Jeudi 1er octobre
La situation est proclamée satisfaisante. Les contre-offensives ennemies ont été partout brisées, entre Oise et Aisne, comme dans la Woëvre et les Hauts-de-Meuse. L'armée russe du gouvernement de Souwalki reconduit vigoureusement vers la frontière les forces allemandes qui l'avaient franchie.
Le gouvernement austro-hongrois est obligé de reconnaitre, en des communiqués diplomatiques, que les troupes du tsar descendent la vallée de la Theiss dans 1a grande plaine hongroise. Budapest, d'une part, et Debreczin de l'autre, seraient de la sorte menacés.
Les Serbes qui avaient pris une première fois Sem1in, en Esclavonie, sur la rive hongroise du Danube, et qui en avaient été chassés, ont réoccupé la ville dont ils vont faire une base d'opérations.
Un incident s'est produit entre l'Italie et l'Autriche, des barques italiennes ayant sauté sur des mines austro-hongroises dans l'Adriatique.
En Belgique, Lierre, au sud-est d'Anvers, a été bombardée, Malines en partie détruite, et Alost complètement évacuée par sa population.

Vendredi 2 octobre
Progrès des troupes alliées au nord de la Somme, une attaque furieuse des Allemands ayant été écrasée à Roye. Avance marquée de nos troupes dans l'Argonne et dans la Woëvre.
L'offensive allemande a été décidément vaincue sur le Niémen. Guillaume II qui croyait s'emparer facilement des forteresses russes dans la région de Grodno a été déçu. De grandes forces austro-allemandes ont été tontefois concentrées, sous les ordres du général de Hindenburg, dans la région de Cracovie, pour empêcher les Russes de prendre cette place et de s'infiltrer en Silésie. Mais les effectifs russes ne sont pas inférieurs à un million d'unités.
Des Serbes et des Monténégrins, peu de choses à dire, sinon qu'ils cheminent régulièrement vers Sarajevo.
Deux Taubes qui venaient sur Paris ont été arretés par nos aviateurs et ont fait demi-tour.
M. Venizelos, président du Conseil grec, a déclaré que son pays serait aux côtés de la Serbie et tiendrait tous ses engagements en cas de guerre balkanique. C'est un avertissement pour la Turquie.
L'Italie a fait relever les mines que l'Autriche-Hongrie avait déposées dans l'Adriatique et qui avaient fait sauter déjà plusieurs navires marchands. La navigation a d'ailleurs été arretée dans cette mer.

Samedi 3 octobre
Le combat de la Somme se déploie de plus en plus vers le Nord. Nous avons légèrement reculé au nord d'Arras, mais nous progressons au sud de cette ville et dans l'Argonne.
Le succès des Russes sur les Allemands dans le gouvemement de Suwalki apparaît maintenant foudroyant. La forteresse d'Ossowietz a mis ses agresseurs en fuite.
Les Austro-Allemands ont concentré des forces considérables autour de Cracovie et la bataille serait même engagée devant cette ville. Les forces russes sont là plus nombreuses peut-être que celles de leurs adversaires.
L'avance des troupes du tsar dans les districts hongrois au sud des Carpathes ne semble pas s'être ralentie.
Les nouvelles qui arrivent de Belgique continuent à être satisfaisantes. Les forts de la première ligne retranchée d'Anvers tiennent très bien contre les attaques allemandes. Le roi Albert Ier a prononcé une harangue très réconfortante pour ses troupes. Les Belges ont d'ailleurs réussi, par un stratagème habile, à obstruer la voie ferrée entre Mons et Bruxelles.
On publie un propos méprisant que Guillaume II a tenu sur la valeur de l'armée anglaise et les journaux britanniques le relèvent comme il convient.
L'Italie a réclamé des indemnités à l'Autriche pour ceux de ses bâtiments de pêche qui ont été coulés par des mines dans la mer Adriatique.



Dimanche 4 octobre
Les attaques allemandes quotidiennes ont été repoussées dans la région de Roye. Dams l'Argonne, l'armée du kronprinz (16eme corps allemand) a été refoulée au nord de Varennes et de Vienne-la-Ville. Notte progression continue sur les Hauts-de-Meuse et en Woëvre. La situation apparaît dans l'ensemble favorable.
En Belgique, les Allemands n'ont obtenu aucun avantage sérieux dans leur attaque d'artillerie contre les forts d'Anvers. Leurs attaques d'infanterie ont toutes été brisées.
Une note officielle coufirme l'échec total de l'entreprise allemande dans les gouvernements de la Russie occidentale. Les Russes ont pris Augustovo, forcé les troupes du kaiser à abandonner le siége d'Ossowietz. En Galicie les arrière-gardes autrichiennes ont reculé, derrière la Vistule, en pleine déroute.
Deux croiseurs allemands, le Scharnhorst et le Gneisenau ont bombardé Papeete, ville ouverte, capitale de Tahiti dans le Pacifique, et coulé une canonnière désarmée qui se trouvait dans le port.
M. Asquith, dans son disrcours de Cardiff, a fait de curieuses révélations sur les tentatives multipliées à Londres depuis 1913, par la diplomatie teutonne, en vue de neutraliser le Royaume-Uni.
On reparle de l'abdication du roi Carol de Roumanie.


GNEISENAU
 

SCHARNHORST
 

Lundi 5 octobre
Après avoir repoussé à notre aile ganche toutes les attaques ennemies, nous avons repris l'offensive. Une très violente bataille se développe autour ou auprès d'Arras, tandis que le combat semble s'atténuer un peu entre l'Ancre et la Somme, d'une part, entre la Somme et l'Oise, de l'autre.
Nous avons progressé dans la région de Soissons, au nord de l'Aisne, où les Allemands s'étaient fortement retranchés. Là ils ont été quelque peu débusqués. Enfin notre cheminement s'accentue en Woëvre et dans l'Argonne.
La situation du camp d'Anvers est stationnaire et l'armée belge stationne sur la Nèthe. Sarajevo est completement investi par les forces serbes et monténégrines.
La flotte franco-anglaise a bombardé et détruit l'un des ouvrages les plus considérables des bouches de Cattaro dans l'Adriatique.

Mardi 6 octobre
La bataille bat son plein à l'aile gauche, au nord de l'Oise. Nous avons dû, sur plusieurs points céder du terrain. Nous avons repoussé des attaques dans l'Argonne.
Les détails qui parviennent sur la défaite allemande dans la Russie occidentale sont extrêmement importants. I1s attestent que les qnatre corps d'armée du kaiser ont du faire une retraite très précipitée.
Le tsar est arrivé sur le front pour prendre le commandement général de ses forces, tandis qne Guillaume II se rendait à Thorn. Mais c'est en Silésie prussienne, à proximité de Cracovie, que selon toute apparence se déploieront las grandes opérations.
Des engagements se sont produits à Kiao-Tcheou entre Allemands et japonais.
La situation à Anvers est qualifiée de stationnaire.

Mercredi 7 octobre
Le front s'étend de plus en plus à l'aile gauche de nos armées. De la cavalerie allemande, précédant d'autres éléments, apparaît en force autour de Lille, Tourcoing, Armentières. Notre situation n'a pas changé autour d'Arras et sur la rive droite de la Somme. Entre cette rivière et l'Oise, il y a eu des avances et des reculs. L'ennemi a été repoussé près de Lassigny. Au nord de Soissons, nous avons progressé avec la coopération anglaise, comme d'ailleurs à Berry-au-Bac et sur les Hauts-de-Meuse.
Les attaques allemandes ont échoué, contre les forces belges, sur la Nèthe et la Ruppel en aval d'Anvers.
Les armées russes marchent à nouveau par deux lignes sur Allenstein dans la Prusse orientale. Là le général en chef allemand, von Hindenburg a été remplacé.
Les soldats anglais de l'infanterie de marine ont pris la colonie allemande du Marshall en Océanie.
Le gouvemement bulgare a décidé de congédier une des deux classes actuellement sous les drapeaux.

Jeudi 8 octobre
Toutes les attaques allemandes ont été repoussées à l'aile gauche et en Woëvre ; la cavalerie allemande a été maintenue au nord de Lille où elle avait été refoulée. Nous avons repris du terrain entre Chaulnes et Roye; nous avons également progressé au centre.
Le Président de la République a adressé un hommage éloquent à nos armées et échangé des télégrammes cordiaux avec Georges V.
Les Allemands essaient vainement de résister à la poussée russe, dans la Prusse orientale.
Guillaume II a exigé que son état-major général se substituât à l'état-major austro-hongrois en Autriche. Le général Conrad de Hotzendorf, chef d'état-major général austro-hongrois, se retirerait, et François-Joseph serait très mortifié d'avoir à céder aus instances très pressantes de Guillaume II.
Un contre-torpilleur allemand a été coulé par un sous-marin anglais près de l'embouchure de l'Ems.



Vendredi 9 octobre
L'ennemi n'a progressé nulle part à l'aile gauche. Il a reculé au nord d'Arras et les opérations de cavalerie se prolongent jusqu'aux abords de la mer du Nord. Près de Roye, nous avons repris de nouvelles positions. Nous avons repris aussi Hattonchâtel sur les Côtes-de-Meuse, et rejeté une attaque eu Woëvre, près d'Apremont.
L'offensive russe se poursuit à la frontière de la Prusse orientale.
Devant Anvers, les Allemands demeurent contenus sur la Nèthe.
Les Japonais ont pris l'î1e de Yap, la principale des Carolines.
Le gouvernement roumain fait démentir que des difficultés se soient produites entre le roi et d'anciens ministres au sujet de la politique étrangère.
Le Président de la République et M. Millerand sont rentrés à Bordeaux.

Samedi 10 octobre
La situation a peu changé sur le front jalonné par Lens, Arras, Bray-sur-Somme, Chaulnes, Roye et Lassigny. A Roye nos troupes ont fait 1600 prisonmers.
Les Russes pressant l'armée allemande qui résistait sur la frontière, l'ont ramenée du côté de Wirballen et se sont emparés de Lyck, en territoire prussien.
Le bombardement d'Anvers a commencé après que le général de Guise, commandant de la place, eut fait une fière réponse au chef des assiégeants allemands, géneral von Besseler. Des obus sont tombés sur diverses parties de la ville. Le roi est parti pour la Flandre. Des milliers d'Anversois se sont réfugiés en Hollande.
Les Monténégrins ont pris Ipek dans l'Herzégovine.
Notre escadre de l'Adriatique a fait son apparition devant Raguse et Gravosa.
Les hangars des Zeppelins ont été bombardés à Cologne et à Dusseldorf par des aéroplanes anglais.
Essad pacha, qui a pris le gouvernement provisoire, et qui, dit-on, est patronné par l'Italie, a adopté uue attitude extrêmement provocante vis-à-vis de l'Autriche. Il a décidé de marcher sur Scutari. Burhaneddin Effendi, septième fils de l'ex-sultan Abdul Hamid, qui avait été élu prince d'Albanie il y a quelques jours, par les notables musulmans, ne donne plus signe de vie.
Les journaux italiens continuent à parler d'une occupation possible de Valona pout le cas ou les choses empireraient de ce côté.
Les colonies anglaises continuent à marquer, comme d'ailleurs les nôtres, un admirable attachement à la métropole. Les Canadiens déclarent maintenant qu'ils pourraient fournir jusqu'à 500.000 hommes pour la guerre enropéenne si elle se prolongeait. Ainsi tombent toutes les insinuations allemandes qui parlaient de dissidences entre le cahinet de Londres et les diverses communautés auglo-saxonnes.
La presse de Rome se préoccupe grandement du conflit qui a surgi au ministère de la Guerre, entre le sous-secrétaire d'Etat démissionnaire Tassoni et l'état-major. Il est admis maintenant que le ministre de la Guerre, le général Grandi, démissionnera à son tour. II sera, selon toute apparence, remplacé par un des directeurs du ministère.
Les Japonais ont occupé la principale des îles Carolines - possession allemande du Pacifique, mais ils ont fourni aux Etats-Unis des assurances à cet égard - pour ne pas porter ombrage au cabinet de Washington.

Dimanche 11 octobre
Les Allemands sont entrés dans Anvers, dout quelques forts tiennent encore, mais l'armée belge est sortie de la ville avant l'occcupation, et la victoire de l'ennemi s'en trouve d'autant diminuée.
Notre ligne dans tout le nord de la France demeure intacte, et c'est là un succès pour nous, eu présence de la violence des attaques gernaniques. Autour de Lille, à la Bassée, Armentières, Cassel, les engagements de cavalerie continuent. Une grande action se déploie au nord, au sud et à l'est d'Arras; nous avons progressé au nord de l'Oise et prés de Saint-Mihiel.
Les Russes, peu à peu, refoulent les Allemands qui essayaient de se défendre à la frontière de la Prusse orientale, et qui ont perdu 60.000 hommes à la bataille d'Augustovo.
Le roi Carol Ier est mort à Sinaïa, dans son palais d'été, à l'âge de soixante-quinze ans. Son neveu Ferdinand lui succède. Il se peut que ce changement de monarque revête une grande importance au regard de la politique européenne, car deux partis se heurtaient à Bucarest : un parti populaire, soutenu par l'opinion politique et qui réclamait l'entrée en scène de la Roumanie aux côtés de la Triple-Entente; un parti de cour qui se groupait autour de Carol Ier, un Hohenzollern, hostile, bien entendu, à une évolution diplomatique trop accentuée.
Le gouvemement italien cherche un successeur au ministre de la Guerre, le général Grandi, qui a donné sa démission presque en même temps que le sous-secrétaire d'Etat, le général Tassoni. Ce cas est délicat, l'état-major réclamant de grosses dépenses. Il se pourrait que le ministre des Affaires étrangeres, M di San Giuliano, rentrât dans la vie privée.

Lundi 12 octobre
Tout notre front riposte victorieusement à l'ennemi. Même nous avons encore avancé au nord-ouest de Soissons, et nous avons pris un drapeau à Lassigny.
Deux Taubes ont survolé Paris, lançant des bombes qui ont tué et blessé dix-sept personnes: un engin incendiaire est venu s'abattre sur la toiture de Notre-Dame.
L'armée belge d'occupation a quitté tout entière Anvers, accompagnée par deux brigades anglaises qui ont rejoint les forces alliées importantes, dit-on, qui sont cautonnées à Gand.
Les Autrichiens ont perdu une bataille sous Sarajevo, et les Serbo-Monténégrins ont forcé la défense mobile à se retirer dans la montagne.
Les troupes russes, au dire même des journaux viennois, ont remporté une victoire importante au nord de la plaine hongroise, au sud des Carpathes, à Marmaros-Sziget. Elles tiennent maintenant les têtes de toutes les lignes ferrées dui convergent de ce côté vers Debreczin et Budapest.
Le général Zupelli a remplacé au ministère de la guerre italien, le général Grandi, démissionnaire.
En France, le général Bernand, directeur de l'aéronautique militaire, est remplacé par le général Hirschauer.
La Turquie poursuit de nouvelles négociations secrètes avec l'Allemagne : mais jusqu'à présent, elle demeure immobile.

Mardi 13 octobre
Le bulletin officiel atteste que notre situation reste satisfaisante.
Sur aucun point l'ennemi n'a progressé: sur beaucoup nous avons gagné du terrain.
Les Allemands n'ont enlevé que les faubourgs de la ville d'Anvers : vingt-quatre des forts du camp retranché tiennent toujours.
Les troupes russes de la Vistule ont pris contact avec l'armée allemande vers Ivangorod et Varsovie.
Le gouvernement austro-hongrois, sans doute à la requéte de l'état-major allemand, qui exerce une tutelle croissante sur lui, a décidé de changer cinq des commandants de corps d'armée. C'est un aveu dé défaite, et cette défaite est d'ailleurs d'autant plus caractérisée maintenant que l'armée russe a pénétré en Transylvanie.
Le ministre des Affaires étrangères d'Italie, M. di San Giuliano, est gravement malade.

Mercredi 14 octobre
Notre cavalerie a pris l'offensive dans les régions d'Hazebrouck et de Béthune contre des éléments ennemis venus de Bailleul-Estaires-la Bassée.
Un corps d'armée allemand a occupé Lille qui n'était défendu que par un détachement territorial.
Nous avons progressé notablement entre Albert et Arras, comme dans la région de Berry-au-Bac, à Souain, à l'est de Reims, dans l'Argonne et sur les Hauts-de-Meuse.
Un sous-marin allemand a coulé, dans la Baltique, le croiseur Pallada, une unité russe qui remontait à 1906, et qui jaugeait 7.000 tonnes.
Le choc s'accentue entre Russes et Austro-Allemands sur la moyenne Vistule, entre Varsovie et Ivangorod.
Le prince Oleg, fils du grand-duc Constantin, qui avait été blessé sur les champs de bataille de la Prusse orientale, a succombé à ses blessures.
Les Monténégrins ont infligé un sanglant échec aux Autrichiens, prés de sarajevo. De concert avec les Serbes, ils assiègent Raguse.
Le gouvemement belge est arrivé au Havre où il s'installe provisoirement. A la suite de ses négociations avec le gouvemement français, qui l'a accueilli chaleureusement, il a obtenu toutes facilités pour l'organisation de ses services.

Jeudi 15 octobre
Des engagements ont eu lieu autour de Gand, et les troupes allemandes sont entrées dans la ville. Par contre les forces anglaises ont pris Ypres, après des combats qu'on dit avoir été très vifs. Au nord de l'Oise, nos opérations se poursuivent normalement. Nos progrès sont confirmés dans la région de Berry-au-Bac.
Un communiqué répond aux mensonges que les Allemands s'efforçaient d'accréditer sur les succès de leur cavalerie dans le Nord, et le cheminement de leurs attaques autour de Verdun. Ni d'un côté, ni de l'autre ils n'ont pu enregistrer le moindre succès.
Des corps allemands s'étant avancés vers la Vistule, en Pologne, du côté de Varsovie et d'Ivangorod, les troupes russes les ont vivement pressés et leur ont fait nombre de prisonniers.
Deux des sous-marins allemands qui avaient attaqué dans la Baltique l'escadre russe et coulé le croiseur Pallada ont été coulés à leur tour.
Les Cosaques ont capturé un Zeppelin, près de Varsovie. Ils l'ont amené intact, avec son équipage, dans la capitale polonaise.
Des avions français ou anglais, mais plutôt français, ont survolé Karlsruhe.
Les journaux espagnols annoncent que Krupp prend d'importantes précautions à Essen, contre la possibilité d'un raid des aviateurs anglais.
Le gouvernement belge a adressé un vibrant appel à la nation belge pour exprimer les raisons qui ont déterminé son transfert au Havre.
On annonce que M. di San Giuliano sera remplacé temporairement, au ministére des Affaires étrangères d'Italie, par M. Salandra, président du conseil.
Les Serbes ont infligé de nouveaux reculs aux Autrichiens qui essayaient de franchir une fois de plus la ligne de la Save.
Le procès des meurtriers de l'archiduc héritier d'Autriche François-Ferdinand a commencé à Sarajevo.


Vue générale des ministères belges en France 

Le palais du gouvernement à Ste Adresse 


Vendredi 16 octobre
Progression de l'armée française sur toute la ligne.
L'ennemi a évacué la rive gauche de la Lys. Nous avons pris Estaires. Nous avons avancé notablement entre Arras et Albert et dans la région de Lens. Aucun changement entre la Somme et l'Oise, les Allemands s'étant bornés à une simple canonnade.
Entre l'Oise et la Meuse, nous avons avancé vers Craonne, au nord-est de la route de Berry-au-Bac à Reims et au nord de Prunay. Plusieurs kilomètres sont gagnés aux alentours de Reims. Progrès aussi en Woëvre et sur les Hauts-de-Meuse.
En Belgique, les troupes allemandes venant d'Anvers se sont mises en marche vers l'Ouest, et ont atteint les régions de Bruges et de Thielt.
Les Russes ont battu les Autrichiens en leur faisant de nombreux prisonniers, au sud de Przemysl - qui, de toute évidence, et à l'encontre des bulletins officiels lancés par le gouvernement de Berlin, ne tardera plus à se rendre.
Ancun changement sur la Vistule moyenne. On sait seulement que Varsovie, qui sera le centre de l'action russe de ce côté, se défendra à outrance.
Les correspondants militaires des journaux berlinois reconnaissent maintenant les difficultés de la campagne engagée contre la Russie.
Le Japon vient de donner à l'Allemagne une leçon d'humanité. Il a décidé, en effet, que le bombardement suprême de Tsing-Tao, en Chine, ne commencerait que lorsque la population civile aurait évacué la ville.
Le colonel boer Maritz s'est révolté contre le gouvemement de l'Union sud-africaine. Chargé d'organiser la défense de la frontière Nord-Est contre les Allemands de la colonie voisine, il a trahi et est passé de leur côté. Il a même pris le commandement des forces germaniques dans la région. La loi martiale a été proclamée dans la colonie du Cap, où d'ailleurs les Boers manifestent un loyalisme sincère.
Le gouvernement belge a exprimé ses remerciements à la Hollande, pour les bons traitements qu'elle a assurés aux réfugiés belges après l'évacuation d'Anvers.
Les Monténégrins ont infligé une nouvelle défaite aux troupes austro-hongroises, près de Sarajevo.

   
Samedi 17 octobre
Les forces franco-anglo-belges, pour déjouer le mouvement d'enveloppement que von Kluck avait esquissé dans le nord de la France et à la frontière belge, du côté de Dunkerque et de Furnes, ont occupé tout le territoire compris entre Ypres et la mer.
Plus bas, refoulant l'ennemi avec vigueur, nous avons occupé Laventie, à l'est d'Estaires (région de la Lys), dans la direction de Lille.
Enfin, les attaques des Allemands sur les Hauts-de-Meuse ont été une fois de plus brisées. Leur échec a été surtout significatif à Malancourt.
Les Russes ont infligé une première défaite aux troupes allemandes, d'ailleurs très nombreuses qui se sont acancées sur la Vistule, vers Varsovie et Ivangorod. Quant au bombardement de Przemysl, il n'a pas cessé un seul instant, en dépit des nouvelles fausses que les T. S. F. Marconi lancés chaque soir des stations allemandes ont essayé d'accréditer dans le monde.
Les Serbo-Monténégrins annoncent qu'ils ont mis en déroute 150.000 Autrichiens aux approches de Sarajevo.
Le croiseur anglais Hawke, de 7.300 tonnes et de 420 homnes d'équipage - une unité lancée en 1889 - a été coulé par le sous-marin allemand 49, dans la mer du Nord.
M. di San Giuliano, ministre des Affaires étrangères d'Italie, est mort des suites de la crise cardiaque qui l'étreignait depuis plusieurs jours. M.Salandra, président du Conseil, a gardé l'intérim de ce ministère qu'il avait déjà pris depuis plusieurs jours. On parle d'un remaniement dans le cabinet italien.
Le Goeben et le Breslau, les croiseurs allemands qui s'étaient réfugiés à Constantinople au début des hostilités, ont réellement pénetré dans la mer Noire. La flotte russe s'est portée à leur rencontre. Il est possible que de ce côté des événements se produisent à bref délai.
Le nombre des réfugiés belges en Angleterre est de plus en plus considérable. Il ne serait pas inférieur à 200.000.
M. de Jagow, ministre des Affaires étrangères d'Allemagne, a donné une interview au Giornale d'Italia. Il essaie de faire peser sur la Russie les responsabilités de la guerre. Mais la presse italienne réfute ces arguments avec vigueur.

Dimanche 18 octobre
Nous occupons Fleurbaix, sur la Lys, tandis que les Anglais ont pris Fromelles au sud-ouest de Lille. Nos fusiliers marins, de leur côté, ont repoussé brillamment, en Belgique, une attaque allemande sur le canal d'Ypres à la mer.
En Prusse orientale, les Allemands qui avaient repris l'offensive sont réduits à la défensive. En Pologne, les forces russes ont franchi la Vistule.
Une flottille anglaise, composée d'un croiseur léger l'Undaunted, et de quatre contre-torpilleurs a coulé quatre contre-torpilleurs allemands sur la côte hollandaise.
Les escadres franco-anglaises qui opèrent dans l'Adriatique ont coulé un torpilleur autrichien.
Le bombardement de Cattaro se poursuit, d'autre part, avec succès.
Le gouvenement russe, imitant l'exemple donné par le gouvernement allemand, a fait poser de nombreuses mines dans la mer Baltique et en a avisé les puissances.
L'Autriche est à peu près à court de subsistances, comme d'ailleurs son alliée.
L'Allemagne, a suspendu les droits sur les céréales, les légumineuses et les farines.
Les Japonais ont pris, à Kiao-Tcheou, la colline qui domine la place de Tsin-Tao, dont la chute ne saurait plus maintenant être beaucoup différée.
Une partie des soldats boers qui s'étaient rebellés au Cap avec le colonel Maritz ont été capturés.



Hongroises au départ d'un convoi de mobilisés 

 


Lundi 19 octobre
Armentiéres a été réoccupée par nous dans le Nord, tandis que tout notre front avançait dans cette région. Il avançait également au nord d'Arras, en sorte que nous acquérions de ce côté une position de plus en plus forte. Vainement, les Allemands tentaient un peu plus loin de rompre le cordon de soldats belges, assez serré par ailleurs, qui défendait le cours de la rivière Yser. Ils étaient chaque fois refoulés avec une extrème vigueur.
Les echecs qu'ils n'avaient cessé de subir depuis le début des opérations à Saint-Dié (Vosges), sur la haute-Meurthe, ne les avaient pas encore découragés. Ils ont encore renouvelé leurs agressions, et par deux points différents sur cette ville, mais ils ont cruellement expié leur audace.
Dans les pays neutres, et en Suisse en particulier, la presse commente ironiqnement les communiqués allemands qui ne célèbrent plus la progression des troupes impériales en France.
Aucune nouvelle n'est venue encore de Petrograd sur les phases de la longue bataille qui se développe en Pologne. Mais on sait que les Autrichiens ont été rejetés sur le fleuve San, en Galicie, et que les Russes ont capturé de nombreux ennemis au sud de Przemysl.
Le chancelier de Bethmann-Hollweg qui vient de parcourir la partie de la Belgique occupée par l'invasion teutonne, et Anvers en particulier, est allé faire un rapport a Guillaume II sur la situation.
Plusieurs Etats neutres, la Suède et la Norvège spécialement, viennent de renforcer leurs prescriptions contre toute contrebande de guerre éventuelle. Ils veulent que leur impartialité ne puisse être, à aucun moment, mise en cause.




Mardi 20 octobre
Les batailles ont commencé le long de 1a côte de la mer du Nord. L'artillerie lourde allemande a canonné les environs de Dixmude en Belgique, mais l'armée belge que pouvait efficacement appuyer l'escadre anglaise, a partout repoussé l'ennemi. Les forces alliées se sont avancées jusqu'à Roulers qui est un point important entre Lille et Ostende.
Les combats se déploient d'ailleurs, et à notre avantage, autour de Lille. Ils sont opiniâtres, et se livrent maison par maison. Au nord et au sud d'Arras, i1s ont duré déjà depuis dix jours.
Nous avons toujours gardé pied en Alsace. Nous occupons les crêtes intermédiaires des Vosges, au-dessus de Mulhouse et de Schlestadt, entre la vallée de l'Ill et la châine frontière.
Les dépêches de Petrograd signalent que les troupes allemandes cherchent une ligne de retraite, le front de la Vistule leur paraissant peu favorable. Le contingent des forces russes va d'ailleurs être porté à très bref délai à 4 millions d'hommes.
Les Serbes ont tué encore un millier de soldats aux Austro-hongrois, à proximité de Sarajevo.
L'Italie qui souffre, comme tous les pays, du manque de céréales, a décidé de réduire de plus de moitié les droits sur les blés, seigles et maïs.

Mercredi 21 octobre
Journée d'offensive allemande, mais d'offensive repoussée sur toute la ligne, aussi bien sur les côtes de Meuse que sur le front belge ou entre Somme et Oise.
Les nouvelles qui arrivent d'Arras sont navrantes. Si la ville n'a pas subi tout à fait le sort de Louvain, de Malines et de Termonde, nombreux sont les quartiers qui ont été mis en ruines.
Les informations de Petrograd attestent que la défaite des forces allemandes sur la Vistule, entre Varsovie et Ivangorod, a été des plus caractérisées. Les troupes du kaiser ont laissé environ 30.000 hommes sur le terrain.
Le tsar Nicolas II a adressé un second appel à la Pologne : il fait appel au loyalisme de ce pays et annonce qu'il est tout prêt à reconstituer la nationalité déchirée, et à lui donner son autonomie sous la suzeraineté de la Russie.
Les Autrichiens essaient en vain de se servir de leurs avions devant Antivari et Cattaro.






Jeudi 22 octobre

Les forces alliées et les forces allemandes se livrent un formidable choc sur les trois fronts - qui se prolongent d'ailleurs : Nieuport à Dixmude, Ypres à Menin, Waterloo à la Bassée.
Tout l'intérêt de la journée se reporte sur les mouvements de l'armée russe qui a infiigé aux armées austro-allemandes un échcec peut-être décisif.
Après avoir été chassé du gouvernement de Suwalski, et de la région du Niémen dans la Prusse orientale, l'état-major de Berlin avait pris outre le commandement de ses propres contingents, celui des contingents que L'Autriche avait pu encore réunir en Galicie. Il y avait là de 1.500.000 à 1.600.000 hommes échelonnés sur un front colossal, et ce front menaçait le cours de la Vistule moyenne vers Varsovie et Ivangorod, - deux places fortes de premier ordre. Guillaume II avait comme toujours, pressé la marche en avant de ses généraux. Ayant besoin d'un succès, il comptait entrer dans Varsovie, et à cette fin, s'était installé en Pologne, d'où il pouvait surveiller les opérations. Mais celles-ci ont tourné complétement contre lui.
Deux millions de Russes au moins étaient en armes de ce côté. Ils ont commencé par repousser les Allemands qui avaient essayé de prendre pied sur la rive droite de la Vistule, puis, passant de la défensive à l'offensive, ils ont franchi le fleuve et livré combat sur la rive gauche. L'armée allemande a battu en retraite, et cette retraite n'a pas tardé à dégénérer en déroute.
II y a eu là une opération dont les conséquences peuvent être capitales, car cette réussite pour les Russes peut entraîner maintenant une progression rapide des armées du grand-duc Nicolas vers la Posnanie et la Silésie. En tout cas, cette bataille, qui a coïncidé avec de violents combats et toujours avantageux pour nos alliés, sous Przemysl, décide du sort de Cracovie.
Faut-il rapprocher de ce grand succès russe les bruits de préparatifs de départ qui ont couru, d'après les journaux hollandais, parmi les troupes allemandes de Belgique? Il est certain que le kaiser, pour ralentir l'invasion cosaque vers l'Oder, prélèvera des contingents sur les effectifs cantonnés autour de Bruxelles, et ainsi la victoire de nos alliés aura une répercussion directe sur nos propres opérations sur le champ de bataille occidental.
Les journaux belges se sont transférés à Londres, où ils commencent leur publication.


  Vendredi 23 octobre
Aucune issue du violent combat qui se déroule entre Lille et la mer ne s'est encore produite. Les Allemands se brisent à la muraille tenace des forces franco-anglo-belges. Ils s'y heurtent également, en vain, entre Arras et l'Oise, tandis que nous avons réalisé quelques avancées dans, l'Argonne et en Woëvre.
La victore annoncée par les Russes ne semble pas avoir été exagérée. Au bout d'une bataille de sept jours, ils ont contraint les forces austro-allemandes à une fuite précipitée.
La Belgique publie un Livre gris, c'est-à-dire un recueil de documents diplomatiques relatifs aux origines de la guerre. Ce Livre gris répond victorieusement aux allégations mensongères du chancelier de Bethmann-Hollweg et de la presse officieuse berlinoise, d'après lesquelles la Belgique aurait violé sa propre neutralité au profit de la France et de l'Angleterre.
L'Angleterre multiplie les précautions contre les espions allemands qui pullulaient chez elle comme chez nous. Elle a procédé a des arrestations en masse en même temps qu'elle interdisait le séjour aux sujets allemands et autrichiens à moins de 33 kilomètres de la côte.
La disette s'aggrave à Berlin, où les prix des denrées d'alimentation deviennent de plus en plus élevés, et le président de la chambre de Prusse, dans une interview, reconnaît que les jours sont durs et mauvais pour l'Allemagne.
 
 
Samedi 24 octobre
L'armée allemande ne se lasse par de renouveler ses attaques entre la mer et Lille. Nous avons cédé sur quelques points près de la Bassée; autour d'Armentières; par contre, nous avons progressé, comme entre Amiens et Chaulnes ( vers Rosières), dans la Woëwre et aux environs de Pont-à-Mousson.
Trois batteries d'artillerie ont été détruites par nous à l'ennemi, au nord de l'Aisne.
Le plan du général von Hindenhurg qui commandait les forces allemandes en Pologne a totalement échoué : les troupes gernaniques ne tiennent plus la Vistule que sur un étroit espace entre l'embouchure de la Pilica dans la Vistule et Ivangorod. Le kaiser marque sa colère en prescrivant des arrestations en masse en Posnanie.
Le général de Moltke, chef d'état-major général de l'armée allemande, est mourant, mais la presse berlinoise a reçu l'ordre de tenir cette nouvelle secrète.
Le nombre des maisons allemandes et austro-hongroises qui sont mises sous séquestre par décision des tribunaux français s'éléve de jour en jour.
D'importants contingents autrichiens ont encore une fois attaqué les troupes serbo-monténégrines en essayant de les enfoncer au nord de Sarajevo en Bosnie, mais elles ont été repoussées énergiquement. A Cattaro, les batteries franco-monténégrines du Lovcen continuent leur besogne de destruction sur les forts autrichiens.

Dimanche 25 octobre
Notre ligne du côté du Nord forme un zigzag, car si nous avons reculé vers Dixmude et la Bassée, nous avons progressé vers Nieuport, Armentières, etc. Au total, nous tenons bon et les Allemands ont subi de grosses pertes. Dans la Woëvre, notre cheminement a été marqué comme dans l'Argonne, entre Sainte-Menehould et l'Aisne.
Les Russes ont maintenant repoussé les Allemands à 160 kilomètres à l'ouest de Varsovie, et à 50 kilomètres d'Ivangorod. Les Autrichiens, battus sur le San, plus au sud, ont laissé entre les mains des soldats du tsar, des milliers de prisonniers.
La situation économique est devenue très grave en Autriche. La classe ouvrière gronde contre le chômage croissant et réclame des secours en argent qui ne sont pas dispensés. Les vivres atteignent, à Vienne, des prix exorbitants. L'état-major, d'autre part, pour combler les vides qui se sont creusés dans une armée décimée, recrute jusqu'aux infirmes. Il est vrai que L'état-major allemand à fait de même : on trouve dans l'armée teutonne jusqu'à des bossus.
L'amirauté anglaise annonce que 70 croiseurs français, anglais, japonais sont dans les mers à la recherche des sept ou huit croiseurs allemands qui s'y trouvent encore. Mais elle reconnaît que le sous-marin E3 doit être perdu.
33.000 soldats canadiens sont prêts à rejoindre le front, et 70.000 autres s'apprêtent à traverser l'Atlantique.
Le tsar a offert à l'Italie, par l'intermédiaire de l'ambassadeur à Rome, M.Kroupenski de lui rendre les soldats autrichiens de langue italienne capturés par ses armées. M.Salandra a fait mettre la question à l'étude, en remerciant l'ambassadeur.
Le Landtag prussien s'est réuni et a voté un nouvel emprunt de guerre de 1625 millions.
 

 
Lundi 26 octobre
L'ennemi a pu franchir l'Yser, entre Nieuport et Dixmude (Flandre belge) mais il s'est brisé à nos lignes autour de Lille, et a subi un refoulement au nord de l'Aisne et en Woëvre. Tout un régiment allemand a été détruit au défilé de la Chalade, près de Varennes, dans l'Argonne. Au surplus, dans le Nord, d'après les évaluations qui ont été sérieusement faites, les pertes de nos adversaires sont énormes. Ce sont les armées de von Bülow, du prince du Wurtemberg et du prince royal de Bavière qui nous sont maintenant opposées entre la mer et la Somme.
Les armées russes de Pologne ont poursuivi inlassablenent leur marche. Après avoir repris Skiernewice, noeud de chemins de fer important, à 100 kilomètres à l'ouest de Varsovie, elles s'approchent de Lodz, à 40 kilomètres encore plus à l'ouest, et que les Allemands commencent à évacuer. Ils ne tarderont pas à rentrer sur territoire prussien.
Un contre-torpilleur anglais, le Badger, a coulé un sous-marin allemand sur la côte hollandaise. Les Serbes et les Monténégrins ont livré une sanglante bataille aux austro-hongrois, près de Sarajevo. Attaqués par les forces supérieures, ils ont dû légèrement se replier dans la direction de Visegrade.
L'Allemagne qui avait déjà réclamé pour son état-major la direction des forces autrichiennes en Galicie, et qui semble avoir fait trés mauvais usage de ce pouvoir nouveau, prépare maintenant la défense du Trentin contre l'Italie.
L'Angleterre, qui était une grosse cliente des fabricants de sucre d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie, vient d'interdire l'importation sur son territoire des sucres provenant de ces deux pays. Elle leur inflige de la sorte un préjudice considérable, en les empêchant de tirer parti de leur production. Mais les Anglais n'en souffriront pas, le gouvernement s'étant assuré le concours des Antilles. Il y a là encore l'un des éléments de la ruine du commerce germanique.
Le gouvernement de Petrograd a pris, de son côté, des dispositions pour que les Allemands et les Autrichiens ne puissent plus devenir propriétaires d'immeubles dans la partie occidentale de l'empire.
Le nombre des chômeurs qui est grand, par toute l'Allemagne, est surtout considérable en Saxe, où six ouvriers en moyenne se présentent pour un emploi disponible.
 


Mardi 27 octobre
Les Allemands qui avaient franchi la ligne de l'Yser (en Flandre belge), entre Nieuport et Dixmude n'ont pu profiter de cet avantage. Ils ont été sévèrement contenus par nos troupes et ont subi des pertes colossales. Partout, d'ailleurs, où ils ont attaqué, ils ont été repoussés.
La victoire russe se manifeste de plus en plus entre la Vistule et la frontière prussienne. Sur tous les fronts qu'ils avaient occupés, les corps de von Hindenburg ont été rejetés avec violence. Les troupes du grand-duc nicolas ont usé de la baïonnette avec succès en plusieurs localités.
Le général de Moltke, chef d'état-major général de l'armée allemande, qui est très malade, et qui, du reste, avait mal réussi dans ses combinaisons, a été remplacé par le général de Falkenhayn, ancien ministre de la Guerre.
Le général Douglas, chef d'état-major de l'armée britannique est mort à Londres.
Le prince Oscar de Prusse, cinquième fils de Guillaume II, a été frappé de paralysie.
Des émeutes sérieuses ont éclaté sur plusieurs points de l'empire allemand, et specialement à Brunswick, en raison de la cherté des vivres.
La disette se fait aussi sentir en Autriche, où l'on ne trouve plus de charbon.
Le Breslau et le Goeben, les deux croiseurs allemands soi-disant achetés par la Turquie, auraient reçu l'ordre de rentrer dans le Bosphore après avoir quitté la mer Noire. Les ambassadeurs de Russie et d'Angleterre avaient vivement protesté auprès de la Porte contre leur sortie du détroit.
Une crise ministérielle semble imminente en Italie, le ministre des Finances, M. Rubini, se déclarant incapable de faire face, avec les ressources actuelles, aux suppléments de crédits demandés pour la défense nationale.
Un monitor autrichien a coulé sur une mine dans le Danube.


Mercredi 28 octobre
Fin de la campagne du Congo.
Notre ligne est très solidement établie entre l'Yser et Lens. Non seulement nous n'avons pas subi le moindre recul, mais encore nous avons réalisé quelques progrés entre Ypres et Roulers.
Sur l'Aisne, plusieurs batteries ont été détruites par les notres.
Enfin, à la frontière de la Lorraine annexée, nous avons pris une offensive victotieuse.
Guillaume II a pris le commandement suprême des forces austro-allemandes. Les officiers austro-hongrois commencent à protester contre 1e traitement subordonné qu'on leur assigne - et ils estiment que les officiers allemands prennent trop de place dans leur pays.
Les troupes autrichiennes continuent d'ailleurs à être battues sur toute la ligne par les Russes. Une de leurs divisions a été complètement détruite à Sambor.
On annonce que le maréchal von der Goltz, gouverneur général de la Belgique, depuis la prise de Bruxelles, serait rappelé.
La Grèce a décidé d'occuper l'Epire septentrionale. Ce Pays, habité par des populations de langue et de souche helléniques, était depuis la guerre des Balkans aux mains d'un gouvernement insurrectionnel. Or il vient d'être assailli par les bandes albanaises, en sorte que l'action du gouvernement d'Athènes aurait un caractère de protection.
Les Allemands ont attaqué l'Angola. La plus grande des colonies portugaises, qui est située sur la côte occidentale d'Afrique, et qui est peuplée de 4 millions et demi d'hahitants.
Un paquebot français qui portait des réfugiés du Nord et du Pas-de-Calais a sauté sur une mine, près de Boulogne. ll y a trente victimes.


Jeudi 29 octobre
Les Allemands doivent réellement s'être affaiblis dans la région de l'Yser où, d'après toutes les relations anglaises, ils ont subi d'effroyables pertes - car leurs attaques sur tout le front du Nord se sont faites moins violentes. Nous avons progressé au nord et à l'est d'Ypres, c'est-à-dire dans la direction de Dixmude, où l'ennemi avait jusque-là, concentré ses efforts. De même nous poussons une offensive vigoureuse dans une toute autre direction, entre la Bassée et Lens. En Woëvre nous avançons entre Apremont et Saint-Mihiel.
Les bulletins de l'état-major russe, toujours remarquables par leur sobriété et leur discrétion, indiquent que la bataille entre les troupes de nos alliés et les Austro-Allemands s'est déployée sur un front colossal. Les troupes russes sont maintenant entrées à Lodz, qui est la seconde ville de la Pologne (elle a 600.000 âmes) et l'un des plus grands centres manufacturiers de l'Europe orientale.
Le cabinet de Vienne semble d'ailleurs complètement découragé par les résultats de la campagne en Galicie. Il porterait tous ses efforts vers la Serbie et le Montenegro, laissant à l'Allemagne - déjà incapable de le soutenir,- tout le poids de la lutte contre les armées du grand-duc Nicolas.
M. Venizelos a fait d'importantes déclarations à la Chambre d'Athenes pour justifier l'occupation de l'Epire du nord par les troupes grecques. Cette occupation qui, en d'autres temps, eût peut-être mécontenté l'Italie, ne soulève maintenant à Rome aucune irritation.
Le général von Beseler, le chef de l'armée allemande qui prit Anvers, un théoricien et un tacticien remarquable, d'après les écrivains militaires allemands, s'est suicidé à Bruges. Il aurait eu à se plaindre des procédés de l'état-major de Guillaume II qui multiplie les actes de favoritisme.
Le prince de Battenberg, cousin du roi d'Angleterre George V et frère de la reine d'Espagne, a succombé aux blessures qu'il avait reçues sur le champ de bataille. Les intellectuels allemands prodiguent les manifestations pour soutenir la justice de la cause que défend leur pays. Mais ils se heurtent partout au dédain et à la colére.

Vendredi 30 octobre
Le communiqué signale encore des avances autour d'Ypres, d'Arras et dans l'Argonne. Mais ce qui est essentiel, c'est que le bulletin de l'état-major allemand, pour la première fois, avoue la défaite. Il déclare, en effet, que les troupes austro-allemandes en Pologne ont dû se retirer devant les forces russes venant d'Ivangorod, de Varsovie et de Nowo Georgiewsk, alors qu'auparavant leur défensive avait été victorieuse.
Le prince Ruprecht de Bavière a lancé à ses troupes un ordre du jour injurieux pour l'Angleterre. On sent de plus en plus que la haine de l'état-major allemand se concentre sur le Royamne-Uni, dont la loyale et active collaboration a déjoué ses plans.
Dixmude, bombardée plusieurs fois par les Allemands, a été complètement détruit tandis que les localités des environs étaient saccagées.
Le procès de Sarajevo (meurtre de l'archiduc héritier d'Autriche) s'est terminé par quatre comdamnations à mort.
Les troupes autrichiennes ont renouvelé leur attaque - mais en vain - contre la frontière serbe.
L'empereur d'Allemagne a décoré la grande-duchesse de Luxembourg, et sa mère, de la « Croix-Rouge; on se demande si après avoir envahi le territoire luxembourgeois, il n'a pas voulu ajouter l'ironie à la violence.
Dans l'Afrique australe, le général Beyers et l'autre général boer Dewet se sont soulevés contre l'Union sud-africaine à l'instigation des Allemands. Mais comme le colonel Maritz, ils sont poursuivis par les forces du gouvernement et ont déjà subi des échecs signalés.
Le roi d'Italie a passé, à Tarente, une revue à laquelle on attache une grande signifiation.
La Russie a décidé d'expulser tous les Allemands et Austro-Hongrois encore résidant à Petrograd.




Samedi 31 octobre
On avait raison d'espérer que les Allemands ne garderaient pas longtemps le succès partiel et tout relatif qu'ils s'étaient approprié en franchissant l'Yser, entre Nieuport et Dixmude. Ce succès limité les a conduits à un désastre d'une grave portée.
La région du nord-ouest de la Belgique, comme la Hollande méridionale, peût être aisément inondée en cas d'invasion. De même que les Hollandais, à maintes reprises, se sont fait de leurs eaux un rempart, de même les Belges ont tendu leurs inondations sur la rive gauche de l'Yser. Les Allemands se sont trouvés empêchés d'avancer au milieu des nappes liquides qui couvraient le sol et surtout d'entraîner leur artillerie. Après plusieurs jours de combats infructueux et couteux, ils se sont décidés à la retraite - mais cette retraite, qui s'est accomplie sous le feu des Français et des Belges, a eté signalée pour nos ennemis par des pertes cruelles.
En même temps que les Allemands étaient contraints à se retirer sur la rive droite de l'Yser, ils étaient débusqués par nous de plusieurs points importants, entre Ypres et Roulers, et toutes les tentatives qu'ils multipliaient pour rompre la ligne anglaise étaient victorieusement repoussées par les troupes du maréchal French.
Les Russes sont littéralement sur les talons des soldats allemands en fuite vers la Silésie. Arrivés à l'ouest de Lodz, ils ont capturé plusieurs pièces d'artillerie aux troupes du kaiser tandis qu'à Tarnow, en Galicie, ils disloquaient une fois de plus les armées autrichiennes. Cette série de succès du grand-duc Nicolas sur ses adversaires coalisés est très caractéristique.
Le croiseur allemand Emden qui fait la guerre de course en extrême-Orient, s'est signalé par un nouvel acte de pitaterie. Après s'être maquillé et après avoir arboré le pavillon russe, recourant ainsi à un stratagème interdit, il est entré dans le port anglais de Poulo-Pinang (presqu'île de Malacca), où il a coulé un croiseur russe et notre contre-torpilleur Mousquet. Celui-ci, malgré l'infériorité de sa force, s'était vaillamment défendu.
La flotte ottomane qu'accompagnaient les deux croiseurs allemands Breslau et Goeben est sortie du Bosphore dans la mer Noire. Elle a bombardé les ports russes d'Odessa, de Théodosia en Crimée et de Novorossisk, sur la côte du Caucase. A Odessa, deux Français ont été tués à bord du paquebot Portugal. II y a lieu de rappeler que de longne date l'attitude de la Turquie avait paru suspecte aux puissances de la Triple Entente. Le général allemand Lieman von Sanders commandait l'armée turque et l'amiral allemand Souchon, la flotte. Le ministre de la Guerre, Enver bey, qui était en même temps le chef du comité Union et Progrés, et qui s'était jadis, au cours de la guerre balkanique, signalé par un assassinat politique retentissant, était complètement aux mains de l'Allemagne.
La France, l'Angleterre et la Russie ont acquiescé officiellement à l'occupation de l'Epire du nord par la Grèce - tout comme aux mesures de protection prises par l'Italie devant Vallona.