Dimanche 1er novembre
Les Allemands se sont livrés à une offensive furieuse, mais sans résultat sur toute notre ligne de front.
En Flandre, nos avances et nos reculs se compensent, comme au nord de l'Aisne. L'ennemi a subi des pertes énormes qui viennent encore s'ajouter à toutes les pertes des derniers jours. Guillaume II a évidemment donné ordre de nous percer coûte que coûte, mais l'ordre est d'une exécution difficile.
Les Russes vont pouvoir cheminer sans coup férir jusqu'à la frontière silésienne : l'état-major allemand annonce que ses troupes ont été rappelées en arrière jusqu'au moment où la bataille aura été terminée en Flandre.
La flotte russe pourchasse le Goeben et le Breslau dans la mer Noire. Mais la situation est loin d'apparaître claire, car on affirme maintenant que la Turquie aurait donné des assurances pacifiques, le 28 encore, à l'ambassadeur d Angleterre.
Le gouvernement japonais a prescrit l'attaque générale de Tsing-Tao sur terre et sur mer.
Les Italiens ont occupé l'ile de Saseno, qui ferme l'entrée de la rade Vallona dans l'Adriatique.



LE KAISER

Lundi 2 novembre
Les Allemands continuant leurs attaques autour d'Ypres ont été partout repoussés par nos troupes. Ils n'ont pas été plus heureux dans la région de la Lys, ni dans l'Argonne. Mais nous avons remporté quelques avantages au nord-est de Reims et dans les Vosges. Dans la dernière semaine écoulée, près de 8.000 prisonniers ennemis ont été internés chez nous.
La rupture est consommée entre La Triple Entente et la Turquie. Les trois ambassadeurs de Russie, d'Angleterre et de France à Constantinople, M.de Giers, sir Louis Mallet et M. Bompard ont demandé leurs passeports et ont quitté la capitale ottomane. L'Angleterre a publié un long exposé où elle énumère les provocations commises par la Turquie à l'adresse de la Triple Entente et en particulier les préparatifs accomplis par Enver bey à la frontiere d'Egypte.
Une crise ministérielle a éclaté en Italie. Le ministre du Trésor, M.Robini, en démissionnant, a entraîné la démission du cabinet tout entier. Un nouveau ministère se reconstituerait sur des bases élargies. M. Sonnino y prendrait, dit-on,le portefeuille des Affaires étrangères.
Les Russes continuent à marcher sur tout le front de Pologne, faisant chaque jour de nouveaux prisonniers. En Prusse orientale, ils ont détruit plusieurs régiments allemands détachés des garnisons de Koenigsberg et de Dantzig.
Les Monténégrins ont fait sauter l'un des forts de Cattaro.


Mardi 3 novembre
Toujours de violents combats autour de Dixmude et d'Arras, autour du Quesnoy-en-Santerre et au nord de l'Aisne. L'ennemi n'avance pas d'une ligne; au contraire, c'est nous qui progressons.
Guillaume II s'est fait décerner la croix de Fer par les autres souverains allemands; on ne dit pas sur quel champ de bataille il l'a gagnée.
Le gouvernement français, à son tour, publie l'exposé de ses griefs contre la Porte et des négociations qui ont eu lieu à Constantinople.
La Bulgarie proclame sa volonté de rester neutre dans le nouveau conflit oriental.


Mercredi 4 novembre
Les Allemands ont abandonné presque complètement la rive gauche de l'Yser, dont les passages ont été réoccupés par les troupes alliées. Sur la Lys, nos positions sont maintenues comme sur la Scarpe et sur l'Aisne. Au nord-ouest de Pont-à-Mousson, nous avançons avec méthode.
Le communiqué belge, qui ajoute de nombreux détails au bullettin français atteste que la situation est bonne pour les forces alliées dans le nord de la France.
Trois Taube ont été détruits par nos soldats à Souain, entre Reims et l'Argonne.
L'empereur Nicolas II est parti une fois de plus pour le front de son armée qui, maintenant, en Pologne, est arrivée à 40 kilomètres de la frontière prussienne.
Les autorités autrichiennes se sont enfuies de Cattaro.
Une note de l'amirauté anglaise annonce que la mer du Nord est interdite aux navires marchands, l'Allemagne y ayant fait poser des mines par des bâtiments battant pavillon neutre.
Le ministre de Serbie, suivant l'exemple, des ambassadeurs de France et d'Angleterre et de Russie, a quitté Constantinople.
Un croiseur anglais, le Minerva, a bombardé Akaba, au pied du massif du Sinaï, et qui est le premier fort turc en venant de la frontière égyptienne.
La Perse dément qu'elle ait un accord avec la Turquie.
Le gendre et successeur de Krupp est nommé docteur de l'Université de Bonn. C'est le salut des intellectuels allemands au mortier 420.


Jeudi 5 novembre
Les Allemands, qui voulaient franchir l'Yser, battent réellement en retraite, malgré leur grand nombre : ils étaient, paraît-il, 500.000, mais auraient perdu 100.000 hommes... Sur les pentes au nord de l'Aisne, vers Vailly, nous avons regagné à peu près tout le terrain cédé.
Les troupes russes, qui poursuivaient à gauche de la Vistule, les Austro-Allemands vaincus ont repris Kielce et un grand nombre de localités en arrière, dans la direction de la frontière silésienne. Le quartier général allemand a été transporté à Gentoschau, près de cette frontière. Von Hindenburg n'est pas plus heureux en Prusse orientale, où se dessinne progressivement l'offensive de nos alliés.
La flotte allemande a fait son apparition sur la côte orientale anglaise, à Yarmouth, mais elle a dû se retirer devant l'arrivée de l'escadre anglaise, après avoir, il est vrai, coulé un sous-marin.
Les forces navales franco-anglaises ont bombardé l'entrée du détroit des Dardanelles où l'on croit qu'un fort aurait sauté. De leur côté, les troupes russes de Transcaucasie ont franchi la frontière de l'Arménie ottomane. Le cabinet de Constantinople est d'ailleurs loin d'être uni, et plusieurs ministres, dont le ministre des Finances Djavid bey, ont démissionné pour ne point se solidariser avec la politique insensée d'Enver bey.
La forteresse allemande de Kiao-Tcheou, sur le littoral chinois, est sur le point d'être anéantie par le bombardement qu'opèrent les Japonais. Un croiseur allemand a coulé dans le port.
Le cabinet italien est complètement formé. C'est M. Sonnino, déjà deux fois président du Conseil, qui prend le portefeuille des Affaires étrangères.



Hindenburg, Guillaume II, Ludendorff

Vendredi 6 novembre
Les forces alliées sont maintenant sur la rive droite de l'Yser, où elles progressent peu à peu. Nous avançons également dans le Santerre, près de Roye, et partout ailleurs l'offensive ennemie a été brisée.
Le Président de la République, qui vient de parcourir le front, a adressé au ministre de la Guerre une lettre éloquente où il rend un hommage mérité à nos soldats.
La France et l'Angleterre ont déclaré officiellement la guerre à la Turquie. L'armée russe a pris la ville de Bayazid dans l'Arménie turque, et les croiseurs anglais ont bombardé Jaffa, en Syrie, tandis que le gouvernement de Londres proclamait l'annexion de l'île de Chypre occupée par lui depuis 1878. Sir Edward Grey déclare aussi que le Royaume-Uni respectera les lieux-saints de l'Islam.
Un combat naval où un croiseur britannique a été coulé a eu lieu au large du Chili. Par contre, un croiseur allemand l'Yorck a coulé sur une mine à Wilhelmshaven, dans golfe de Jahde.
Le président du Conseil espagnol, M.Dato a insisté aux Cortès sur sa volonté de garder la stricte neutralité.


Samedi 7 novembre
C'est surtout autour d'Arras que l'ennemi porte actuellement ses efforts. Il semble au surplus, qu'il modifie une fois de plus son plan d'attaque et aussi la composition de ses effectifs.
Un convoi a été détruit par notre artillerie au nord de la forêt de Laigue. Vive action à la baïonnette, victorieuse pour nous, dans l'Argonne.
Le généralissime russe, grand-duc Nicolas, signale dans deux dépêches au général Joffre et à lord Kitchener, une victoire des Russes, remportée en Galicie par ses troupes. Jaroslaw a éte reprise par celles-ci qui ont fait plusieurs milliers de prisonniers.
Les forces russes du Caucase ont brisé une contre-attaque turque. Elles marchent en deux corps sur Van et Erzeroum, deux des places importantes de l'Arménie.
Les universités françaises adressent aux universités des pays neutres une série de questions d'où se déduit la responsabilité écrasante du gouvernement allemand dans tous les méfaits commis par les envahisseurs teutons en Belgique et en France. Cet appel se termine en ces termes : " Comme les armées alliées, les universités françaises défendent pour leur part, la liberté du monde."
Rien n'est encore venu confirmer la nouvelle de la victoire navale allemande dans le Pacifique, victoire annoncée jusqu'ici par les seuls Allemands. Par contre, il est avéré que le Yorck, le croiseur germanique qui a coulé devant Wilhelmshaven, a été détruit par un sous-marin anglais.



Lord KITCHENER

Dimanche 8 novembre
Les engagements en Flandre, comme partout d'ailleurs, demeurent à l'avantage des alliés.
Sur l'Aisne, près de Vailly, nous avons reconquis tout le terrain précédemment cédé. Dans l'Argonne et dans les Hauts-de-Meuse, les tentatives ennemies ont totalement échoué. Les communiqués anglais et belges sont très réconfortants et le bulletin belge spécialement annonce la retraite d'une partie des forces allemandes dans la direction de Bruxelles.
L'Angleterre publie maintenant un récit officiel du combat naval dans les eaux chiliennes, combat qui, malheureusement, ne lui a pas été favorable.
Mais cet échec est peu de chose à côté de la défaite ou mieux du désastre qne les Russes ont infligé aux Austro-Hongrois en Galicie. Les armées de François-Joseph décimées, et qui ont laissé des milliers et des milliers de prisonniers, ont été rejetées sur les Carpathes, et coupées des armées allemandes, la route de Cracovie et de la haute Wartha est désormais libre pour nos alliés.
La flotte russe qui opère dans la mer Noire a bombardé Songouldak et détruit plusieurs transports ottomans qui portaient des hommes, des vivres et des munitions.
Les troupes du tsar dans le Caucase ont complètement dispersé les régiments turcs et kurdes qui leur étaient opposés.
L'armée japonaise s'est emparée de l'arsenal de Tsing-Tao,aprés six semaines d'investissement. C'est un lourd échec pour l'orgueil de Guillaume II, qui se flattait de créer un empire germanique d'Extrême-Orient, en face du Japon.
L'état-major suisse dément le bruit d'après lequel l'Allemagne aurait demandé le libre passage de ses troupes à travers le district de Porrentruy.




Lundi 9 novembre
L'offensive française se manifeste sur tout le front du Nord. A Soissons, nous avons pris pied sur le plateau de Vrégny.
Les Russes, après avoir chassé les Allemands bien au delà de la Wartha, ont pénétré dans la province prussienne de Posnanie Ils sont arrivés jusqu'à la localité de Ploeschen, coupant le chemin de fer de Posen, à 80 kilomètres environ de cette grande place. En même temps, leurs contingents progressent près de Stalüpenen et Lyck dams la province de la Prusse orientale. Cette double avance est le résultat des succès remportés par le grand-duc Nicolas, en Pologne et en Galicie, où sept armées austro-allemandes ont été mises en échec.
Dans l'Arménie turque, les forces russes ont pris la position stratégique de Koeprikeuy, prés des sources de l'Euphrate et à 30 kilomètres seulement d'Erzeroum.
Les fusiliers-marins anglais ont débarqué à Fao, au débouché de Chatt-el-Arab, dans golfe Persique; tandis que des contre-torpilleurs canonnaient la côte d'Asie-Mineure. L'offensive turque tarde vraiment à se dessiner.
La Serbie et la Grèce négocient très activement avec 1a Bulgarie afin de reconstituer la ligue balkanique de 1912. Cette restauration pourraît être très dangereuse pour la Turquie.
L'or et les vivres font de plus en plus défaut en Allemagne comme en Autriche, où joue la loi du maximum. A Berlin, il est interdit de donner, dans les restaurants, du pain à discrétion aux consommateurs; à Strasbourg, il est défendu de payer autrement qu'en billets; en Autriche, le chômage est tel que le gouvernement redoute des troubles sérieux.
L'Italie a fait savoir à la Porte qu'elle ne permettrait pas qu'il fût touché au canal Suez par les troupes ottomanes et qu'elle prendrait, le cas échéant, d'accord avec l'Angleterre, des mesures de sauvegarde.

Lundi 21 novembre

Raid d'aviation




Faute de documents, rendez-vous au mois de décembre