAGNE

Le théâtre sur lequel allaient se développer les premières opérations comprend la Prusse Orientale et la partie médiane de l'ancien royaume de Pologne. Depuis les contreforts des Carpathes jusqu'aux rives de la Baltique, c'est une plaine absolument unie, sans autre renflement que la Lysa Gora, modeste ligne de coteaux entre la Pilitza et la Vistule. En dehors des cours d'eau et du cordon de lacs de la Mazurie, aucun obstacle naturel ne s'oppose à la marche des armées. Pas un point d'appui, pas une position dominante sur ce damier de sables, de forêts et de marécages, que les pluies transforment périodiquement en un vaste bourbier. " En Pologne, il y a un cinquième élément: la boue ", a dit Napoléon.
A travers cette contrée disgraciée, les traités de la Sainte-Alliance ont tracé en 1815 des frontières capricieuses, sans tenir compte ni de la configuration du sol, ni des affinités de la population. La part dévolue à la Russie pénètre, comme un golfe à contours arrondis, entre la Vieille Prusse et la Galicie autrichienne.
La nature du terrain et les combinaisons politiques ont donc concouru à rendre périlleuse, en Pologne, l'offensive d'une armée qui n'a pas ses ailes appuyées à la fois aux Carpathes et à la mer. Un coup d'oeil sur la carte permet de s'en rendre compte. Supposons que les Russes veuillent se diriger vers l'Ouest en prenant pour base leur avancée polonaise; ils risquent de voir leurs communications coupées par des forces allemandes débouchant de Prusse entre Vistule et Niémen ou par des corps austro-hongrois descendant de Galicie entre Vistule et Bug. Inversement une armée allemande ou autrichienne ne peut s'enfoncer en Russie par le Nord ou le Sud de la Pologne sans s'exposer à des attaques à revers de la part de troupes russes concentrées à Varsovie ou à Brest-Litowsk.
Les états-majors de Berlin, de Vienne, de Petrograd, appréciaient à leur valeur ces caractères très spéciaux du théâtre des opérations et s'en étaient inspirés pour établir leurs plans de campagne. Les Allemands avaient résolu de consacrer d'abord presque toutes leurs ressources à leur front occidental et de mettre la France hors de cause avant l'entrée en ligne des masses russes. Ils ne laissaient sur leur frontière occidentale que 3 corps d'armée actifs et des formations de seconde ligne, voués à la défensive stratégique pendant les premières semaines du conflit. L'armée autrichienne, au contraire, avec toutes les forces qu'elle n'affectait pas à son action contre la Serbie, devait prendre l'offensive sans délai, de manière à détourner les Russes d'une attaque brusquée en territoire allemand et à jeter le trouble dans leur concentration.
De leur côté les Russes, durant la période initiale des hostilités, avaient pour but d'obliger l'Allemagne à rappeler des troupes du théâtre occidental de la guerre, ce qu'ils ne pouvaient obtenir qu'en agissant avec promptitude et vigueur. La même hâte ne s'imposait pas vis-à-vis de l'Autriche, qu'il suffisait de contenir pendant que les armées principales arrivaient de l'intérieur et des confins éloignés de l'empire moscovite.


LES PREMIÈRES OPÉRATIONS EN PRUSSE

Pour les raisons que nous venons d'indiquer, l'offensive russe contre l'Allemagne n'allait pas prendre pour champ d'action la Posnanie ou la Silésie; elle ne pouvait viser que la Prusse Orientale. Elle avait moins pour objet de s'assurer des avantages durables par une attaque méthodique, bien appuyée et alimentée au fur et à mesure de son développement, que de pousser aussi vite et aussi loin que possible avec les troupes immédiatement prêtes; elle recherchait un résultat moral, plutôt que matériel.
Les principaux groupements de forces, à proximité de la frontière de Prusse, se trouvaient, en temps de paix, à Varsovie et à Vilna. Ces villes servirent de points de départ à deux armées dont on donna le commandement à des généraux qui avaient fait preuve d'audace et d'activité à la tête de détachements autonomes pendant la guerre russo-japonaise et semblaient capables de mener à bien l'opération aventureuse qu'on leur confiait. Le général Rennenkampf, avec l'armée de Vilna, se porta vers l'Ouest; le général Samsonof, parti de Varsovie, remonta la Narew, vers le Nord, prenant Allenstein comme premier objectif.
Cette attaque convergente, dangereuse pour les Allemands si les deux colonnes russes parvenaient à se donner la main, l'était surtout pour ceux qui l'entreprenaient tant qu'ils restaient séparés. Les bases du mouvement se trouvaient fort éloignées l'une de l'autre et les itinéraires suivis laissaient entre eux la région des marais du Narew et des lacs de Mazurie, presque impraticables aux troupes.
Les Allemands avaient d'ailleurs prévu la direction des attaques. Alors qu'ils avaient envoyé sur le théâtre occidental de la guerre leurs corps d'armée de Posnanie (5e) et de Silésie (6e), ils maintinrent sur place les trois corps stationnés en Vieille Prusse, ceux de Koenigsberg (1er), Allenstein (20e) et Dantzig (17e), avec lesquels ils organisèrent une solide couverture.
Cependant les progrès des Russes sont d'abord rapides. Dans la première quinzaine d'août la cavalerie et les avant-gardes des deux partis se tâtent avec des succès balancés, mais dès le 15, les gros des deux colonnes franchissent la frontière et refoulent la couverture allemande. Le 18, Samsonof atteint Ortelsburg ; à la même date, Rennenkampf, après une action vivement menée la veille à Gumbinnen, occupe Insterburg et les jours suivants pousse jusqu'à l'Alle. Si les Russes avancent encore, leurs deux colonnes pourront opérer leur jonction, isoler Koenigsberg, puis marcher réunies vers la basse Vistule.
La situation des Allemands devient critique; ils n'ont plus un instant à perdre. Heureusement pour eux le commandement de leurs forces en Prusse Orientale est entre les mains d'un véritable homme de guerre, le général von Hindenburg. Il discerne la faiblesse de l'attaque et décide de battre l'une après l'autre les deux colonnes qui approchent. Ne laissant qu'un rideau devant Rennenkampf, il marche d'abord avec le gros de son armée vers le Sud. Le 26 août, il a réussi à attirer Samsonof sur un terrain favorable, devant des positions fortement organisées. Le front allemand, très étendu, s'allonge en arc de cercle depuis Bischofsburg jusqu'à Boldau, par Allenstein et Tannenberg. Lorsque, les Russes se sont épuisés contre les ouvrages de campagne, Hindenburg prend l'offensive, culbute leur gauche à Tannenberg, la ramène sur Ortelsburg et rejette l'armée vaincue dans les marais de la rive droite du Narew, où elle perd une grande partie de son artillerie et de ses équipages. Le général Samsonof est tué héroïquement en ralliant ses soldats. La bataille a duré trois jours, du 26 au 29 août.
Hindenburg se voit obligé à regret d'arrêter la poursuite, afin de se reporter contre Rennenkampf. Pendant la première semaine de septembre, il rassemble son armée, renforcée de troupes fraîches envoyées d'Allemagne, puis descend l'Alle à la rencontre de son adversaire. Celui-ci, en apprenant la défaite de Samsonof, s'est replié sur Insterburg, où les deux partis prennent contact le 7 septembre. Rennenkampf doit céder devant le nombre et bat en retraite vers l'Est, mais sans se laisser entamer, sauf à son aile gauche, un moment compromise près de Lyck; il recule jusqu'au Niémen.
A la mi-septembre, après un mois d'opérations, les Russes ont donc été obligés d'évacuer le territoire prussien après avoir éprouvé des pertes sérieuses. Mais ce sacrifice n'a pas été inutile. Dès la fin d'août, tous les renforts allemands destinés au front occidental rebroussent chemin vers l'Est; certaines unités sont même prélevées sur les armées opérant en France et en Belgique, au moment où, sur la Marne, s'engage la bataille décisive dont dépend le sort de Paris et dont la perte entraînera l'échec du Plan de campagne de l'état-major de Berlin. La double incursion de Rennenkampf et de Samsonof, malgré son insuccès local, a joué un rôle capital par sa répercussion à l'Ouest du Rhin. Les effectifs importants qu'elle est parvenue à distraire vers le théâtre oriental de la guerre auront l'occasion de s'employer dès leur arrivée, car les Autrichiens, pendant que leurs alliés remportaient de brillants succès en Prusse, ont subi en Galicie une série de revers et n'échappent à un désastre total qu'en invoquant l'aide des phalanges allemandes.






LES DÉFAITES DES AUTRICHIENS EN GALICIE

L'organisation de l'armée austro-hongroise passait, il y a une dizaine d'années, pour assez arriérée en comparaison de celle des autres grandes puissances. Depuis lors, à la suggestion du gouvernement de Berlin, on a paru se réveiller à Vienne et à Budapest. Les ministères de la Guerre et de la Défense se sont efforcés de moderniser l'armée, de renouveler le matériel, d'augmenter les effectifs, de secouer la léthargie des régiments. Les mobilisations de 1908 et de 1912 se sont effectuées dans de bonnes conditions, malgré la complication du recrutement et du stationnement des troupes que la fidélité suspecte d'une partie de ses sujets impose à la monarchie danubienne. Le mécanisme de la mobilisation autrichienne, moins prompt que celui de la France ou de l'Allemagne, reste supérieur en rapidité à celui de la Russie. La concentration est également plus facile, grâce à un réseau de chemins de fer abondant et bien construit. La Galicie possède deux lignes parallèles à la frontière, l'une passant par Cracovie, Lemberg, Jaroslaw et Tarnopol, l'autre longeant le pied des Carpathes; de nombreuses voies les raccordent à l'intérieur de l'empire.
A ce double avantage s'ajoute celui de l'initiative des opérations de mobilisation. Ces diverses circonstances assuraient à l'Autriche une avance notable pour l'entrée en campagne. Prête avant la Russie, elle se trouvait en mesure de seconder les vues de son alliée en faisant diversion à l'offensive russe dans la Prusse Orientale par une attaque puissante contre les oeuvres vives de la concentration adverse sur le front Varsovie-Brest-Litowsk. Le gros des troupes austro-hongroises en était chargé. Trois armées, celle du général Dankl à gauche, celle du général Auffenberg à droite, celle de l'archiduc Joseph-Ferdinand, en seconde ligne, devaient se lancer vers le Nord, à travers la région comprise entre la Vistule et le Bug. Ce plan de campagne, plus utile à l'Allemagne qu'à l'Autriche, comportait un mouvement en flèche, non exempt de dangers, car il laissait les deux flancs tout à fait en l'air. Du côté de l'ouest, sur la rive gauche de la Vistule, le péril était mince: on prévoyait que l'ennemi n'y serait pas en nombre; à l'Est, au contraire, l'attaque autrichienne risquait d'être prise en flanc et même à revers par les armées du Sud-Ouest de la Russie. En conséquence, une flanc-garde assez faible fut détachée à gauche sur Kielce, tandis que des forces importantes se portaient en avant de Lemberg avec mission de parer à toute tentative de l'ennemi dans la Galicie orientale.
Quant aux russes, ils ne se trouvaient pas en état de réunir en Pologne, avant le commencement de septembre, des effectifs suffisants pour prendre l'avantage sur le bloc autrichien; la plupart des unités des circonscriptions de Vilna et de Varsovie étaient employées en Prusse; il restait à peine de quoi constituer un masque capable de retarder l'assaillant en attendant les renforts du Centre et de l'Est de la Russie. En revanche, les circonscriptions de Kiev et d'Odessa, relativement riches en moyens de communication, pouvaient acheminer plus tôt vers la Galicie des contingents respectables. Défensive en Pologne, offensive en Galicie, telle était l'attitude que la situation dictait aux Russes; elle était exactement l'opposé de celle des Autrichiens. Cette divergence des directions d'attaque présentait quelque analogie avec celle des Français et des Allemands en Belgique et en Alsace-Lorraine.
La manoeuvre autrichienne en Pologne offrait des chances de succès, mais à condition d'être menée rondement. Or les généraux de François-Joseph parurent vouloir justifier la traditionnelle réputation de lenteur que leurs prédécesseurs se sont acquise depuis l'époque lointaine de la guerre de Sept ans. La mobilisation avait commencé dans les premiers jours de juillet; il fallut près d'un mois pour achever les préparatifs.
Le 25 août seulement la frontière est franchie. Dès ses premiers pas sur le territoire russe, le général Auffenberg se heurte, près de Tomachov, à une résistance tenace; son aile droite, incapable de progresser, doit absorber les réserves de l'archiduc Joseph-Ferdinand pour atteindre le Bug. A gauche, le général Dankl, marchant d'abord plus résolument, refoule les postes russes à Krasnik et parvient jusqu'à 20 kilomètres de Lublin; mais là, au lieu de continuer sa marche, il s'arrête pour se renforcer du détachement de la rive gauche de la Vistule qui traverse le fleuve sur deux ponts de bateaux jetés à Josefov. Le 4 septembre, le front autrichien s'aligne sur les localités d'Opole, Krasnostaw, Groubeschov; il ne devait pas les dépasser.
Pendant que la principale armée austro-hongroise tâtonne dans la province de Lublin, des événements importants se déroulent en Galicie. Deux armées russes s'avancent sous les ordres des généraux Rousski et Broussilof. Autant l'offensive autrichienne a été molle et laborieuse, autant celle des Russes se signale par son mordant. Le 23 août, elle occupe Brody et Tarnopol après des combats d'avant-garde; le 26, elle s'engage contre les forces ennemies sur la Zlota Lipa, affluent de gauche du Dniester, qui arrose Brzezany. Deux jours plus tard, les Autrichiens rétrogradent sur leur forte position parallèle de la Gnita Lipa, appuyée à gauche à Busk, à droite à Haliez; attaqués impétueusement de front, tournés sur leurs deux ailes par Kamionka et par la vallée du Dniester, ils s'enfuient après trois jours de bataille dans un désordre absolu. Leurs débris se rallient non sans peine à Grodek; ils n'ont pu défendre Lemberg, où Rousski entre le 3 septembre.
Des milliers de prisonniers, plus de cent canons, des mitrailleuses, des parcs d'artillerie, des convois restent entre les mains des vainqueurs.
A la nouvelle de cette belle victoire, les troupes russes de Pologne qui ont reculé jusqu'aux abords de Lublin et de Cholm, se portent à leur tour à l'attaque. Renforcées sans cesse, elles ne tardent pas à rompre le centre autrichien près de Krasnostaw, bousculent l'armée Dankl sur Krasnik, l'armée Auffenberg sur Tomachov et Rawa-Ruska. Le général Rousski, venant de Lemberg, attaque alors RawaRuska à revers, tandis que Broussilof fixe à Grodek les troupes précédemment battues dans l'Est de la Galicie. L'action devient générale; elle se termine, le 12 septembre, par un nouveau désastre pour l'armée du Habsbourg. Les troupes du général Auffenberg et de l'archiduc, attaquées de trois côtés, se débandent, laissant complètement isolé le général Dankl; celui-ci ne se dégage que péniblement. Les armées battues courent chercher un refuge derrière le San et sous le canon de Przemysl.
La poursuite, d'abord très vive, livre aux Russes de grandes quantités d'hommes et de matériel; mais après quelques jours la marche se ralentit, surtout à gauche, où les armées Rousski et Broussilof, exténuées par trois semaines de combats ininterrompus, opèrent dans une région très accidentée. Le 15, l'armée de Pologne a déjà franchi le San près de son confluent avec la Vistule; Rousski ne passe le fleuve que le 22 à Jaroslaw; le 28, Przemysl est investi. A la fin de septembre, l'aile droite russe parait sur les bords de la Wisloka; l'aile gauche tient les cols des Carpathes et sa cavalerie dévale dans la plaine hongroise, où sa présence sème l'épouvante. Ce qui reste des armées autrichiennes reflue au plus vite sur Cracovie pour se refaire, combler les vides des unités et implorer le secours des alliés allemands. La phase initiale de la campagne est terminée.




LA PREMIÈRE OFFENSIVE CONTRE VARSOVIE

Après sa campagne heureuse en Prusse Orientale, le général von Hindenburg avait reçu, avec le bâton de maréchal, le commandement de toutes les forces allemandes employées sur le front oriental. L'armée autrichienne, désemparée, fut également soumise à son autorité. Le nouveau général en chef prenait la direction des affaires au moment où la grosse armée russe engagée en Galicie découvrait de plus en plus son flanc droit à mesure qu'elle avançait. Hindenburg, toujours habile manoeuvrier, prend le parti de ne pas l'attaquer de front, mais de transporter les opérations en Pologne occidentale, terrain que les combattants n'ont pas encore abordé et où sa seule présence entravera la marche des vainqueurs de Lemberg sur Cracovie. Il a reconnu également l'impossibilité d'entamer une action importante contre la Russie avant d'avoir pris solidement pied sur la Vistule moyenne. Il va donc marcher sur Varsovie; la vieille capitale est le but qu'il assigne à ses troupes, la proie qu'il leur promet et qu'il leur enjoint d'enlever coûte que coûte à l'instant même où d'autres armées allemandes reçoivent l'ordre de se frayer à tout prix un chemin vers Calais. Pendant que les forces destinées à la conquête de la Pologne se rassemblent dans la haute Silésie et autour de Cracovie, Hindenburg a imaginé de détourner l'attention des Russes dans une autre direction et charge de cette besogne l'armée de Prusse Orientale, dont il vient de céder le commandement au général von Schubert. On se rappelle que cette armée, après sa victoire de Tannenberg sur Samsonof, avait contraint Rennenkampf à la retraite. Elle le suivit sur le territoire russe, portant son gros sur le Niémen, au Nord de Grodno; un détachement se faufilait à travers les lacs de Mazurie contre la forteresse d'Ossowetz.
Les conditions de la lutte s'étaient modifiées depuis les précédentes rencontres. Rennenkampf avait renforcé ses effectifs; Schubert s'était démuni d'une partie des siens, envoyée en Silésie. Tous les efforts des Allemands pour franchir le Niémen échouent. Le 29 septembre, l'infanterie russe passe le fleuve sous le feu et reconduit l'assaillant l'épée dans les reins presque jusqu'à la frontière. Appuyés par des éléments frais puisés dans la garnison de Koenigsberg, les Prussiens font tête sur la ligne Augustovo-Souvalkic-Mariampol-Wladislawow; le 4 octobre, après une lutte opiniâtre, ils fléchissent et regagnent leurs positions fortifiées de Stalluponen-Pylkallen. La colonne dirigée contre Ossowetz n'a eu le temps que de mettre ses grosses pièces en batterie et d'envoyer quelques salves sur les forts; dès le 27, serrée de près, elle retourne en Mazurie, abandonnant une partie de ses canons lourds sur les routes défoncées.
La démonstration sur le Niémen a déjà été repoussée, lorsque l'armée, principale s'ébranle de sa base Kreutzburg-Cracovie. Elle est fractionnée en cinq colonnes avec les itinéraires suivants:
1re colonne (allemande): Lodz-Varsovie.
2eme colonne (allemande): Petrokov-vallée de la Pilitza-Varsovie.
3eme colonne (austro-allemande): Kielce-Radom-Ivangorod.
4eme colonne (autrichienne): rive gauche de la Vistule-Josefov.
5eme colonne (autrichienne): rive droite de la Vistule-cours inférieur du San.
Enfin des corps autrichiens réunis en Hongrie doivent ressaisir les cols des Carpathes, débloquer Przemysl et reprendre Lemberg.
Les forces russes de Galicie, dans l'ardeur de leur triomphante poursuite, s'étaient quelque peu disloquées, sans attendre les nouvelles masses qui se concentraient sous la protection des places de Novo-Georgiewsk, Varsovie et Ivangorod, derrière la Vistule. Le grand-duc Nicolas, généralissime des armées du tsar, était un chef trop avisé pour courir le risque de faire battre en détail ces deux groupements fort éloignés l'un de l'autre. Dès qu'il se rend nettement compte du plan de son adversaire, il s'empresse de renoncer à une partie des avantagés obtenus et de constituer un front inébranlable, qui lui permettra de guetter une faute, une négligence de l'ennemi et de régler sa contre-offensive en conséquence. Il abandonne la ligne de la Wisloka, la crête des Carpathes et lève même le siège de Przemysl; Bonaparte, en semblable circonstance, avait renoncé à l'investissement de Mantoue, avant la bataille de Castiglione.
Les Russes ayant évacué à dessein tout le pays à l'Ouest de la Vistule et du San, l'armée combinée austro-allemande progresse en toute quiétude pendant la première moitié d'octobre. Le 15 seulement, ses têtes de colonnes viennent buter contre les postes avancés russes, à quelques kilomètres de la Vistule. Comme l'attaque autrichienne sur Lublin, comme la poursuite russe en Galicie, l'offensive des deux alliés présente l'inconvénient de marcher avec un de ses flancs à découvert. Sa gauche semble s'offrir aux coups. Les Russes mettent immédiatement à profit l'erreur ainsi commise. Le 16 octobre, trois de leurs armées débouchent de Varsovie, de Goura Calvarija et d'Ivangorod; une quatrième, formée à Novo-Georgiewsk, descend la rive droite de la Vistule, traverse non loin du confluent de la Bzoura et se rabat vers le Sud.
Les deux colonnes de gauche allemandes, engagées dans une lutte acharnée sur le front Blone-Piacezno, se voient prises à revers et ne se soustraient à l'enveloppement qu'en rétrogradant au plus vite. Le mouvement de recul se communique de la gauche à la droite; le 24; tous les assaillants qui ont avancé dans la boucle de la Vistule sont en pleine retraite. Les Russes occupent Lodz le 26, Radom le 28, Petrokov le 31; leur pointe débordante gagne du terrain vers l'Ouest, touche à la Wartha et des partis de cosaques entrent en territoire prussien, où ils détruisent la gare de Pleschen. Les Autrichiens tiennent encore assez longtemps sur le San; ils n'en sont que plus totalement déconfits. Le 6 novembre, le grand-duc Nicolas annonce une " victoire décisive " en Galicie; 12.000 hommes se rendent pendant les journées suivantes; le 13, Przemysl est investi pour la seconde fois. Les Russes sont à portée de Cracovie et reparaissent en Hongrie. En Prusse également ils ont repris l'offensive par le Sud et par l'Est; ils ont occupé Soldau et bordent les rives des lacs de Mazurie.



Situation le 25 décembre ( Bataille des Quatre-Rivières )


LA SECONDE INVASION DE LA POLOGNE OCCIDENTALE

Au milieu de novembre, la deuxième période de la guerre s'est terminée partout en faveur des Russes. Malheureusement, les progrès de leur armée principale vers Kalich, Czenstochov et Cracovie creusent un vide entre sa droite et la Vistule; son flanc se découvre encore. La leçon que Hindenburg a reçue devant Varsovie, n'a pas été entendue. L'actif maréchal n'est pas homme à laisser fuir l'occasion de prendre sa revanche et arrête immédiatement ses dispositions en vue d'une nouvelle offensive. Grâce aux trois lignes de chemin de fer qui courent en Allemagne parallèlement à la frontière russe, il ramène à Thorn la majeure partie de l'armée de Prusse Orientale - devenue 8e armée - et lui fait remonter la Vistule. Elle remporte un succès d'avant-garde à Wlotzlawsk, puis défait à Kutno un détachement envoyé hâtivement pour l'arrêter. Le manque de voies ferrées, que les envahisseurs ont détruites de fond en comble avant de quitter la Pologne, paralyse les Russes; ils éprouvent les plus grandes difficultés à amener des forces suffisantes sur le terrain où reprend la lutte. Malgré l'endurance de l'infanterie, qui exécute de jour et de nuit des marches forcées épuisantes, les renforts n'arrivent sur la ligne de feu que pour y rencontrer de nouveaux corps ennemis. La région de Lodz et de la Bzoura devient le théâtre d'une suite de combats meurtriers, d'aspects confus, dont il est assez malaisé de suivre le développement.
Le plan du maréchal von Hindenburg pour cette seconde invasion de la Pologne consiste en une attaque d'armées échelonnées de la gauche à la droite.
Nous avons vu que la 8e armée, premier échelon, a commencé l'offensive par Thorn et Wlotzlawsk.
La 9e armée (général von Mackensen) part quelques jours plus tard de Kalich et prolonge la droite de la 8e, puis une 10e armée allemande pénètre dans le district de Veljun et s'avance vers le Nord-Est. L'entrée en ligne successive de ces échelons menace sans cesse l'aile gauche russe. Bientôt on se bat sur tout le front de Gombin à Sdunska Volja. La marche par échelons des armées allemandes, savamment combinée par le maréchal Hindenburg afin d'opérer un mouvement débordant par le Sud, ne réussit pourtant pas. Les Russes, prévenus en temps utile de la présence de rassemblements à Veljun, amènent des renforts et enrayent leurs progrès. En désespoir de cause Hindenburg est forcé de recourir à une manoeuvre pour laquelle les Allemands professent une antipathie invétérée; l'attaque de front. Le général von Mackensen fonce sur le centre adverse au Nord de Lodz, le brise et précipite deux corps armée dans la brèche. Par une coïncidence facheuse pour les Allemands, des contingents frais arrivent pour renforcer la ligne russe au point où ils ont percé, entre Brzeziny et Tousyn ; Mackensen trouve devant lui un nouveau mur d'infanterie et de batteries et ne parvient pas à l'abattre ; la première ligne russe s'est refermée derrière ses troupes. Entourés de toutes parts, les deux corps allemands, avec un courage indomptable, font face partout, multiplient les contre-attaques et tiennent en respect la meute déjà prête à la curée. Au prix de pertes énormes, ils enlèvent le village de Strykow, qui assure leur retraite et leur évitent la honte d'une capitulation en rase campagne.
Cet épisode ne modifie pas la situation des deux partis. Après plusieurs jours de crise violente, la décision n'a pas été obtenue. Les lignes adverses s'enchevêtrent en un véritable dédale; celle des Russes s'étire vers le Sud-Ouest sans se raccorder aux corps qui se sont approchés jusqu'à portée de canon de Cracovie. Qu'un quatrième échelon allemand se démasque devant la trouée et il faudra peut-être repassé encore la Vistule. Le grand-duc, instruit par l'échec de deux offensives d'abord victorieuses, juge le moment venu de boucher le trou qui s'ouvre entre ses armées et d'opposer aux assauts une barrière continue. Un redressement de ce genre ne s'effectue sans encombre, en pleine bataille, que par un repli de quelques kilomètres; les Russes y procèdent à la faveur d'une accalmie; le 5 décembre ils évacuent Lodz, où l'ennemi entre le lendemain sans coup férir. Les Allemands exultent; ils croient déjà que leurs adversaires renoncent à la Pologne, mais cette joie dure peu. Sur la Bzoura, ils trouvent le front reconstitué plus solidement que jamais et se prolongeant par Rawa, Tomaschew (sur la Pilitza), Opotchno et tout le cours de la Nida jusqu'à la Vistule. Cette longue position défensive, appuyant ses deux ailes au fleuve large et profond, étayée par des travaux de campagne, n'est pas commode à aborder. Hindenburg s'obstine à s'en emparer et lance contre elle ses bataillons en masses compactes. On a donné à ces ruées sanglantes et infructueuses le nom de bataille des Quatre-Rivières (Bzoura, Rawa, Pilitza, Nida); elles coûtent aux Allemands presque autant de monde que les hécatombes de l'Yser deux mois auparavant.
Au commencement de janvier l'attaque mollit; des deux côtés on se met à fouiller le sol; la lutte dégénère en une guerre de tranchées, comme sur le front occidental. Au Sud de la Vistule, en Galicie, les Allemands ont envoyé plusieurs régiments aux Autrichiens et tentent, par un commun effort, de reconquérir la province perdue; le long du Dunajec, à Jaslo, à Doukla, leur élan est brisé. En Galicie comme en Pologne, au commencement de janvier, les armées en présence sont essoufflées, harassées. L'hiver fort bénin jusque-là commence à faire sentit ses rigueurs. L'intensité de la lutte diminue. Cet épuisement général marque la fin de la troisième phase des opérations.



Situation à la fin de janvier, après six mois de guerre.


LE MOIS DE JANVIER 1915

Ainsi la campagne de 1914 sur le théâtre oriental de la guerre se résume en une succession d'évolutions " en tiroir ", de mouvements de va-et-vient constants et monotones à travers la plaine polonaise. Les armées opposées, mûries par une expérience de cinq mois, ont constaté la vanité des offensives à flancs découverts, qui toujours paraissent devoir triompher et avortent toujours. Les groupements, autrefois séparés les uns des autres, se figent, puis s'étendent à droite et à gauche pour se rejoindre et former un long cordon sinueux de la Baltique à la frontière de Roumanie, sans autre intervalle que les points inaccessibles du terrain, comme les marais mazuriens ou les pics des Carpathes.
Pendant la période d'accalmie ou plutôt de recueillement qui succède, au centre, à la bataille des Quatre-Rivières, l'armée russe ne reste pas inactive dans les autres secteurs et cherche à progresser sur ses deux ailes. C'est la manoeuvre la plus rationnelle, celle qu'elle eût choisie dès le début des hostilités si elle n'avait dû s'occuper sans cesse de repousser les attaques autrichiennes et allemandes. En Prusse Orientale, la droite russe améliore sa situation dans la région de Pylkallen; à l'autre extrémité du front, la gauche déblaie la Bukovine et s'établit sur la ligne de partage des eaux du Dniester et du Danube.
De là elle peut organiser à loisir la conquête de la Hongrie, entreprise qui a moins de chances que les précédentes d'être immobilisée par un mouvement tournant en raison de l'entrée en jeu, chaque jour plus probable, de la Roumanie. L'intervention roumaine rendra aux alliés des services d'une valeur inappréciable. Elle appuiera d'abord la seule aile vulnérable de l'attaque russe; en second lieu elle reliera aux armées du tsar les héroïques contingents de la Serbie et facilitera leur offensive. Les Serbes, inexpugnables dans leurs montagnes, ne sauraient, en effet, s'aventurer isolément à travers la plaine magyare: leur cavalerie, quoique la meilleure des Balkans, est trop peu nombreuse pour couvrir de tous côtés les colonnes opérant sur l'immense esplanade de Hongrie et leur artillerie de campagne ne compte qu'une moyenne de 24 pièces par division. Il leur faut un soutien. L'intervention roumaine le leur procurera et soudera l'immense chaîne de bataille à travers toute l'Europe, du Niémen à Cattaro, de la Baltique à l'Adriatique.
Après avoir passé en revue les événements des six premiers mois de la guerre, ne convient-il pas de jeter sur ces faits un coup d'oeil d'ensemble et d'en déduire quel a été le rôle de la Russie, quelle part elle a prise à l'oeuvre collective? Des optimistes peu réfléchis espéraient la voir, quelques semaines après le commencement des hostilités, déverser sur l'Allemagne un torrent de 6 millions de guerriers écrasant tout sur leur passage et prenant possession de Berlin avant la fin de l'année. Quant à l'Autriche-Hongrie on l'estimait à rien: quelques régiments suffiraient à la dompter. Ces chimères faisaient abstraction de la réalité, de la nécessité d'armer, d'équiper tout un peuple de combattants, puis de le ravitailler en munitions, en vivres, en effets. Avec son médiocre réseau de chemins de fer, peu de routes et d'automobiles pour y suppléer, comment la Russie entretiendrait-elle simultanément en campagne ses innombrables contingents? Il y a impossibilité matérielle. Elle est capable, au contraire, de constituer successivement des armées considérables, d'échelonner ses efforts sans arrêt, d'alimenter indéfiniment la guerre. Personne n'a mieux résumé d'un mot les chances réciproques que le secrétaire d'Etat allemand Jagow, lorsqu'il disait, le 4 août, à l'ambassadeur d'Angleterre: " Notre atout est la rapidité d'action, celui de la Russie son inépuisable réservoir de troupes. " On a donné à l'armée du tsar le surnom de rouleau compresseur; c'est une image trompeuse. La puissance militaire de nos alliés apparaît plutôt comme un bélier, qui désagrège peu à peu la matière par des chocs répétés, qui sape lentement la base de l'édifice germanique; son travail n'est pas très visible peut-être, mais il avance surement et ne suspend jamais son cours.
Dans le semestre qui vient de s'écouler la Russie a attiré contre elle à peu près le tiers des forces allemandes, les trois quarts des corps autrichiens, la masse principale des Turcs. Déjà elle a anéanti une armée ottomane. Déjà l'effet de ses coups se manifeste en Autriche et fait vaciller sur ses fondements l'empire des Habsbourg; les dissensions entre Vienne et Budapest, les démissions de ministres, les émeutes populaires, révèlent le désarroi du gouvernement et la lassitude de la nation. Déjà l'Allemagne elle-même, sous la double pesée qu'elle subit, donne des signes évidents de fatigue; ses attaques sont moins violentes, plus localisées; le temps est passé des offensives de grande envergure, des expéditions joyeuses contre Paris, Calais, Varsovie; les maigres disponibilités se contentent d'aller défendre la Hongrie aux abois.
Gardons-nous donc de toute impatience. Attendons avec sérénité le jour des réalisations. Répétons nous que nos alliés ont encore à parfaire leur organisation, que les neutres décidés à agir n'ont pas terminé leurs armements.
Souvenons-nous des enseignements de l'histoire, qui nous montre tant de coalitions battues pour n'avoir pas su concerter leur action et donner leur effort en même temps. Une précipitation inopportune ne pourrait que retarder l'heure de la victoire.
Cette heure viendra. Le succès final n'est pas douteux. La Russie aura contribué puissamment à le préparer et à l'obtenir.








Janvier 1915