A la Ve armée, la situation était moins favorable et l'attaque allemande avait progressé beaucoup plus rapidement.
Vers 9 heures, le 2e corps italien et le 5e corps français étaient refoulés; ils perdaient la position de résistance et étaient rejetés sur la deuxième.
C'était surtout sur sa gauche que le 5e corps était menacé; la 8e division, qui s'y trouvait, était en effet réduite à cinq bataillons, par suite de la disparition de quatre bataillons qui avaient été imprudemment laissés sur la première position, et elle était attaquée par les deux rives de la Marne, d'ouest en est, en direction d'Epernay en même temps que de front.
Notons en passant que la perte de ces quatre bataillons, la moitié de la division, nous montre clairement les inconvénients tant de fois signalés de l'occupation en force de la première position, et ce qui serait arrivé sur tout le front attaqué si la manoeuvre de dérobement n'avait sauvé la situation.
A la VIe armée, les choses allaient plus mal encore.
Comme il était facile de le prévoir, l'ennemi avait soumis les abords sud de la Marne à un bombardement d'une extrême violence, puis il avait fait passer en barque, en pleine nuit, des fractions avancées qui avaient, sans trop de peine, refoulé nos avant-postes et gagné assez de terrain pour couvrir la construction des passerelles et des ponts de bateaux.
C'est surtout de part et d'autre de Dormans, entre Sarzy et Verneuil, en face du 3e corps, que l'opération avait réussi.
Dès 6 heures, la position de résistance qui, nous l'avons vu, n'était qu'à 1500 mètres de la rivière et avait sans doute beaucoup souffert du tir de préparation de l'ennemi, était enlevée et, à 9 heures, les Allemands arrivaient devant la deuxième position.
Une poche se creusait ainsi, sur la rive gauche de la Marne, au sud de Dormans, profonde de 5 à 6 kilomètres, large d'une quinzaine.
La rapidité avec laquelle ce résultat avait été obtenu permettait de craindre que l'ennemi n'arrivât à séparer les Ve et VIe armées.
Pour parer à ce grave danger, le général en chef, se rendant compte que la situation ne présentait pas de risques à la IVe armée, mettait aussitôt trois divisions d'infanterie et une division de cavalerie à la disposition du général Maistre pour venir au secours de la droite de la VIe armée et de la gauche de la Ve.
Cependant l'ennemi poursuivait avec la plus grande énergie ses attaques. A gauche, à la VIe armée, elles étaient contenues par la 3e D. U. S. et, de ce côté, la poche était limitée en flanc, mais, à l'est, sur le front de la Ve armée, elle s'étendait jusqu'à l'Ardre et au delà, et son front atteignait bientôt une trentaine de kilomètres.
Le général en chef n'avait plus à sa disposition que deux divisions, l'une au sud de la Marne, l'autre au nord, le 22e corps britannique ne devant arriver avec deux divisions que le lendemain 16. Dans ces conditions, la question se posait de savoir s'il fallait laisser le G. A. R. continuer ses préparatifs de contre-offensive ou puiser dans les réserves qui devaient alimenter cette contre-offensive pour limiter d'abord les progrès de l'ennemi au sud de la Marne.
Considérant qu'il importait avant tout et à tout prix, dans l'intérêt même de la contre-offensive, d'assurer la liaison entre la VIe et la Ve armée, le général en chef se décidait pour la deuxième solution, sauf à revenir à la première dès que la continuité du front serait assurée, et il donnait, entre 9 heures et 10 heures, des ordres en conséquence au G.A. R.
En même temps, il prescrivait au général Maistre d'organiser pour le 16, avec toutes les forces disponibles, une contre-attaque sur la partie de la poche qui paraissait la plus dangereuse, celle qui s'étendait au Sud de Dormans.
Le général Foch agissait de son côté. Assuré, à la suite d'une conférence avec le maréchal Haig, à Monchy-le-Châtel,d'avoir l'appui de deux nouvelles divisions britanniques, il demandait, à midi et demi, au général Pétain de reprendre sans tarder les préparatifs de contre-offensive du G. A. R. et il en était aussitôt décidé ainsi. Par le fait, ces préparatifs n'avaient pas cessé, le contre-ordre n'ayant duré que 9 heures à 1 heure, et une seule division avait été dérivée du côté du G.A.C.
Dans la soirée du 15, la situation n'empirait pas sensiblement. A la IV e armée, toutes les tentatives de l'ennemi pour franchir la position de résistance étaient restées sans résultat.
A la Ve armée, la position de résistance était perdue sur toute son étendue, mais la deuxième position était intacte.
A la VIe armée, il en était de même. De ce côté, sur le flanc gauche de la poche, le long de la vallée du Surmelin, une contre-attaque locale, menée par la 3e DUS et au cours de laquelle elle avait fait 400 prisonniers, limitait net les progrès de l'ennemi.
Dans ces conditions, ll était permis d'espérer que la contre-attaque d'ensemble prévue pour le lendemain 16 stabiliserait définitivement la situation. Cette contre-attaque, organisée par le général Maistre et le général Degoutte, avait été confiée au général Lebrun, commandant le 3e corps, et devait être exécutée avec trois divisions en première ligne et une en deuxième.