La deuxième bataille
de Picardie
21 mars - 5 avril 1918





La poche de Montdidier


Le 21 mars, jour de l'attaque, la liaison entre les armées françaises et anglaises se faisait au petit village de Barisis, non loin de l'Oise, à quelques kilomètres au sud de cette rivière.
D'un côté, à la gauche française, la VIe armée (Duchêne); de l'autre, à la droite anglaise, la Ve armée britannique (général Gough), de Barisis à Gouzeaucourt; puis la IIIe (général Byng), de Gouzeaucourt à Arras.
C'est sur ces deux dernières armées que porta l'attaque; elle s'étendait sur un front de 90 kilomètres environ, de l'Oise à la Scarpe.
Elle était menée par trois armées allemandes: à gauche, en face de la Ve armée britannique, la XVIIIe armée, commandé par von Hutier, le vainqueur de Riga; au centre, en face de la IIIe armée britannique, la IIe armée, commandée par V.d.Marwitz; enfin, à droite, la XVIIe armée, commandée par von Below.
Ces deux dernières armées attaquaient ainsi par enveloppement le saillant que la ligne anglaise formait en face de Cambrai.
A ce moment, derrière la soudure anglo-française, se trouvaient en réserve les forces suivantes :
L'Etat-Major de la IIIe armée (général Humbert. Q.G. à Clermont) avec le 5e corps (Pellé); ce corps comprenait 3 divisions : les 9e, 10e et la 1ere division de cuirassiers à pied.
En outre, à Verberie, était disponible un Etat-Major de groupe d'armées (général Fayolle, récemment rappelé d'ltalie).
Ces états-majors avaient longuement étudier, d'après les indications du général Pétain, une intervention rapide dans la bataille, au cas où elle viendrait à se produire sur cette partie du front.
C'était l'hypothèse dite " hypothèse A " qui allait précisément se réaliser.
L'attaque fut précédée d'une très courte préparation d'artillerie où dominaient les obus toxiques.
Commencée vers 4 h.30 du matin, elle prenait fin vers 9 heures et l'infanterie se jetait brusquement sur les tranchées anglaises ; elle marchait, précédée à 300 mètres, par un barrage roulant d'obus à balles ou explosifs se déplaçant à la vitesse de 200 mètres par cinq minutes.
Notons de suite que cette attaque était remarquablement montée.
D'abord, elle se développait sur un très grand front, près d'une centaine de kilomètres, permettant ainsi d'obtenir des résultats décisifs.
Elle réalisait la double surprise stratégique et tactique :
La surprise stratégique, parce que les divisions d'attaque avaient été amenées en secret à pied-d'oeuvre, voyageant la nuit sans feux, se dissimulant le jour aux investigations des avions en restant terrées dans les villages ou les bois. Les précautions les plus minutieuses avaient été prises pour qu'aucun indice ne dévoilât l'opération projetée, (camouflage des batteries nouvelles, réglages discrets et échelonnés dans le temps, enfin fausses nouvelles, suppression des correspondances, etc...;
La surprise tactique, parce que la préparation d'artillerie, aussi violente et intensive que possible, comportait surtout l'emploi d'obus toxiques dans le but d'annihiler le défenseur et de rendre ainsi inutile l'ouverture préalable de chemins dans les réseaux.
Nous retrouverons ces mêmes procédés dans toutes les attaques allemandes ultérieures.
Il faut ajouter que, le 21 mars, l'attaque se trouva favorisée par un brouillard épais qui mit l'artillerie anglaise dans l'impossibilité de faire autre chose qu'un premier tir de contre-préparation sans contrôle.
La répartition des forces allemandes n'était pas uniforme sur le front d'attaque; cette répartition répondait au plan de séparation des forces anglaises et françaises et au rabattement sur la droite anglaise.
La masse principale se trouvait à gauche: 30 divisions de l'armée Hutier allaient se jeter sur l'armée Gough, tandis que les armées de Marwitz et de Bulow ne comprenaient chacune qu'une dizaine de divisions en face de Byng.
Or, il se trouvait précisément que l'armée Gough était la plus faible. Le général Douglas Haig, s'attendant à une attaque sur le saillant de cambrai, avait, en effet, renforcé l'armée Byng, tandis que l'armée Cough ne comprenait que 9 divisions, dont 4 en première ligne sur un front très étendu. Il en résulta que, tandis que l'armée Byng pouvait limiter les progrès de l'ennemi et le contenir, l'armée Gough fut enfoncée et perdit coup sur coup ses trois positions successives.
La tactique employée par les troupes allemandes était simple: aller aussi vite que possible en évitant tout arrêt; pour cela, ne pas s'acharner à surmonter de front les résistances locales rencontrées, mais les tourner et les faire tomber en progressant à droite et à gauche, partout où cela était possible. C'est le procédé de l'infiltration par petits groupes, armés chacun d'une mitrailleuse.
Les divisions de rupture étaient sur 2 kilomètres de front: il semble qu'elles aient été disposées de la façon suivante: deux régiments en première ligne, un en deuxième ligne.
En fait, l'attaque fut aussi bien exécutée qu'elle avait été habilement préparée et les Allemands étaient en droit d'en attendre de grands résultats.
Sans doute n'avaient-ils pas prévu l'audace et la rapidité avec lesquelles le G.Q.G. français allait faire affluer les divisions, corps d'armée et armées de secours.
Dès le 21 mars, dans la journée, le général Pétain fait alerter le 5e corps; au milieu de la nuit, il donne l'ordre de le rapprocher de Noyon.
Le 22, on apprend que si, au nord, du côté de l'armée Byng, l'ennemi n'a pu s'emparer que de la 1ere position et est contenu, au sud, au contraire, en face de l'armée Gough, les trois positions de défense successives ont été emportées.
De ce côté, malgré des prodiges de valeur et par suite d'une disproportion de forces écrasante, l'assaillant est arrivé en rase campagne et le front anglais menace d'être rompu.
Le 5e corps (Pellé) est porté en avant: on espère qu'il pourra atteindre avant l'ennemi le canal Crozat, entre la Somme et l'Oise, et y rallier les Anglais.
Il arrive trop tard; les Allemands ont déjà franchi le canal à Tergnier, à Jussy, à Ham et tournent par le sud la ligne de la Somme.
Le 23, le G.A.R.( groupe d'armées de réserve ) (général Fayolle) reçoit l'ordre de prendre « le commandement de toutes les forces françaises et britanniques engagées sur le front compris entre l'Oise et Péronne inclus ».
Avec les forces britanniques, le G.A.R., aura sous son commandement deux armées françaises : la IIIe (Humbert} et la Iere (Debeney).
La Ire armée (G.Q. à Toul) était depuis longtemps avertie qu'elle aurait, le cas échéant, à quitter son secteur pour être transportée où besoin serait. Un plan de relèvement et de transport avait été arrêté en conséquence. Toutes ces prévisions expliquent la rapidité de la manoeuvre et son succès.
L'ordre du 23, du G.A.R., donne la composition de ces deux armées. Un tableau lui est annexé qui fixe le délais probables d'arrivée dans la région de Montdidier des unités à transporter. Le commandant du G.A.R. peut donc faire son plan en conséquence.
L'ordre est de rétablir le front en partant de l'Oise, de façon à assurer tout d'abord la liaison avec la gauche française.
Le soir, on apprend qu'au nord du canal Crozat l'ennemi a forcé le passage de la Somme entre Ham et Péronne, à Saint-Christ et à Béthencourt.
Complètement débordées sur leur gauche, violemment attaquées sur leur front, les troupes du 5e corps sont obligés de reculer, pour ne pas être enveloppées; l'ennemi entre à Chauny.
Les premières divisions de secours commencent à arriver : l'une, la 35e, est placée en renforcement du pivot à droite; l'autre, la 62e, prolongera la gauche. De ce côté, au nord du 5e corps, un groupement provisoire est formé dont le général Robillot (commandant le 2e corps de cavalerie), qui a précédé sur le champ de bataille ses divisions en marche, prendra le commandement.
Jusqu'ici le 5e corps français avec ses quatre divisions ( 9e, 10e, 1re D.C.P., plus la 125e détachée de la VIe armée sur l'Oise), a eu contre lui huit divisions allemandes suivies par quatre autres en deuxième ligne. Malgré tout il tient tête à l'ennemi; mais les fronts tenus par nos divisions sont trop étendus, au nord surtout, et de ce côté nous sommes constamment débordés par la gauche.
En outre, la Ve armée britannique serre sur sa gauche et prend sa direction de retraite vers Amiens par Chaulnes.
Dans ces conditions, malgré tous les efforts, une brèche commence à s'ouvrir entre Français et Anglais.






Bataille de Noyon (25 Mars 1918)


Le 25, la situation s'aggrave encore; l'ennemi entre dans Nesle; nous perdons Guiscard et Noyon, en dépit de l'héroïsme des troupes de l'armée Humbert.
Une nouvelle division est encore arrivée, la 22e; elle a été envoyée au nord en prolongement de la gauche et se trouve entraînée dans le recul général.
Le 26, ce recul s'accentue; les ordres donnés cessent d'être applicables quand ils touchent les troupes, la situation s'est déjà modifiée, tant les événements vont vite!
Pour comprendre tout le mérite qu'ont eu les troupes françaises et leurs chefs dans ces journées critiques, il est nécessaire de se représenter les difficultés au milieu desquelles chacun se débat.
Les divisions de l'armée Hutier, exaltées par leurs succès, constamment renforcées par les divisions fraîches de deuxième ligne, se répandent sur le pays comme un torrent débordé que rien ne peut contenir. En face d'elles, l'armée Humbert est épuisée par cinq journées de manoeuvres en retraite; les divisions qui arrivent en renfort s'engagent dans les conditions les plus pénibles, le plus souvent régiment par régiment, car il faut aller au plus pressé, tant la marche de l'ennemi est rapide. Telle division n'a pas son artillerie; cette dernière vient par voie de terre, tandis que l'infanterie a été transportée en camions; telle autre arrive sans ses cuisines roulantes et on ne sait comment elle vivra, etc., etc.
Les troupes, et en particulier les divisions de cavalerie, font des prodiges de valeur; le commandement, à tous les degrés, déploie une énergie et une activité sans pareilles, cherchant sans cesse à assurer les liaisons, à remettre de l'ordre, à conduire le combat, mais toujours les flots de l'invasion les débordent par la gauche. De leur côté, les Anglais s'éloignent de nous en prenant leur direction générale sur Amiens et la liaison avec eux devient de plus en plus vague.
Cependant, dans cette journée du 26, la droite de l'armée Humbert s'est stabilisée au sud-ouest de Noyon, sur les hauteurs qui vont du Mont Renaud au Plémont, par Connectancourt et Thiescourt; désormais, elles n'en bougeront plus.
Quant au centre et à la gauche, ils ont encore été refoulés et ont reculé de plus de 10 kilomètres.
L'ennemi est entré dans Roye.
Mais voici que le général Debeney, commandant la Ire armée, arrive et installe son poste de commandement à Maignelay, au sud de Montdidier.
Ce jour-là, le 26 mars, une instruction personnelle et secrète a été envoyée par le général Pétain au général Fayolle; elle dit:
«  La première mission du groupe d'armées de réserve est de fermer aux Allemands la route de Paris et de couvrir Amiens.
« La direction d'Amiens sera couverte:
« Au nord de la Somme, par les armées britanniques aux ordres du maréchal Haig, qui tiendra à tout prix la ligne Bray-sur-Somme, Albert;
« Au sud de la Somme, par le groupe d'armées de réserve sous vos ordres (Ve armée britannique, Ire et IIIe armées françaises), en maintenant la liaison avec les forces du maréchal Haig à Bray et avec le groupe d'armées du Nord sur l'Oise. « 
L'ordre donné en conséquence par le G.A.R., pour la journée du 27, répartit les missions entre les deux armées françaises de la façon suivante:
« La mission de la IIIe armée (Humbert) reste de tenir sur son front actuel, en se raccordant par sa gauche avec la 56e division (Ire armée), qui a reçu l'ordre de se déployer à cheval sur la route Roye, Montdidier.
« La mission de la Ire armée (Debeney) est de s'intercaler avec ses forces, à mesure qu'elles arriveront, entre la IIIe armée et l'armée britannique.»
La mission de la Ve armée britannique reste de couvrir Amiens, au sud de la Somme, en maintenant à tout prix sa ligne actuelle.
La 38e division débarquera demain dans la région de Ressons-sur-Matz. Cette division est mise à la disposition de la IIIe armée en vue de renforcer son flanc gauche que l'ennemi déborde par le sud de Roye.


Prise de Montdidier (27 Mars)


La journée du 27 sera, comme les précédentes, très dure.
La droite de la IIIe armée tient toujours; même le Mont Renaud, un instant perdu, est repris, mais toute la gauche a été rejetée vers le sud et l'ennemi est entré dans Montdidier.
La situation apparaît comme désespérée, car la liaison entre les Ire et IIIe armées est plus que compromise.
Sur ces entrefaites, le général Foch a été nommé généralissime des armées alliées, à la suite de la Conférence de Doullens. Son premier ordre a été : « Continuez à assurer coûte que coûte la liaison avec les Anglais. La mission du G.A.R. reste de couvrir à la fois Paris et Amiens.»
Paris, soit. Mais Amiens? Nous ne sommes toujours qu'à Montdidier; encore l'ennemi vient-il d'y entrer.
N'importe ! Personne ne perd confiance et la manoeuvre se poursuivra avec la même ténacité.
D'ailleurs, les divisions de secours arrivent maintenant en nombre. Dans la journée du 27, le G.A.R. a reçu le 35e corps (36e et 70e divisions), attribué à la IIIe armée; le 6e corps et le 2e corps de cavalerie attribués à la Ire.


La soudure se fait entre les deux armées françaises (28 Mars)


La liaison entre la IIIe armée, qui s'étend de Noyon aux abords de Montdidier, et la Ire armée qui commence à monter vers le nord, est toujours incertaine.
Pour la rétablir, le G.A.R. prescrit « que les 36e et 70e divisions se porteront à l'attaque dans la direction Faverolles, la Boissière, dans le but de dégager Montdidier et d'arrêter le mouvement débordant des Allemands contre la gauche de la IIIe armée ».
Nous reprenons ainsi Mesnil-St-Georges, Assainvilliers, Boulogne-la-Grasse et Conchy-les-Pots, mais sans pouvoir réoccuper Montdidier; par la suite, Boulogne-la-Grasse et Conchy-les-Pots sont reperdus; toutefois, la soudure entre les deux armées est devenue ferme. Nous faisons, ce jour-là, 700 prisonniers.
Le Q.G. de la 1re armée vient s'installer à Breteuil; celui de la IIIe armée est toujours à Clermont; celui du G.A.R. viendra demain à Beauvais.
Le 29, l'attaque est reprise sans grands résultats et la situation reste stationnaire sur le front de la IIIe armée.
Au nord de Montdidier, le front de la Ire armée se constitue rapidement et s'élève le long de l'Avre jusqu'à Moreuil, puis de là à la Luce jusqu'à Demuin, avec les 12e, 166e, 133e et 29e divisions.
L'ordre du G.A.R. prescrit pour la journée du 30 :
« La mission générale des trois armées du G.A.R. reste toujours la même: boucher la trouée entre Oise et Somme et reconstituer le front le plus en avant possible, surtout en face d'Amiens.
« A la IIIe armée, ce résultat est dès maintenant acquis, de l'Oise à Montdidier.
« A la Ire armée, la droite se consolide: la gauche, où les troupes sont encore en cours de débarquement, manque de stabilité au nord de l'Avre.
« A la Ve armée britannique, dont le front est resserré entre Demuin et la Somme et où toutes les troupes de l'armée se concentrent, il est d'absolue nécessité que la ligne de couverture d'Amiens soit conservée et elle doit être défendue avec d'autant plus d'opiniâtreté que les flancs en sont maintenant couverts.
« En l'état actuel, il ne saurait être question de relever les divisions fatiguées, mais il est indispensable de remettre de l'ordre partout et de réparer la dispersion qui est la conséquence forcée de la hâte avec laquelle les troupes ont été engagées.»
Malheureusement, dans la soirée au 29 et la nuit du 29 au 30, l'ennemi réussit encore à forcer le passage de l'Avre entre Montdidier et Moreuil, à Hargicourt, Bouillancourt, Maresmontiers, sans pouvoir cependant progresser au delà de la rive gauche.


La liaison avec les Anglais est assurée (30 Mars)


Le 30 est une journée de grande bataille. L'ennemi, qui a de son côté remis de l'ordre dans ses unités mélangées au cours d'une marche ininterrompue de huit jours et renforcé sa ligne de combat, attaque sur tout le front. Il s'agit d'aboutir à la décision, de rompre la nouvelle barrière qui s'élève devant lui, d'arriver à la séparation des alliés et de tourner Amiens par le sud. Ses efforts sont particulièrement violents contre la Ire armée.
La IIIe armée, désormais solidement assise sur le terrain, tient ferme, à part quelques points perdus.
Sur le front de la Ire armée, l'ennemi conquiert toute la rive gauche de l'Avre, au sud de Moreuil.
A la fin de la journée sa ligne passe par Sauvillers, Aubvillers, Cantigny, Fontaine-sous-Montdidier, Mesnil-Saint-Georges.
La liaison entre les Ire et IIIe armées se fait à Royaucourt.
Malgré le gain qu'a réalisé l'ennemi sur la rive gauche de l'Avre, il n'y a plus aucune inquiétude à avoir: la trouée entre Somme et Oise est bouchée. Dans cette journée, en effet, les 162e, 2e D.C.P., 59e, 127e, 17e, 29e divisions ont été mises à la disposition de la Ire armée.
Désormais la liaison avec les Anglais est assurée. Une décision d'importance l'a singulièrement favorisée: le 36e corps (29e et 135e divisions) a été rappelé du nord par le général Foch et porté directement au sud d'Amiens, donnant ainsi la main aux divisions montant du sud.
Les ordres donnés par le G.A.R. pour le lendemain, 31 mars, sont:
« Ve armée britannique. - tenir à tout prix sur ses positions actuelles en couvrant Amiens;
« Ire armée. - Rejeter l'ennemi au delà de l'Avre et du ruisseau des Trois-Doms (rivière de Montdidier);
« IIIe armée. - Reprendre Rollot et le massif de Boulogne-la-Grasse. »


La marche des Allemands est définitivement arrêtée (31 Mars)


Le 31, la bataille continue et la Ve armée britannique est à son tour violemment attaquée; sa droite est rejetée jusque sur Hangard.
Sur le front des Ire et IIIe armées, les attaques françaises et allemandes se heurtent les unes aux autres.
A la Ire armée, on tient partout; l'ennemi a réussi à entrer dans Grivesnes, mais il en est bientôt chassé; plus au sud, quelques progrès sont réalisés de part et d'autre de Mesnil-St-Georges.
A la IIIe armée, les villages d'Ayencourt, du Monchel et Le Plessis-de-Roye sont repris à l'ennemi.
Il devient évident que ce dernier n'avancera plus; sa marche victorieuse est définitivement arrêtée, d'autant plus sûrement que chaque jour le front des Ire et IIIe armées se consolide davantage.


Organisation du front français


La situation reste à peu près stationnaire pendant les jours suivants.
Le 1er avril, une attaque combinée anglo-française reprend une partie du terrain perdu la veille entre Moreuil et Demuin.
A la Ire armée, l'ennemi tente à nouveau de s'emparer de Grivesnes; ll est repoussé.
A la IIIe armée, aucune action importante.
La Ve armée britannique cesse de faire partie du G.A.R. et une nouvelle armée, la IVe (Rawlinson) prend la place occupée par les IIIe (Byng) et Ve (Gough).
Nous n'avons pas suivi en détail les mouvements de l'armée Byng au nord de la Somme; au cours des événements que nous venons de relater et qui se sont déroulés depuis le 21 mars, cette armée a reculé méthodiquement, en combattant, à mesure que l'armée Gough perdait du terrain; pivotant autour de sa gauche, elle a refusé sa droite pour éviter l'enveloppement.
Au ler avril, au nord de la Luce, le front de l'ennemi passe par Villers-Bretonneux, Morlancourt, Albert, pour aller se raccorder à l'ancien front devant Arras.
Le général commandant le G.A.R., estimant que la situation est désormais stabilisée, prescrit d'en profiter pour s'organiser, s'asseoir solidement sur le terrain en profondeur, mettre toutes les batteries en place, créer des dépôts de munitions, etc.:
« Tous les travaux qui seront exécutés serviront à l'offensive, quand le moment sera venu de la reprendre sur une grande échelle.»
En fait, dès maintenant, le général Foch pense à reprendre l'offensive.
Dès le 2 avril, le général commandant le G.A.R. a ordonné à la Ire armée de préparer de suite les opérations préliminaires suivantes, en vue de faciliter une offensive ultérieure:
a) Occupation du plateau Sauviller, Aubvillers, Malpart, de manière à tenir sous le feu le débouché des ponts de l'Avre et à interdire à l'ennemi la construction de batteries sur la rive gauche de la rivière;
b) Occupation de la ligne Demuin, croupe 104, bois de Moreuil, Moreuil par où l'on prend à revers la ligne de l'Avre.


Le dernier effort allemand est brisé (4 Avril)


Cependant l'ennemi n'avait pas encore renoncé à poursuivre sa manoeuvre et, le 4, brusquement il attaque sur tout le front de la Ire armée, au nord de Grivesnes. A gauche, nous nous maintenons à Hangard, sur la Luce, mais du côté de Moreuil, les Allemands réussissent à progresser sur les hauteurs de la rive gauche de l'Avre; nous perdons Morisel, Castel, Mailly-Raineval et ils s'avancent jusqu'au bois Senécat en face de Rouvrel, sans pouvoir aller au delà.
Cette journée du 4 avril fut une journée non pas seulement de combats, mais de véritable bataille, bataille qui a passé à peu près inaperçue, mais qui fut très violente et a marqué l'arrêt définitif de l'ennemi entre la Luce et Montdidier. Les trois divisions de la Ire armée, qui tenait cette partie du front, ont victorieusement résisté à l'assaut d'une dizaine de divisions adverses qui s'y étaient préparées depuis le 31 mars.




Mars 1918