Lundi 1er octobre
Sur le front de l'Aisne, après une préparation d'artillerie, trois détachements ennemis ont tenté d'aborder nos tranchées au nord de Berry-au-Bac. Une fraction allemande, qui avait réussi à pénétrer dans un élément avancé de nos lignes, en a été chassée aussitôt. Sur les autres points, nos feux ont arrêté les assaillants, qui ont subi des pertes sensibles.
La lutte d'artillerie s'est maintenue très vive sur les deux rives de la Meuse, notamment au nord de la cote 344 et vers le bois de la Chaume.
Des avions allemands ont bombardé la région de Dunkerque. Il y a plusieurs victimes dans la population civile.
Nous avons abattu deux appareils.
Nos avions ont opéré sur la gare de Colmar et sur les établissements ennemis au nord de Soissons.
Sur le front de Macédoine, entre les lacs de Prespa et d'Okrida, l'ennemi a effectué deux attaques qui ont été vigoureusement repoussées.
A l'extrême gauche, les contingents albanais, refoulant les postes autrichiens, se sont emparés du village de Cesme, dans la haute vallée du Skouch.
Les Italiens ont fait environ 1800 prisonniers à l'est de Gorizia.
Quatre escadres d'avions ont survolé l'Angleterre jusqu'aux abords de Londres. Il y a 11 morts et 82 blessés.

Mardi 2 octobre
Sur le front de l'Aisne, actions d'artillerie assez vives dans les secteurs de Laffaux, d'Ailles et dans la région entre la Miette et l'Aisne.
Au nord de Braye, un de nos détachements, composé d'un officier et de douze hommes, a exécuté un coup de main sur une tranchée adverse et ramené sans avoir subi de pertes, 13 prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, après un violent bombardement, les Allemands ont prononcé une attaque entre le bois le Chaume et Bezonvaux. Un combat acharné s'est engagé dans nos éléments avancés où l'ennemi avait réussi à pénétrer et s'est terminé à notre avantage. Notre ligne est rétablie. Nous avons fait 15 prisonniers.
Sur le front belge, nos alliés ont été bombardés dans les régions de Ramscapelle, de Oerscapelle et de Knoske. Les batteries belges ont vigoureusement riposté.
En Macédoine, nous avons exécuté des tirs de destruction sur les batteries ennemies dans la boucle de la Cerna et au nord de Monastir. L'armée britannique de Mésépotamie a remporté un grand succès à Ramadié, à l'ouest de Bagdad, capturant plusieurs milliers de prisonniers, dont le chef des troupes turques.
Les Italiens ont repoussé une série d'offensives autrichiennes sur le plateau de Bainsizza. Le chiffre des prisonniers faits par eux monte à 2019, dont 63 officiers.

Mercredi 3 octobre
Activité marquée des deux artilleries sur le front de l'Aisne, notamment dans le secteur de Craonne. Deux coups de main ennemis, l'un au nord de Braye-en-Laonnois, l'autre dans la région d'Ailles, sont restés sans résultat.
Dans la région au nord-ouest de Reims, notre artillerie a dispersé des rassemblements ennemis.
Sur la rive droite de la Meuse, la lutte d'artillerie a pris un caractère de grande ampleur pendant la nuit, depuis Samogneux jusqu'à Bezonvaux. Les Allemands ont, à deux reprises, attaqué nos tranchées dans le secteur de Beaumont. Nos feux ont, chaque fois, arrêté les assaillants en leur infligeant des pertes sensibles.
Des avions allemands ont attaqué de nouveau la ville de Dunkerque; le bombardement a causé de sérieux dégâts matériels. On signale de nombreuses victimes parmi la population civile.
En représailles, nos aviateurs ont jeté des bombes sur Stuttgart, Trèves, Coblentz et Francfort-sur-le-Mein.
2120 kilos d'explosifs ont été jetés sur les dépôts de Roulers, 6000 sur les gares de Metz-Sud, Woippy, Thionville, l'aérodrome de Chambley, etc.
Les Allemands ont tenté avec des troupes fraîches cinq attaques successives sur la partie du front britannique comprise entre la route Ypres-Reims et le bois du Polygone. Une sixième n'a pas été plus heureuse, et l'ennemi a subi à chaque fois des pertes considérables.

Jeudi 4 octobre
A l'est de Reims, nos batteries ont efficacement contrebattu l'artillerie ennemie et fait avorter une attaque en préparation dans les tranchées adverses.
A l'ouest de la ferme Navarin, nos détachements ont pénétré dans les lignes ennemies, fait sauter plusieurs abris et ramenés des prisonniers. Une autre incursion dans la région du Casque nous a donné de bons résultats.
Sur le front de Verdun, la nuit a été marquée par une violente lutte d'artillerie sur les deux rives de la Meuse, particulièrement dans la région au nord de la cote 344 où ont eu lieu de vifs engagements de patrouilles.
Nos avions ont bombardé la gare de Fribourg, les usines de Volklingen et d'Offenbach, les gares de Brieulles, Longuyon, Metz-woippy, Arnaville, Mezières-les-Metz, Thionville, Sarrebourg. 7000 kilos de projectiles ont été lancés.
En représailles du bombardement de Bar-le-Duc, deux de nos appareils ont jeté plusieurs bombes sur la ville de Baden.
Sur le front britannique, canonnade dans la région d'Ypres.
Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne sur le San Gabriele. Une compagnie d'assaut ennemie a été détruite et un bataillon dispersé.
Les Allemands se sont livrés à une série d'attaques aériennes sur le littoral russe de la Baltique.


Ypres - la morte

Vendredi 5 octobre
Canonnade au nord-est de l'Aisne et sur les deux rives de la Meuse, plus active sur la rive droite.
Les troupes britanniques ont, de nouveau, attaqué un large front à l'est d'Ypres. Elles progressent de façon satisfaisante et ont fait déjà un certain nombre de prisonniers.
En représailles du bombardement de Bar-le-Duc, nous avons bombardé Francfort et Rastadt.
Sur le front italien, la bataille continue sur les pentes occidentales du San Gabriele. Des attaques ennemies, répétées, entreprises avec l'aide de nombreuses troupes d'assaut, ont été brisées par les feux de nos alliés. Ceux-ci ont capturé au cours d'un raid, 4 officiers et 22 soldats.
Sur le reste du front, duel d'artillerie habituel.
Un aéroplane ennemi a été obligé d'atterrir dans les lignes italiennes au-dessus de Anzéa. Les pilotes ennemis ont été faits prisonniers.
Sur le front russe, vive canonnade réciproque dans la région de Jacobstadt : fusillade dans les autres secteurs.
Sur le front roumain, les Austro-Allemands ont reculé au nord-ouest de Sotriné, abandonnant leurs tranchées pour prendre des positions plus favorables.
Dans la Baltique, des hydroplanes allemands ont effectué une reconnaissance près de Seret, sur l'île d'Oesel, et près de Gamache. Il y a eu 70 morts et 44 blessés.
Une escadrille d'avions allemands a survolé le village de Krasnovau, lançant 80 bombes, tuant 3 soldats et en blessant 4.
Les raids allemands sur Londres on fait en neuf mois, 940 victimes, dont 191 morts.

Samedi 6 octobre
L'ennemi a tenté plusieurs coups de main, notamment en Champagne, à l'est de la butte de Souain, et en Haute-Alsace, vers Michelbach. Ces coups de main ont échoué.
Violentes actions d'artillerie sur la rive droite de la Meuse, dans la région de Bezonvaux et de la cote 344.
L'attaque anglaise en Flandre a donné d'excellents résultats. Elle a été exécutée par des divisions anglaises, australiennes et néo-zélandaises. Sur tous les points, l'avance a été rapide dès le début. Au sud de la route de Reims, tous les objectifs furent atteints de bonne heure.
Au nord de la route, des bataillons anglais enlevèrent le hameau et le château de Polderhoeck où la lutte fur violente et chassèrent l'ennemi de nombreuses fermes et boqueteaux, au sud et à l'est du bois du Polygone. Les Australiens s'emparèrent de Becelaere Isthock et des maisons de la route de Zonnebeke à Broodseinde. Les Néo-Zélandais prirent Gravenstafel et d'autres divisions anglaises atteignaient Poelcappelle. Le mouvement sur les derniers objectifs fut exécuté avec le même succès. Les Anglais occupèrent Neutel et Noordheindhoek. Toute la ligne prévue était atteinte avant midi. Nos alliés avaient déjà recensé 3000 prisonniers. Les Allemands ont subi des pertes élevées : toutes leurs contre-attaques ont été repoussées.
Le croiseur-cuirassé anglais Drake a été torpillé au large de la côte septentrionale d'Irlande.
Les Italiens ont repoussé toute une série d'attaques autrichiennes sur le plateau de Bainsizza.
Les Russes ont brisé une offensive bulgare sur le front roumain.

Dimanche 7 octobre
Divers coups de main ennemis sur nos petits postes, dans la région d'Hurtebise-Craonne sont restés sans succès.
Sur la rive droite de la Meuse, une tentative plus sérieuse sur nos tranchées au nord-ouest de la cote 344 a donné lieu à un vif combat. Nos soldats ont rejeté un groupe d'assaillants qui avaient pris pied dans nos éléments avancés. Notre ligne est intégralement rétablie.
Nous avons réussi plusieurs incursions dans les tranchées adverses au sud de la butte de Souain, au nord-est de Faye-en-Haye et au nord-ouest de Regnéville. Nos détachements ont pénétré jusque dans les lignes de soutien, détruits de nombreux abris et ramené des prisonniers.
Activité d'artillerie intermittente sur la plus grande partie du front.
Sur le front britannique, l'artillerie allemande tonne sans discontinuer, mais aucune action d'infanterie sérieuse n'est signalée. Nos alliés ont fait échouer par leurs feux d'infanterie et de mitrailleuses une tentative de raid au sud de Hollebeke. Les Gallois ont effectué avec succès un coup de main sur la ligne ennemie au sud-est de Gouzeaucourt. Ils ont fait subir des pertes aux occupants.
Le chiffre des prisonniers capturés en deux jours par les troupes britanniques s'élève à 4446, dont 114 officiers.
L'Angleterre et les Etats-Unis ont pris des mesures importantes pour resserrer le blocus.

Lundi 8 octobre
Activité des deux artilleries dans la région de Braye-en-Laonnois et sur la rive droite de la Meuse, au nord du bois Le Chaume.
Dans les Vosges, nous avons réussi un coup de main dans la région de Sénones.
L'artillerie anglaise a montré de l'activité sur toute l'étendue du front de bataille. Les tirs de l'artillerie allemande ont été dirigés surtout contre les nouvelles positions de nos alliés le long de la crête à partir des bois de Broodseinde. Le chiffre des prisonniers capturés par les troupes britanniques s'est accru de 380.
Le temps, qui est demeuré variable et nuageux, a rendu difficiles les opérations aériennes. Le travail d'artillerie et de photographie a été néanmoins poursuivi avec succès. Les pilotes anglais ont bombardé les camps d'aviation de la région de Lille.
Sur le front de Macédoine, journée calme. Quelques patrouilles ennemies ont été repoussées à l'ouest du lac d'Okrida. Les aviateurs alliés ont bombardé les établissements ennemis au nord de Guevgueli et vers Kesna.
Les Russes ont repoussé de petites tentatives ennemies dans la direction de Riga. Les ennemis ont bombardé par avions Galotz, en Roumanie.
Les Italiens ont repoussé plusieurs attaques autrichiennes. Violente canonnade sur le plateau de Bainsizza.

Mardi 9 octobre
La lutte d'artillerie est devenue, par moments, violente en Belgique.
Canonnade dans le secteur Vauxaillon-Laffaux-Hurtebise et sur le rive droite de la Meuse, notamment au nord de la cote 344 et vers Bezonvaux.
En Champagne, nous avons repoussé un fort coup de main dirigé sur nos tranchées de la ferme Navarin. L'ennemi a subi des pertes sensibles et a laissé des prisonniers entre nos mains sans obtenir le moindre résultat.
L'artillerie belge à pris à partie les organisations ennemies, les groupes de travailleurs, les localités de Clericon, Essen et Wormen. Une patrouille allemande a été dispersée par les feux de l'infanterie belge. La pluie est tombée en abondance dans les secteurs britanniques. Une offensive allemande a échoué au sud de Reutel. Les Allemands ont établi entre Broodseinde et Hollebeke un fort barrage d'artillerie.
Sur le front de Macédoine, canonnade dans la région du Vardar, au nord de Monastir et dans la région des lacs.
Un régiment russe en Moldavie a pris d'assaut la hauteur et la moitié du village de Woskoubji, près de la ville de Sereth. Les contre-offensives ennemies ont été repoussées, mais, sous le feu de l'artillerie, les Russes ont dû regagner leurs anciennes positions, ramenant 750 prisonniers.

Mercredi 10 octobre
Lutte d'artillerie assez vive en Belgique et sur le front de l'Aisne. L'ennemi a tenté, à plusieurs reprises, d'attaquer nos petits postes dans la région de Craonne et de Champagne, dans les secteurs de la Main-de-Massiges et du mont Haut. Toutes ces tentatives ont été repoussées et nous ont permis de faire des prisonniers.
En Macédoine, faible activité sur l'ensemble du front. Dans la région de Doiran, deux raids, appuyés par l'aviation, ont pénétré dans les lignes ennemies et exécuté des destructions. L'artillerie anglaise a forcé des détachements ennemis à évacuer Osmal-Kanula, au sud-ouest de Serès. Nos alliés ont effectué d'heureux coups de main à l'est du lac de Doiran.
Sur le front britannique, en Belgique, une attaque allemande a été repoussée à l'est du bois du Polygone. Nos alliés ont fait des prisonniers. Ils ont jeté deux tonnes et demie d'explosifs sur les gares de Staden et de Courtrai.
Les Russes ont brisé une offensive allemande sur la chaussée de Pskov. Ils ont réussi un coup de main dans le secteur d'Illuxt.
Les Italiens ont exécuté un raid aérien au-dessus de Cattaro et capturé un torpilleur autrichien dans l'adriatique.

Semaine du 11 au 17 octobre
POLITIQUE ET DIPLOMATIE
La question d'Alsace-Lorraine. - Dans un discours récent au Reichstag, le sous-secrétaire d'Etat M. von Kühlmann a affirmé avec force que jamais l'Allemagne ne ferait de concession d'aucune sorte à la France en ce qui concerne l'Alsace-Lorraine. Le 11 octobre, M. Lloyd George, Premier ministre britannique, a au contraire déclaré solennellement que l'Angleterre combattrait auprès de la France jusqu'à ce que celle-ci ait délivré ses enfants opprimés. Ces deux manifestations ont pris un sens particulier lorsque M. Ribot, ministre français des Affaires étrangères, au cours d'une intervention à la tribune de la Chambre sur la politique étrangère, le 12 octobre, a laissé entendre que l'Allemagne faisait " murmurer" que, si le gouvernement français voulait s'aboucher avec elle, nous pourrions compter sur la restitution de l'Alsace-Lorraine. Ainsi le discours de M. von Kühlmann n'aurait plus été qu'une manifestation de dépit, après que la France avait refusé de tomber dans le piège diplomatique qu'on voulait lui tendre. Les révélations de M. Ribot ont provoqué une vive émotion, d'autant que les paroles du ministre ont paru, au Journal officiel, sous une forme que certains ont cru juger différente de celle où elles avaient été prononcées. Au nom du groupe socialiste, M. Mayéras a, le 15 octobre, interpellé le gouvernement à ce sujet, mais le débat a eu lieu en comité secret. Il a duré près de quatre heures. Il a été clos par le vote de l'ordre du jour pur et simple, adopté par 313 voix contre 0, les autres députés s'étant abstenus.
La Révolution russe. - Le gouvernement russe, reconstitué sur de nouvelles bases par Kerensky, a publié le 10 octobre un manifeste-programme. Il y affirme à la fois son désir ardent de la paix et sa volonté ferme de poursuivre la guerre, auprès des Alliés, tant que l'exigeront les intérêts vitaux de la patrie et les engagements pris. Il énumère également quelques unes des solutions provisoires qu'il compte apporter aux difficultés intérieures, jusqu'à ce que la réunion de la Constituante permette à la Russie de choisir elle-même sa politique économique et sociale.
Une Crise politique en Allemagne.- Devant l'opposition grandissante qu'il rencontrait au Reichstag, l'Amiral von Capelle, ministre de la Marine allemand, a donné sa démission.
Nos Diplomates - M.Joseph Thierry, ancien ministre des Finances dans le cabinet Ribot, a été nommé ambassadeur de France à Madrid. On sait que M. Noulens, ancien ministre, est déjà le représentant de la France à Petrograd. Ainsi s'affirme la tendance de confier, pendant la guerre, nos intérêts nationaux chez les neutres ou les alliés à des personnalités qualifiées n'appartenant pas à la carrière diplomatique.
M. Painlevé à Londres. - M. Painlevé, président du Conseil, accompagné de deux de ses collègues du Cabinet, s'est rendu à Londres la semaine dernière afin d'y conférer avec M. Lloyd George. Il y a passé plusieurs jours.

LES OPERATIONS MILITAIRES
LA BATAILLE DES FLANDRES
Le 12 octobre, à 5 h. 25 du matin, les troupes britanniques ont pris une nouvelle offensive au Nord-Est d'Ypres. C'était la sixième fois, depuis le 31 juillet, qu'elles procédaient à une entreprise de vaste envergure dans les Flandres. Les autres journées mémorables furent celles du 15 août, du 20 septembre, des 4 et 9 octobre. Toutefois, si l'on tient compte d'une opération moins importante, effectuée le 10 août, et des combats du 26 septembre qui le furent, en réalité, que le glorieux épilogue de l'action engagée le 20, l'attaque anglaise du 12 octobre peut être considérée comme la huitième, dans un étroit secteur, depuis moins de deux mois et demi.
Elle s'est étendue, cette fois-ci, sur une dizaine de kilomètres depuis la voie ferrée d'Ypres à Roulers jusqu'au point de contact avec l'armée française, à la lisière Sud de la forêt d'Houthulst. Sur 1'ensemble de ce front, un grand nombre de localités organisées, de fermes, de points d'appui bétonnés sont tombés entre les mains de nos alliés. La lutte a été particulièrement violente sur la pente de la crête principale, à l'Ouest de Passchendaele. D'ailleurs, un temps exécrable est venu interrompre en plein développement, l'opération entamée. Les Anglais, qui ne pouvaient plus avancer dans une véritable mer de boue, n'ont tenté aucun nouvel effort pour atteindre leurs derniers objectifs. Le nombre des prisonniers faits s'est élevé à 943, dont 41 officiers.

FRONT FRANÇAIS
Quelques attaques allemandes se sont produites pendant la dernière semaine en plusieurs points de notre front. Elles ont parfois été assez vives.
Une lutte toujours active a animé le secteur de l'Aisne. En particulier, dans la nuit du 11 au 12 octobre, des tentatives acharnées ont été faites contre nos positions d'Hurtebise-Chevreux. Malgré son effort, l'ennemi a réussi seulement à prendre pied dans quelques éléments avancés. Le 16, il a renouvelé son assaut au sud de Courtecon et au sud d'Ailles, sans plus de succés.
Un autre épisode a eu pour théâtre la région de Champagne. Pendant la nuit du 11 au 12, d'importants effectifs ont, après un bombardement de trente-six heures, essayé d'aborder nos tranchées vers Souain-Auberive. Ils sont revenus trois fois à la rescousse, mais sans succès.
Sur la rive droite de la Meuse, au Nord de la cote 344, les Allemands ont, le 11 octobre, lancé une attaque qui leur a permis de s'établir momentanément dans une de nos tranchées. Ils en ont été bientôt rejetés. Sur la rive gauche, une entreprise au Nord de la cote 304 a été repoussée le 16.

LA GUERRE AÉRIENNE
Les Allemands ont continué à bombarder par avions la ville de Dunkerque et la région avoisinante. Le 16 octobre, à la tombée de la nuit, ils ont effectué une expédition sur Nancy, ou il y a eu une dizaine de tués et une quarantaine de blessés. Par contre notre aviation de bombardement a jeté de multiples projectiles sur des établissements mIlitaires de l'arrière-front et des usines de guerre d 'Allemagne. Au cours de combats aériens, dans les seules journées des 15 et 16 octobre, où l'état atmosphérique a permis de reprendre l'air, cinq appareils ennemis ont été abattus et vingt sont-tombés désemparés dans leurs lignes.

DANS LE GOLFE DE RlGA
Les seules opérations militaires des fronts russes d'Europe dignes d'attention, ont été concentrées, après débarquements allemands dans l'île d'oesel, qui barre l'entrée du golfe de Riga, entre ses deux portes maritimes d'accès.
L'île d'Oesel, dans sa partie principale, affecte la forme d'une ellipse, inclinée du Nord-Est au Sud-Ouest, dont le grand axe mesure environ 70 kilomètres et le petit un peu moins d'une quarantaine. Cette ellipse est prolongée au Sud par un appendice péninsulaire, la presqu'île de Sworbe, d'une longueur de 28 kilomètres, qu'un isthme étroit unit à la grande terre.
La capitale, Arensbourg, située sur le rivage du golfe, est une petite ville et station balnéaire de 5.500 habitants. A l'extrémité septentrionale de l'île, une digue, surmontée d'une chaussée, relie aux environs d 'Orisar, Oesel à l'île Mohn, voisine. Celle-ci est séparée de la côte d'Esthonie par le Mohn-Sund. A la pointe de la presqu'île de Sworbe se trouve le port de Zerel, dont les batteries peuvent battre le détroit d'Irben, au delà duquel s'allonge le littoral de Courlande.
Sur la côte occidentale d'Oesel et en son milieu s'ouvre une baie profonde, semblable à un estuaire, la baie Tagelacht. C'est là, que le 12 octobre, des forces allemandes, estimées à deux divisions et commandées par le général d'infanterie von Kathen, ont pris terre " avec une rapidité extraordinaire ", selon les constatations du communiqué russe.
Sitôt débarquées, ces forces, précédées à grande distance par des détachements de cyclistes et de motocyclistes, se sont avancées dans l'île en deux colonnes distinctes. Celle du Nord a pris pour objectif Orisar et la digue de l'île Mohn: Celle du Sud s'est dirigée vers Arensbourg, avec mission de rejeter les troupes russes de défense dans la presqu'île de Sworbe.
Nos Alliés n'avaient pas été surpris par les événements. Dès les premiers jours du mois de septembre, l'état-major général avait reçu de multiples renseignements sur les préparatifs de l'ennemi en vue d'un débarquement dans les parages septentrionaux du golfe de Riga. Cependant, il ne semble pas que la résistance sur terre ait été en rapport avec les précautions sans doute prises en, vue des éventualités attendues. Dès le 12 au soir les motocyclistes allemands apparaissaient devant Orisar. Le 13 et le 14, sans même attendre leur artillerie, les fantassins et les cyclistes de l'envahisseur avaient parcouru la majeure partie de l'île, atteint les environs d' Arensbourg et occupé l'isthme de la presqu'île de Sworbe, dans laquelle avaient reflué les éléments russes.
Le 15, Arensbourg était pris, et toute la portion principale de l'île tombée au pouvoir de l'ennemi. La situation des troupes russes retirées dans l'île Mohn et vers la pointe de Zerel demeurait très critique. Les Allemands annonçaient la capture de 2.400 prisonniers et d'une trentaine de canons.
Le développement des opérations futures prête à plusieurs hypothèses, tout en demeurant, de manière générale, dominé parla tardiveté de la saison.

EN ARMÉNIE ET EN PERSE
Une certaine activité s'est à nouveau manifestée sur les fronts russes d'Asie. Bien qu'elle ne se soit traduite que par des escarmouches sans résultats appréciables, elle permet de préciser les positions adverses sur un vaste théâtre, perdu de vue depuis de longs mois.
Le 11 octobre, à 25 kilomètres au Sud-Ouest d'Erzindjan, un bataillon turc a attaqué les tranchées russes, et en a été rejeté après un vif engagement.
A 85 kilomètres au Sud-Est d'Erzindjan, auprès du village de Kighi, des fusillades ont eu lieu entre les avant-postes.
Dans la région de Van, une attaque kurde a été repoussée.
A
la frontière de Perse, à l'Ouest d'Ourmiah, les Russes ont enlevé deux villages, dans les journées des 2 et 3 octobre. Les Turcs se sont enfuis sur la rive occidentale du Grand Zab, en détruisant les ponts.
De même, à 75 kilomètres au Sud d'Ourmiah, l'ennemi a été rejeté hors de ses positions du mont Chatak, sur la direction de Revandouz. Enfin, en Perse même, un combat a mis aux prises des détachements avancés dans la région de la ville de Senné.

FRONT MACÉDONIEN
Sur l'ensemble du front de l'armée d'Orient, les luttes d'artillerie ont pris parfois un certain caractère d'intensité, tandis que les avions effectuaient de fréquents bombardements.
Dans la matinée du 14 octobre, les troupes écossaises ont réussi un brillant coup de main contre le village de Homondos, à environ 8 kilomètres au Sud-Ouest de Sérès. Après une vive lutte, 143 prisonniers et 3 mitrailleuses ont été capturés.

LA GUERRE NAVALE
Les opérations combinées dans le golfe de Riga. - La mise à terre d'un corps expéditionnaire allemand dans l'île d'Oesel, le 12 octobre, a nécessité le concours de forces navales importantes, cuirassés, éclaireurs et destroyers, ainsi que de tout un convoi de vapeurs chargés de troupes. Le débarquement du corps expéditionnaire et du matériel a été effectué rapidement au moyen de chalands à moteurs de faible tirant d'eau pouvant aborder au rivage. L'opération avait été précédée d'un bombardement violent des défenses de l'île par l'artillerie des cuirassés.
En même temps qu'ils prenaient pied dans Oesel, les Allemands attaquaient et réduisaient les batteries russes tenant encore sur la rive Sud du détroit d'Irben. Ce détroit, situé entre Oesel et la pointe Nord de la côte de Courlande, est le principal chenal d'accès au golfe de Riga; les fonds n'y sont pas inférieurs à 12 mètres; par conséquent, il est praticable pour les grands navires.
Une opération secondaire de débarquement a eu lieu dans l'île Dagoe. Les Allemands se sont l'embarqués, volontairement assurent-ils; contre leur gré, affirment les Russes, qui prétendent les avoir repoussés. Cet incident, simple diversion peut-être, est, d'ailleurs, sans importance, la posisition d'Oesel suffisant à l'ennemi pour fermer le golfe dont il a maintenant l'entière disposition.
Les renseignements sur le sort de Mohn manquent de précision. Cette petite île est reliée à Oesel par une digue construite sur des bancs émergeant à basse mer et qui ferme l'ancienne passe du Petit Sund; elle tombera aux mains de l'ennemi, si elle n'y est pas déjà. Cette opération combinée, préparée avec soin depuis plusieurs semaines, et conduite avec décision, n'a surpris personne. Les Russes s'y attendaient, ils l'avouent, reconnaissant ainsi implicitement qu'ils ne disposaient pas d'une force navale suffisante pour s'y opposer. Ils n'avaient plus dans les eaux des îles que des navires légers depuis la chute de Riga.
A proprement parler, il n'y a pas eu de combat naval. On ne peut pas donner ce nom à l'escarmouche du 14, dans le Soela-Sund, entre un cuirassé allemand et des éclaireurs russes qui se sont brillamment comportés et dont l'un, le Grom, de 1.350 tonnes, a été coulé. Le cuirassé a été obligé de se retirer. Il ne pouvait pas faire autrement, le Sœla-Sund étant obstrué par des îlots et des hauts-fonds rocheux qui le rendent dangereux pour les gros navires.
Au cours des opérations, les Russes assurent que les Allemands ont perdu un croiseur et quatre torpilleurs; les Allemands affirment que, jusqu'au 16 octobre, ils n'ont perdu que deux dragueurs de mines et un petit transport. Mais, en admettant que leurs pertes soient telles que les Russes le disent, ce ne serait pas payer cher la possession complète du golfe, base navale de premier ordre, d'où ils pourront entreprendre une nouvelle offensive dans le golfe de Finlande. La maîtrise de la Baltique leur appartient.
Les mutineries dans les flottes ennemies. - L'amiral von Capelle, secrétaire d'Etat de la Marine, a déclaré au Reichstag, que des mutineries graves se sont produites, en août dernier, à bord de certains navires de la flotte impériale. Il paraît que, précédemment, au mois de février, de graves désordres s'étaient déjà produits dans les équipages, on n'en avait pas dit un mot. Plusieurs hommes ont été fusillés et un grand nombre condamnés aux travaux forcés. L'ordre est rétabli pour l'instant. Les marins allemands, mal nourris, rudement menés, conscients de l'impuissance des forces navales de l'empire vis-à-vis de la Grande-Bretagne, sont découragés, et le découragement amène vite l'insubordination à bord des navires où la discipline est extrêmement difficile à maintenir, en raison de l'existence en commun que les chefs et leurs subordonnés sont obligés de mener, non sans haine parfois. Le recrutement du personnel des sous-marins, de plus en plus pressant, est aussi un sujet de mécontentement, les hommes éprouvant une grande répugnance à servir sur ces bateaux.
On annonce de Rome que les équipages de quelques navires autrichiens se sont aussi mutinés à cause de l'insuffisance de la nourriture et des mauvais traitements qu'ils endurent. A Pola, une lutte sanglante se serait produite entre des marins autrichiens et les équipages d'une flottille de sous-marins allemands dont l'arrogance était devenue insupportable à leurs alliés. Là aussi l'ordre a été rétabli par quelques punitions sévères.
Le blocus sous-marin. - Parmi les navires coulés, on signale le vapeur Médie, torpillé le 23 septembre en Méditerranée. Sur les 559 personnes embarquées, 250 ont disparu. Le nombre important des victimes est dû en partie à l'explosion des munitions dont le vapeur était chargé et qui a été provoquée par l'explosion de la torpille.


Jeudi 18 octobre
En Belgique, nos patrouilles, au cours de reconnaissances poussées en avant de nos nouvelles lignes ont ramené une trentaine de prisonniers.
Nous avons repoussé plusieurs coups de main ennemis au sud-est de Juvincourt, vers le mont Cornillet et sur le front au nord du bois Le Chaume.
Dans cette dernière région, la lutte d'artillerie a pris une grande intensité.
Nous avons réussi un coup de main sur une tranchée allemande au pied des Côtes de Meuse et ramené des prisonniers.
Cinq avions allemands ont été détruits. Vingt appareils ennemis sont tombés désemparés dans leurs ligne à la suite de combats aériens. Notre aviation de bombardement a opéré sur les établissements militaires de Volklingen, les gares de Thionville, Mézières-les-Metz, Metz-Woippy, les usines d'Hagondange et celles de Rombach. Des avions ennemis ont violemment bombardé Nancy. On signale de nombreuses victimes dans la population civile ( 10 tués et une quarantaine de blessés ).
Sur le front russe de Baltique, les Allemands ont opéré un grand nombre de reconnaissances aériennes.
L'ennemi a développé son succès dans l'île d'Oesel. Un de ses dreadnoughts aurait subi des avaries sur un barrage de mines.
Les Italiens ont repoussé des patrouilles autrichiennes au sud de Mori.
L'artillerie ennemie sur ce front, s'est montrée active depuis le monte Nero jusqu'à la mer.

Vendredi 19 octobre
Sur le front au nord de l'Aisne, nos troupes ont repoussé une attaque dirigée contre nos positions du plateau de Vauclerc.
Actions d'artillerie vers Maisons-de-Champagne, au nord de Souain, dans la région des Monts et sur la rive droite de la Meuse, dans la région bois le Chaume-Bezonvaux.
Nancy est à nouveau bombardé par l'aviation allemande. Il y a des victimes.
Sur le front anglais, grande activité de l'artillerie allemande au nord-est d'Ypres et sur la côte. Activité de l'artillerie britannique sur le front de bataille.
Nos alliés ont exécuté avec succès une opération de bombardement sur territoire ennemi, et attaqué une usine à l'ouest de Sarrebruck, à 65 kilomètres de la frontière. De nombreuses bombes ont été jetées avec d'excellents résultats.
Canonnade en Macédoine sur le front du Vardar.
Les Russes ont livrés bataille à la flotte allemande dans le golfe de Riga. Après avoir chassé l'avant-garde ennemie, ils durent reculer devant la supériorité de portée de l'artillerie.
Le vaisseau de ligne Slava coula, mais presque tout son équipage fut sauvé. Les batteries de côtes russes placées à l'entrée du Mohn-Sund furent détruites. Au Mohn-Sund les tentatives allemandes échouèrent.
L'ennemi subit un autre échec, en renouvelant une opération de débarquement dans l'île de Dago.

Samedi 20 octobre
A la suite d'une préparation d'artillerie particulièrement efficace, toute une série d'opérations de détail nous a permis de pénétrer dans les organisations allemandes de la région moulin-de Laffaux, Braye-en-Laonnois, d'y opérer des destructions et de ramener une centaine de prisonniers appartenant à quatre divisions différentes. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes du saillant de Chevreux a échoué.
Entre la Miette et l'Aisne, nous avons exécuté un coup de main au cours duquel nous avons fait subir des pertes sérieuses à l'adversaire et capturé du matériel.
En Champagne, un de nos détachements, pénétrant dans les tranchées allemandes au nord du Casque, a poursuivi l'ennemi qui se retirait, et, après un vif combat, est rentré au complet dans ses lignes.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons repoussé une tentative allemande au nord de Chatillon-sous-les-Côtes.
En Macédoine, un monitor britannique a réduit au silence les batteries ennemies vers l'embouchure de la Strouma.
En Baltique, les Russes ont infligé des dommages à la flotte allemande qui avait réuni des effectifs très considérables. Deux torpilleurs ennemis ont été coulés, ainsi que deux chalutiers. Les Allemands ont occupé l'île de Mohn.
Vive activité autrichienne sur le front italien, entre les vallées de Posina et du Rio Freddo, mais nos alliés brisent toutes les tentatives.


Dimanche 21 octobre
Sur le front de l'Aisne, grande activité des deux artilleries. Nous avons repoussé deux coups de main ennemis sur nos petits postes, l'un au sud-est de Corbeny, l'autre en Argonne, dans la région de Boureuilles.
Sur la rive droite de la Meuse, une intervention de notre artillerie a mis fin à un violent bombardement de nos positions au nord du bois le Chaume.
Dunkerque a été bombardé par mer. On ne signale aucune victime dans la population civile. Un certain nombre de zeppelins ont survolé le territoire français sans causer de dégâts. Canonnés à leur passage par nos postes de défense anti-aérienne, plusieurs appareils dispersés, ont été abattus ou contraints d'atterrir. Un premier zeppelin a été descendu en flammes à Saint-Clément, près de Lunéville. Un second a dû atterrir près de Bourbonne-les-Bains. L'équipage a été capturé. L'appareil est resté intact. Deux autres zeppelins, désemparés, seraient tombés dans la zone de l'intérieur. Un autre raid de zeppelins a eu lieu dans la région de Londres. On y signale 34 morts et 56 blessés.
Deux croiseurs auxilliaires allemands ont attaqué en mer du Nord un convoi de dix navires scandinaves, qui étaient escortés par deux contre-torpilleurs anglais. Après une lutte inégale, les deux contre-torpilleurs ont été coulés. Sept des navires de commerce ont eu le même sort.

Lundi 22 octobre
Violente canonnade sur le front de l'Aisne, notamment dans la région Ailles-Cerny. Un violent coup de main a été dirigé par l'ennemi contre nos positions du nord-ouest de Bezonville. Nos troupes ont refoulé les assaillants et sont restés maîtresses de leurs positions.
Des avions ont lancé une soixantaine de bombes sur la région de Dunkerque. Point de victime civile.
Lutte d'artillerie sur tout le front de Macédoine, notamment dans la région de Doiran et au nord de Monastir où nos batteries ont exécuté des tirs de destruction.
Sur le front russe, les Allemands ont essayé de provoquer nos alliés à de nouvelles fraternisations. Ils ont été dispersés à coups de fusil.
Aucun changement dans la Baltique.
Sur le front italien du Trentin, quelques escarmouches au nord-est de Laghi. Des petits groupes ennemis ont été repoussés. Dans la vallée de San Pelligreno, des détachements autrichiens ont dû se replier. Canonnade sur le front des Alpes Juliennes.
L'avant parlement russe a ouvert sa session à Petrograd. Kerensky a prononcé un discours.

Mardi 23 octobre
En Belgique, nous avons attaqué, à la gauche de l'armée britannique, sur un front d'un kilomètre. Nos troupes, enlevant tous leurs objectifs, ont sensiblement progressé au nord-est de Veldock. Un certain nombre de prisonniers sont restés entre nos mains, ainsi que 2 canons de campagne. L'ennemi a faiblement réagi par son artillerie. Les Anglais, dans cette même région, ont exécuté de part et d'autre de la voie ferrée d'Ypres à Staden des opérations qui ont abouti à une avance satisfaisante.
Sur le front de l'Aisne, violente canonnade dans le secteur Epine de Chevrigny-Panthéon, et dans la région de Cerny. Une de nos reconnaissances a fait 10 prisonniers, dont 1 officier.
Sur le front de Verdun, actions d'artillerie assez vives au bois d'Avocourt et au nord du bois le Chaume.
Un avion allemand a été abattu et six autres contraints d'atterrir, désemparés, dans leurs lignes. Du 11 au 20, dix-neuf avions et trois ballons ennemis ont été abattus : vingt-huit appareils ont été sérieusement endommagés.
Sur le front de Macédoine, notre artillerie a continué ses tirs de destruction dans la région Vardar-Doiran et au nord de Monastir. Nos patrouilles ont pénétré dans les tranchées et ramené du matériel. Au nord-ouest de Pogradec, nous avons capturé 50 autrichiens.
Les Russes ont réussi à faire sortir du golfe de Riga les forces principales de leur flotte. Un sous-marin anglais a fait sauter un transport allemand.


Mercredi 24 octobre
Après une préparation d'artillerie qui a duré plusieurs jours, nos troupes se sont portées à l'assaut des puissantes organisations allemandes de la région d'Allemant et de la Malmaison. Sur tout le front d'attaque, nous avons largement progressé et nous avons fait 7500 prisonniers.
Au nord-ouest de Reims, actions d'artillerie assez vives au cours de la nuit. Trois coups de main dirigés sur nos petits postes à l'ouest de Bermericourt et à l'est de la Neuville, n'ont donné aucun résultat.
Sur la rive droite de la Meuse, la lutte d'artillerie a pris un caractère violent vers la cote 344.
Les Anglais signalent des succès vers Poel-Cappelle. A l'est de cette localité, ils ont opéré sur un front de 2 kilomètres et demi et se sont emparés d'un certain nombre de bâtiments fortement organisés et de redoutes bétonnées.
Un violent combat a coûté de nombreuses pertes à l'ennemi. Nos alliés ont poussé au delà de leur ligne d'objectifs.
Plus au nord, ils ont attaqué sur un front de 3800 mètres. Ils ont enlevé les défenses méridionales de la forêt d'Houthulst, ainsi qu'une nouvelle ligne de fermes organisées et de points d'appui. 200 prisonniers sont restés aux mains de nos alliés.

Jeudi 25 octobre
La nuit a été généralement calme sur tout le front d'attaque, au nord de l'Aisne. L'ennemi n'a tenté aucune réaction d'infanterie et s'est borné à bombarder nos nouvelles lignes, notamment dans la région de Vaudesson. Le chiffre des prisonniers atteint 8.000 dont 160 officiers et les états-majors de trois régiments dont les colonels sont parmi eux. Deux divisions ennemies qui avaient été placées en réserve, ont été engagées et ont subi de fortes pertes. Dans le matériel capturé, il y a 70 canons.
Canonnade assez vive à l'est et à l'ouest de Cerny. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes, ramenant des prisonniers.
En Champagne, nous avons réussi deux coups de main, à la butte de Tahure et à l'ouest d'Auberive.
Vives actions d'artillerie sur la rive droite de la Meuse. L'ennemi a été chassé d'un ouvrage de notre ligne avancée où il avait pu pénétrer.
Les Anglais ont repoussé une attaque allemande sur leurs positions en forêt d'Houthulst. Ils ont réussi un coup de main au sud-est de Gavrelle.
Les Austro-Allemands dessinent leur offensive sur le plateau de Bainsizza et la région du Rombon. Les Ita1iens, qui n'ont pas été surpris, résistent énergiquement à à cet assaut.

Vendredi 26 octobre
Au nord de l'Aisne, la situation dans la section Braye-en-Laonnois-Chavignon est restée sans changement.
Sur le front Chavignon-mont des Singes, nos troupes accentuant leur progression ont atteint la ferme de Rozay. Le nombre des prisonniers faits depuis là veille dans cette région dépasse 500.
Vives actions d'artillerie dans la région Cerny-en-Laonnois, notamment dans le secteur des Vauxmairons. Nous avons dispersé une patrouille allemande qui tentait d'aborder nos lignes à l'est de Cerny.
Au cours de la journée du 24, vingt-cinq appareils ennemis ont été abattus par nos pilotes ou sont tombés désemparés dans leurs lignes. Des avions allemands ont lancé deux bombes sur Nancy : aucune victime.
A la suite d'une activité redoublée d'artillerie, les Allemands ont lancé une nouvelle contre-attaque puissante au sud de la forêt d'Houthulst. Ils ont été encore une fois repoussés par les Anglais. Les troupes de Glocester, de Worcester et de Berkshire ont exécuté avec succès des coups de main sur les positions adverses, entre Roeux et Gavrelle. Elles ont capturé une mitrailleuse.
Les Austro-Allemands n'ont réussi à prendre pied que sur une très faible partie de la première ligne italienne sur le front du Carso. Partout ailleurs, ils sont en échec. Nos alliés ont fait quelques centaines de prisonniers.

Samedi 27 octobre
En Belgique, nous avons attaqué les positions allemandes entre Driegrachten et Draibank. Nos troupes ont réalisé une sérieuse progression, en dépit de la difficulté du terrain. Le village de Draibank, les bois de Papegoed et de nombreuses fermes organisées sont tombés entre nos mains; nous avons fait 200 prisonniers.
Au nord de l'Aisne, nos troupes ont continué une progression générale, allant jusqu'au canal de l'Oise à l'Aisne. Nous avons pris le village et la forêt de Pinon, ainsi que les villages de Pargny et de Filain.
Le chiffre de nos prisonniers atteint 11000 dont 200 officiers. Le chiffre des canons capturés et actuellement dénombrés est de 160 dont plusieurs mortiers de 210 et des pièces lourdes.
En Champagne, deux coups de main ennemis sur nos tranchées de Maisons-de-Champagne ont échoué. Nous avons réussi une incursion dans le secteur du mont Cornillet et ramené des prisonniers.
Lutte d'artillerie sur la rive droite de la Meuse, entre Samogneux et Bezonvaux, particulièrement violente vers le bois Le Chaume. Une tentative ennemie a échoué.
En Macédoine, raid heureux, des Anglais au sud de Serès.
L'offensive austro-allemande se déploie avec une grande puissance sur le front du Carso. Les Italiens ont évacué le plateau de Bainsizza et bordent leur frontière.

Dimanche 28 octobre
En Belgique, notre attaque, commencée le matin, s'est développée au cours de la journée, avec un plein succès. De part et d'autre de la route d'Ypres à Dixmude, nos troupes ont enlevé toutes les positions allemandes sur un front de 4 kilomètres et une profondeur moyenne de 2, en dépit de la résistance opiniâtre de l'ennemi, qui a subi des pertes très élevées. Nous avons atteint à droite les lisières ouest de la forêt d'Houthulst et conquis les villages de Verdrandesmis, d'Ashoolt, de Merken et Keppe, ainsi qu'un grand nombre de fermes solidement fortifiées.
Sur le front de l'Aisne, faible activité de l'artillerie ennemie. Nous avons réalisé de nouveau progrès en avant de l'éperon de Chevregny et occupé, plus à l'est, la ferme Froidmont.
La lutte d'artillerie a été vive au cours de la journée dans la région des Monts et sur la rive droite de la Meuse.
En Macédoine, à la suite de nouveaux raids dans la vallée de la Strouma, au sud de Serès, les troupes britanniques ont capturé une mitrailleuse et ramené 60 prisonniers, dont 2 officiers.
La flotte allemande a bombardé plusieurs points de la côte d'Esthonie.
Sur le front du Carso, les Autrichiens ont poursuivi leurs avantages et s'efforcent d'atteindre le débouché des vallées.
Le cabinet espagnol a démissionné.

Lundi 29 octobre
Au nord de l'Aisne, assez grande activité de l'artillerie dans la région Pinon-Chavignon et vers l'épine de Chevregny.
Les Allemands ont prononcé une forte attaque sur nos positions au nord de la ferme Froidmont. Nos feux ont refoulé les vagues assaillantes qui se sont disloquées, après avoir subi des pertes sérieuses. Une soixantaine de prisonniers, dont un officier, sont restés entre nos mains.
En Argonne, un coup de main ennemi n'a donné aucun résultat.
La lutte d'artillerie se maintient assez vive en Champagne sur la région des Monts.
Les Anglais ont amélioré leurs positions dans la région de la voie ferrée d'Ypres à Roulers. Ils ont attaqué en liaison avec les troupes françaises, traversant le terrain inondé et occupant les postes de la presqu'île de Mercken, dans la région de Luyghen. 1.100 Allemands ont été capturés dans ce secteur. Les Belges ont fait échouer un raid ennemi entrepris contre nos travaux au sud de Dixmude. Dans la presqu'île de Luyghen, opérant de concert avec nous, ils se sont emparés d'un certain nombre de prisonniers, ainsi que d'un abondant matériel, dont 3 minenwerfer. Une patrouille a traversé le lac de Blankaert.
Les Italiens, devant la pression formidable des Austro-Allemands ont replié leur ligne.

Mardi 30 octobre
Au sud-est de Saint-Quentin, nous avons réussi un coup de main qui nous a permis de ramener des prisonniers et une mitrailleuse. Sur le front de l'Aisne, la lutte d'artillerie se poursuit assez vive dans le secteur, au nord de Vaudesson et vers Hurtebise. Nos détachements ont pénétré dans les tranchées allemandes en Argonne et sur la rive gauche de la Meuse et ramené une dizaine de prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, l'artillerie ennemie a bombardé violement nos positions sur le front bois Le Chaume-Bezonvaux. Une attaque s'en est suivie. L'ennemi, refoulé par nos feux, n'a pu aborder nos lignes qu'en un seul point, au nord du bois des Caurières, où il a pris pied sur un espace de 500 mètres environ dans nos éléments avancés. Une contre-attaque immédiate de nos troupes nous a rendu la plus grande partie du terrain occupé et nous a permis de faire des prisonniers.
En forêt d'Apremont, une tentative de l'ennemi sur un de nos petits postes, n'a donné aucun résultat.
En Macédoine, activité moyenne de l'artillerie ennemie sur l'ensemble du front, plus vive au nord-ouest de Monastir. Rencontres de patrouilles sur la basse Strouma.
En Esthonie, les Allemands ont évacué la presqu'î1e de Werder.
Les troupes italiennes se replient en arrière de Goritzia et de Cividale, selon le plan de l'état-major du général Cadorna.
Guillaume II a offert la succession de Michaelis au comte Hertling.

Mercredi 31 octobre
La lutte d'artillerie a été assez active dans le secteur Braye-en-Laonnois-Hurtebise et sur la rive gauche de la Meuse.
Au nord-ouest de Reims, un coup de main sur une tranchée allemande à l'ouest de Brimont, nous a permis de faire subir des pertes sérieuses à l'ennemi et de ramener une vingtaine de prisonniers et du matériel.
Des avions allemands ont bombardé Dunkerque et Calais sans causer de victimes dans la population. La même nuit, Belfort a reçu plusieurs bombes: trois blessés dont une femme et un enfant. Saint-Dié a été également bombardée : un blessé. 4 avions allemands ont été abattus par nos pilotes et 12 contraints d'atterrir avec des avaries. Nos avions de bombardement ont lancé 2.000 kilos d'explosifs sur les gares et dépôts de Lichtervelde et de Gits, en Belgique. En outre, les gares de Maizières-lès-Metz, Longeville-les-Metz, Thionville, etc., ont reçu 7000 kilos de projectiles.
Le repli des troupes italiennes sur des positions assignées, a continué. La destruction des ponts sur l'Isonzo et l'action efficace des troupes de couverture, ont ralenti l'avance de l'ennemi. La cavalerie italienne est entrée en contact avec les avant-gardes ennemies.
Sur le front russe, les Allemands ont essayé, après un violent bombardement, de prendre l'offensive à Laovutsem. Ils ont été repoussés. Dans la région de Riga, ils ont subi un autre échec.