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Plan d'ensemble des opérations septembre 1918 Les poches de Château-Thierry et de Montdidier avaient été réduites par des opérations en « tenaille », c'est-à-dire par des attaques concentriques sur les flancs. Le maréchal Foch va appliquer le même procédé sur l'ensemble du front français. Ce front forme, en effet, lui aussi, une immense poche dont le flanc ouest s'étend du nord au sud, de la mer à l'Oise, tandis que le flanc sud s'étend de l'ouest à l'est par Reims jusqu'à Verdun. Au 1er septembre, nous l'avons vu, l'articulation des deux lignes, autrement dit le fond de la poche, est sur l'Oise, à Noyon. Sur le flanc ouest, se trouvent l'armée belge et les armées britanniques, prolongées au sud par les Ire et IIIe armées françaises; elles attaqueront en direction de l'est; objectifs : Ath, Mons, Maubeuge, Avesnes, Hirson. Sur le flanc sud sont les Xe, VIe, Ve et IVe armées françaises jusqu'à l'Aisne et, au delà, les armées américaines; elles attaqueront en direction du nord; objectifs : Sedan et Mézières. Ainsi, après la réduction des poches de Château-Thierry, de Montdidier, d'Armentières (ou du Kemmel) et de Saint-Mihiel, se fera la réduction de la grande poche de France qui délivrera notre pays et amènera la défaite de l'Allemagne. On peut dire que la grande et décisive bataille de 1918, bataille qui commence le 21 mars, pour se terminer le 11 novembre, est la bataille des poches : formation des poches, de mars à mai; réduction des poches, de juillet à novembre. Du petit au grand le procédé est le même; c'est la manoeuvre par action concentrique, par enveloppement, si chère aux Allemands; seulement, de septembre à novembre, elle prend une ampleur extraordinaire et toutes les forces alliées : belges, anglaises, françaises, américaines, y participent. Dès le 27 août, le maréchal Haig avait soumis au maréchal Foch un projet d'opérations combinées d'après lequel les armées britanniques attaqueraient en direction de l'est sur Cambrai et Saint-Quentin, tandis que les forces françaises et américaines attaqueraient en partant du sud sur Mézières. |
A quoi le maréchal Foch, qui avait déjà formé son plan, répondait : « Les objectifs finaux que vous m'indiquez sont bien ceux que j'envisage de mon côté et vers lesquels je fais tendre les actions des armées alliées. « Ces actions sont actuellement montées dans différentes régions suivant un certain style pour chacune; il n'y a donc qu'à les faire se développer avec le plus d'activité possible. C'est à quoi je m'applique.» Trois jours après, dans une note datée du 30 août, il ajoutait : « La situation de l'ennemi est devenue telle qu'on doit viser non plus seulement à l'empêcher de se rétablir sur la ligne Hindenburg, de Saint-Quentin à Reims, mais de le presser de plus loin aux ailes de l'ensemble de son dispositif, en vue de l'acculer progressivement au massif des Ardennes. » Enfin, le 3 septembre, il donnait la directive n° 3 qui règle l'ensemble des opérations : « Actuellement, l'offensive alliée se développe avec succès de la Scarpe à l'Aisne, forçant l'ennemi à reculer sur tout ce front. « Pour développer et accroître cette offensive, il importe que, sans aucun retard, toutes les forces allemandes s'engagent dans la bataille suivant des directions convergentes et par les parties favorables du front. « Dans ce but, tandis que : « 1° les armées britanniques, appuyées par la gauche des armées françaises, continuent d'attaquer en direction générale Cambrai-Saint-Quentin; « 2° le centre des armées françaises continue ses actions pour rejeter l'ennemi au delà de l'Aisne et de l'Ailette; « 3° l'armée américaine exécutera les opérations suivantes : a) l'offensive prévue en Woëvre, réduite à l'obtention de la ligne Vigneulles, Thiaucourt, Régnéville, suffisante pour obtenir les résultats visés : dégagement de la voie ferrée Paris-Avricourt et base de départ satisfaisante pour les opérations ultérieures. Cette attaque est à déclencher le plus tôt possible, afin de ne laisser aucun répit à l'ennemi, au plus tard le 10 septembre. b) une offensive en direction générale de Mézières, aussi forte et violente que possible, couverte à l'est par la Meuse et appuyée à gauche par une attaque de la IVe armée française. « Cette dernière offensive est à monter avec la plus grande rapidité, pour être déclenchée au plus tard du 20 au 25 septembre. Elle visera tout d'abord, par des actions menées de part et d'autre de l'Argonne, rejeter l'ennemi sur la ligne Stenay, le Chesne, Attigny, puis à gagner la région de Mézières. » De son côté, le général Pétain manoeuvrait ses réserves en conformité de ce plan et les massait en Champagne. Comme conséquence, il avait fait connaître au général Fayolle, commandant le G. A. R., qu'il ne pourrait pas lui envoyer de longtemps de divisions fraîches et que les armées sous ses ordres devraient, par suite, s'organiser pour durer avec leurs seules forces. Le 10 septembre, il arrêtait la dotation du dit G. A. R. à 10 corps d'armée et 30 divisions. Ce sont les opérations de cette attaque de la poche de France par actions convergentes, menées d'une part d'ouest en est, avec les Belges, les Anglais et partie des forces françaises, d'autre part du sud au nord, avec les Français et les Américains, que nous allons maintenant étudier. Elles apparaissent à première vue comme très compliquées, mais on peut s'en faire une idée simple, si on veut bien considérer que dans l'ensemble : 1° au cours du mois de septembre, ont lieu la poussée vers la ligne Hindenburg et les actions de force qui en amènent le franchissement. Ces opérations se développent plus particulièrement sur le flanc ouest pendant la première quinzaine du mois et sur le flanc sud pendant la deuxième quinzaine; 2° au cours du mois d'octobre, a lieu l'exploitation de ce premier succès, à la suite duquel les allemands se retirent sur les positions en arrière. Pendant la première quinzaine du mois, l'exploitation se produit sur le flanc sud et pendant la deuxième sur le flanc ouest; 3° enfin, au cours du mois de novembre, se développe l'assaut concentrique final qui rejette les Allemands hors de France et les accule à l'armistice. |
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RÉDUCTION DU SAILLANT DE SAINT-MIHIEL Les Allemands occupaient, depuis le mois de septembre 1914, Saint Mihiel et le faubourg de Chauvoncourt, situé sur la rive gauche de la Meuse. Leur artillerie, installée sur l'éperon du fort du Camp des Romains, dominait la vallée d'une centaine de mètres et la commandait jusqu'à l'extrême portée de ses canons. Or, à moins de dix kilomètres en amont, débouche à Lérouville la grande ligne de Paris à Avricourt. Depuis quatre ans, il avait donc fallu, non seulement abandonner complètement la ligne de Lérouville à Verdun, coupée à Saint-Mihiel, mais encore renoncer à utiliser la ligne de Paris à Avricourt dans la région de Lérouville, dont la gare avait été complètement ruinée par les bombardements. Les trains de Paris à Avricourt avaient dû être détournés par Nançois-Tronville, Gondrecourt et Sorcy. Cette situation avait failli avoir des conséquences tragiques lors de l'attaque de Verdun en février 1916. Jusqu'à cette époque Verdun était resté accessible par la ligne Châlons, Sainte-Menehould, Clermont, mais lorsque les Allemands, après nous avoir refoulés au pied du versant est de l'Argonne, commencèrent à bombarder Aubréville, le front de Verdun, de l'Argonne et la Woëvre ne fut plus alimenté que par la route et par le chemin de fer meusien, ligne à voie étroite reliant Verdun à Bar le Duc. |
