Mercredi 1er janvier 1919
Les Polonais, à la suite d'une sanglante bataille de rues se sont rendus maîtres de Posen, mais les Allemands ont fait venir des renforts dans la ville.
M. Lloyd George prépare un remaniement de son cabinet. Un certain nombre de ministres se déclarent, en effet, fatigués.
Le Sénat, après la Chambre, a adopté les crédits militaires, mais il n'a ouvert aucun débat politique à ce sujet.
Les troupes et unités navales françaises ont été accueillies avec enthousiasme tout le long de la côte dalmate.
M. Wilson a prononcé un grand discours à Manchester. Il s'y est déclaré, une fois de plus, favorable à la Société des Nations et hostile aux combinaisons et alliances.
Vilna est tombé aux mains des bolchevistes. Ils auraient aussi pris Riga, mais en ont été ensuite chassés par les Lettons. Ils voudraient attaquer de nouveau la ville. Ils ont subi des défaites au sud d'Arkhangel.
Le prince Frédéric Charles de Hesse a fait savoir au gouvernement finlandais qu'il renonçait à la couronne d' Helsingfors.
Le gouvernement allemand se pose la question de savoir s'il quittera Berlin pour une ville de l'Allemagne centrale. Un complot contre-révolutionnaire a été découvert à Münich.
La démission de M. Bissolati semble devoir entraîner un remaniement total du cabinet italien.
M. Balfour, ministre des Affaires étrangères d'Angleterre, est arrivé à Paris. Il a eu une longue conversation avec le colonel House.
Cette conférence, qui fait suite aux conversations que M. Wilson a eues avec MM. Lloyd George et Balfour à Londres a permis d'arrêter les détails d'organisation de la conférence de la paix.
La commission interalliée, composée de quatorze délégués d'Amérique, de France, d'Angleterre et d'Italie, pour étudier la question alimentaire de l'Autriche allemande, est partie de Berne pour Vienne.
Le nouveau parlement anglais sera convoqué pour le 21 janvier. L'opposition à la Chambre des Communes sera conduite par M.Thomas, député travailliste.
Max de Bade sera candidat à la Constituante allemande.

Max de Bade

Jeudi 2 janvier
M. Poincaré, au cours d'une interview, a annoncé que les Alliés étaient complètement d'accord sur les points à traiter à la conférence. Il a déclaré qu'il comptait se rendre aux Etats-Unis, après la conférence de la paix, soit dans le courant de l'été.
M. Wilson a invité également George V à aller en Amérique. Le président est parti pour l'Italie, où il visitera Gênes, Rome, Turin, Milan.
M. Clemenceau s'est absenté pour quelques jours, laissant l'intérim de la Guerre à M. Nail, garde des Sceaux.
Le gouvernement allemand se préoccupe de constituer une armée populaire, composée de volontaires qui dépendrait directement de lui et qui serait soustraite à l'influence du G.Q.G. De grandes démonstrations majoritaires ont eu lieu à Berlin. Le groupe Spartacus a condamné l'action des Indépendants.
L'Italie publie ses pertes dans la guerre. Elle compte 460.000 morts dont 16.362 officiers, et 947.000 b1essés, dont 33.347 officiers.
Le gouvernement allemand envoie des troupes en Posnanie pour maîtriser le soulèvement Polonais. Paderewski revendique Dantzig pour la Pologne.
Le cabinet ita1ien a été légèrement remanié : le socialiste-réformiste Bonomi remplace Dari, aux Travaux publics.

Vendredi 3 janvier
Constantinople a été occupé par un bataillon français, un bataillon britannique et un détachement ita1ien.
Les Polonais occupent tous les chemins de fer de Posnanie, jusqu'à la frontière. Ils ont surpris et maîtrisé les troupes allemandes cantonnées à Gnesen.
On prévoit à Berlin de nouveaux troubles et les cercles gouvernementaux ne se feraient aucune illusion à ce sujet. Harden publie un long article pour dire que le peuple allemand ne se rend pas encore compte de la réalité de sa situation. On a découvert à Charlottenburg, près de Berlin, au petit musée des Hohenzollern, des documents accablants qui prouvent les responsabilités allemandes dans la guerre européenne.
Le gouvernement hollandais accepte le transit des Alliés par l'Escaut et par le Rhin.
Les élections belges auront lieu au mois de mai.
L'Esthonie accepte l'aide des Finlandais contre les bolchevistes.
Fiume est devenue base navale française pour le ravitaillement de l'armée d'Orient.
Un nouveau ministère ukrainien s'est formé à Kiew.
Un yacht militaire anglais s'est brisé sur les rochers des Hébrides. Il y a 250 victimes.
L'Espagne interdit son territoire aux bolchevistes.
L'escadre française est arrivée en Baltique.
Il y a 400.000 sans-travail à Berlin. Un tribunal extraordinaire a été constitué à Munich pour juger les contre-révolutionnaires.
Le Labour Party anglais délibère sur le fait de savoir s'il acceptera que certains de ses membres entrent dans le cabinet Lloyd George.

Samedi 4 janvier
0n confirme que la conférence préalable interalliée s'ouvrira le 13, à Paris. Les Dominions britanniques y seront représentés par le général Botha, pour l'Afrique du Sud; par M. Borden, pour le Canada, et par M. Hughes, pour l' Australie.
Mackensen est gardé à Budapest par un détachement français.
Le général Berthelot est arrivé à Arad où sont attendues aussi des troupes françaises.
L'Autriche allemande, par une note aux puissances en date du 25 décembre, a revendiqué le droit de s'unir à l'Allemagne.
M.Bernstein, qui était sous-secrétaire d'Etat aux Finances à Berlin a démissionné. La discorde se manifeste chez les indépendants allemands.
Les Esthoniens, en lutte avec les bolchevistes, enregistrent de nouvelles fluctuations.
Les bolchevistes procèdent à une mobilisation supplémentaire.
Les Polonais en Posnanie ont occupé deux camps allemands.
Le contre-torpilleur grec Lion, ayant à bord des fusiliers marins, est entré dans le port de Smyrne. La population a accueilli les soldats helléniques avec enthousiasme.
M. Wilson est arrivé à Rome où le public l'a reçu avec enthousiasme.
La politique wilsonienne a été défendue à Washington par le sénateur Lewis contre M. Lodge, et acclamée dans un meeting travailliste à Londres.

Dimanche 5 janvier
M. WilSon s'est rendu en compagnie du roi et de la reine d'Italie, à Montecitorio, où a eu lieu une brillante réception. Il a prononcé un discours le soir au dîner du Quirinal, pour développer une fois de plus ses principes.
Ebert, dans une déclaration officielle, s'est félicité d'avoir constitué à Berlin un gouvernement homogène. Si les Allemands du Sud, a-t-il dit, n'y collaborent pas, c'est qu'ils n'avaient pas d'hommes disponibles. On publie de singuliers détails sur le rôle qu'a joué à Berlin le préfet de police Eichhorn. Ebert a protesté, auprès des commissaires du peuple de Moscou contre l'envoi de Radek en Allemagne.
Il y a eu à Budapest une journée de troubles violents et collisions entre les communistes et les social-démocrates.
On annonce que Guillaume II est sérieusement malade.
Un député Sinn Feiner a été arrêté.
Dublin a offert le droit de cité à M. Wilson.
Le baron Zorn de Bulach, ancien secrétaire d'Etat pour l'Alsace-Lorraine, a été conduit en Allemagne avec toute sa famille.

Lundi 6 janvier
M. Wilson a été reçu par le pape, avec lequel il a eu un long entretien secret; après quoi, il est parti pour Gênes et Turin.
Le conflit germano-polonais serait réglé. Les populations de la Posnanie et de la Haute-Silésie ne participeraient pas aux prochaines élections allemandes.
M. Boret a levé un certain nombre de restrictions.
Un coup de main du groupe Spartacus a échoué en Bavière. Kurt Eisner serait candidat des socialistes indépendants de Ratisbonne à l'Assemblée constituante de Bavière. A la suite de certains incidents qui se sont produits dans un hôtel de Berlin, le gouvernement allemand a présenté des excuses à l'Entente. Une affaire de détournements de fonds a été découverte à la sûreté berlinoise.
Le quartier général de l'armée d'Orient a été transféré à Constantinople.
On dément que le roi George V doive aller aux Etats-Unis.
Une partie des troupes japonaises a quitté la Sibérie.
Maxime Gorki a été élu membre du bureau du Soviet à Petrograd.
La délégation anglaise à la conférence de Paris est arrivée.
Une mission américaine a été envoyée à Vienne pour étudier les conditions politiques et économiques de l'Autriche- allemande.
Un soulèvement a eu lieu dans le Tafilet. Nos avions ont bombardé les campements ennemis.




En exécution des clauses de l'armistice, trois sous-marins allemands de modèle récent, livrés à la France, viennent de faire leur entrée dans le port de Cherbourg où ils ont provoqué une vive curiosité. Ce sont l' U-C-58, l'Euler et le Deutschland II, croiseur sous-marin identique au Deutschland qui effectua la traversée de l'océan.

Mardi 7 janvier
La Commission de l'armistice s'est occupée de la question de la lutte contre le bolchevisme, de la navigation du Rhin et de la vente des trésors artistiques qui se trouvent dans les châteaux du Kaiser à Potsdam et à Berlin. L'avant-dernier chancelier allemand, le comte Hertling, est mort dans la Haute-Bavière où il s'était retiré. Le gouvernement de Be1grade a notifié aux chancelleries de l'Entente la constitution du royaume Serbe-Croate-slovène, qui comprend : la Serbie, la Yougo-Slavie et le Montenegro. Des grèves ont éclaté en Allemagne à Dantzig et dans la région minière westphalorhénane. Les incidents qui s'étaient produits dans les troupes anglaises à propos des permissionnaires ont été aplanis. Les syndicats d'Alsace-Lorraine se sont réunis à Strasbourg avec les délégués de la C. G. T. française. Les Polonais ont réa1isé une nouvelle progression en Posnanie. M. Poincaré a remercié la reine de Hollande des services rendus par les Pays-Bas aux réfugiés français. Mackensen aurait été transféré de Budapest à Salonique. Le gouvernement lithuanien a quitté Vilna pour Kowno. Guillaume II a été opéré. 2695 prisonniers français ont été rapatriés, ramenés à Cherbourg sur un vapeur allemand. De nouveaux troubles ont éclaté à Budapest.

combats de rues dans Berlin Mercredi 8 janvier
M. Théodore Roosevelt, ancien président des Etats-Unis, est mort dans sa campagne de Sagamore Hill.
Les Spartaciens ont accompli un nouveau coup de force. Ils soutiennent contre Ebert l'ancien préfet de police Eichhorn et s'emparent des principaux journaux berlinois et de l'agence Wolff. Une lutte sanglante s'est déroulée dans Berlin. Les majoritaires, pour avoir le concours des masses ouvrières qu'ils croient dévouées à leur cause, ont proclamé la grève générale. Les Spartaciens ont également tenté des coups de force à Cassel contre le G. Q. G., à Constance, à Mannheim et à Stuttgart.
Les élections du grand-duché de Bade ont donné des résultats médiocres pour les socialistes majoritaires et nuls pour les indépendants.
Il est faut que Radek ait quitté l'Allemagne.
Les délégués anglais et italiens à la conférence sont partis pour Paris.
Les Polonais ont remporté de nouveaux succès en Posnanie. Un coup de force a été tenté à Varsovie. Le gouvernement du général Pildsuski négocie avec ceux qui l'ont accompli. Le prince Sapicha, qui en était le principal inspirateur, a été arrêté.
Le président Wilson a quitté Turin pour revenir à Paris.
Les Bulgares n'ont pas encore évacué la Dobroudja.
On publie le projet wilsonien de la Société des Nations relatif à l'arbitrage et au jugement des conflits internationaux.
Raisouli s'oppose à une action de police franco-espagnole. M. Clemenceau est rentré à Paris.
Le Labour party anglais a délibéré et décidé de refuser sa collaboration au cabinet: aucun de ses membres n'y pourra entrer avec l'agrément du parti. M. Lloyd George n'a pas encore opéré la nouvelle répartition des portefeuilles. Il résulte des statistiques officielles qu'il aura aux Communes une majorité de 279 voix. Les Irlandais du Sinn Fein ont décidé de faire appel à une Constituante.
Deux automobiles blindées ont été arrêtées devant le château d'Amerongen, où réside Guillaume II. On ignore à quel usage elles devaient être affectées.
Le bulletin de l'armée interalliée d'Arkhangel signale de nouveaux succès sur les bolchevistes, qui auraient reculé vers le Sud.
Une partie de la ville d'Halifax (Nouvelle-Ecosse), a été détruite par un incendie.


Dernière apparition en public de Liebknecht, le 9 janvier, sur la Siegsallee à Berlin Jeudi 9 janvier
Une première réunion a eu lieu à Paris entre les représentants des grandes puissances de l'Entente. On annonce que l'armistice, conformément d'ailleurs aux prévisions, sera de nouveau prolongé.
Berlin a été le théâtre de luttes très sanglantes. Il y a eu de nombreux morts et blessés. Finalement, les indépendants se sont entremis entre le gouvernement et les spartaciens. Le gouvernement a posé des conditions, parmi lesquelles la reddition des armes et le renvoi de l'ancien préfet de police Eichhorn. Des mouvements d'émeute ont eu lieu également à Munich, à Spandau et à Schwerin. Les indépendants et les spartaciens ont eu le dessous. On annonce que Ludendorf vit sous un faux nom en Suède.
Le parti ouvrier anglais a décidé d'interdire à ses membres toute participation au gouvernement. M. Lloyd George se préoccupe à la fois d'assurer la démobilisation tout en évitant le retour de certains incidents et de reconstituer son cabinet.
Tous les forts de Posen ont été occupés par les Polonais. D'après les renseignements parvenus, le coup de force de Varsovie aurait été accompli non par les bolchevistes, mais par la droite. Le cabinet Morachewski se serait renforcé à gauche. Les combats continuent autour de Lemberg, entre Polonais et Ukrainiens.
Soixante-dix professeurs allemands ont été expulsés de Strasbourg.


Vendredi 10 janvier
La conférence préalable qui devait avoir lieu à Paris entre les chefs des quatre gouvernements alliés a été renvoyée. M. Lloyd George ne pouvant arriver à temps à Paris.
La lutte a pris à Berlin de plus amples proportions ; elle a d'énormes fluctuations. La situation du gouvernement Ebert-Scheidemann, après avoir paru fortement compromise, s'est améliorée. Les spartaciens, après avoir conquis la presque totalité de la ville, ont reperdu plusieurs quartiers et un certain nombre d'édifices, entre autres le Palais du Reichstag.
Ils ont constitué avec les indépendants un contre-gouvernement qui comprend: Ledebour, Dittmann et Tiek, ce dernier, président de la Ligue Spartacus. Une partie des soldats sont passés de leur côté, mais les marins ont abandonné les extrémistes pour se ranger au gouvernement. Les troubles continuent à se propager en province et spécialement en Westphalie et l'Allemagne du Sud.
M. Dumesnil, sous-secrétaire d'Etat à l'aéronautique, a donné sa démission. un groupe de sénateurs a décidé de présenter la candidature de M. de Selves à la présidence du Sénat.
Les inondations ont commencé à Paris dans les 13e et 16e arrondissements, le niveau de la Seine s'étant relevé de soixante centimètres dans une seule journée.
M. Gompers est parti pour l'Europe avec une délégation de travaillistes américains.

Samedi 11 janvier
Le gouvernement a désigné les délégués de la France à la conférence de la paix : MM. Clemenceau, Stephen Pichon, André Tardieu, Klotz, Jules Cambon. Le maréchal Foch fera partie de la conférence comme généralissime des armées alliées. M. Dutasta, ambassadeur à Berne, remplira les fonctions de secrétaire général de la conférence. M. Philippe Berthelot, celles de secrétaire de la délégation française. Il y aura, en outre, un certain nombre de conseils techniques. M. Léon Bourgeois s'occupera spécialement de la Société des Nations.
Le gouvernement d'Ebert et de Scheidemann a regagné sensiblement de terrain à Berlin; 80.000 hommes de troupes sont désormais à sa disposition.

Dimanche 12 janvier
Le gouvernement d'Ebert continue à reprendre à Berlin les édifices qui lui avaient été enlevés par les spartaciens. Ceux-ci avouent leur lassitude dans la capitale, mais l'agitation extrémiste s'accentue en province. Les spartaciens se sont emparés de l'Hôtel de Ville de Stuttgart.
M. Lloyd George est arrivé à Paris.
L'armistice ne sera pas prolongé purement et simplement. Le maréchal Foch a convoqué les plénipotentiaires allemands le 14 ou le 15, à Trèves, pour établir de nouvelles conditions.
M.Lloyd George a achevé le remaniement de son cabinet.
Une manifestation a eu lieu à Luxembourg pour réclamer l'abdication de la grande-duchesse et, l'établissement de la république.
Les Polonais et les Ukrainiens continuent à se battre autour de Lemberg. Pilsudski a décidé d'envoyer de nouveaux renforts aux troupes polonaises.
Ludendorf, aux dernières nouvelles, et contrairement à ce qui a été dit, serait toujours en Suède.
L'Angleterre a décidé de ne plus envoyer de nouvelles troupes en Russie.
M. de Scavenius, ministre danois à Petrograd, qui a protégé nos nationaux dans cette ville durant la crise révolutionnaire, est arrivé à Paris.
M. Wilson a retardé son voyage dans les régions dévastées jusqu'après la première séance de la conférence de la paix.
Un conseil suprême interallié a été créé pour le ravitaillement des régions libérées.

Pilsudski

Lundi 13 janvier
Le Conseil suprême interallié de guerre s'est réuni à deux heures et demie au ministère des Affaires étrangères. Il a examiné les questions qui se lient à la prolongation de l'armistice. Etaient présents: MM: Clemenceau et Stephen Pichon pour la France, Lloyd George et Balfour pour la Grande-Bretagne, Wilson et Lansing pour l'Amérique, Orlando et Sonnino pour l'Ita1ie et le maréchal Foch.
Le combat de rues à Berlin continue à offrir des péripéties variées. La journée du 10 avait été mauvaise pour le gouvernement. Un armistice avait été conclu entre une portion de ses troupes et les insurgés. Les spartaciens avaient regagné du terrain dans plusieurs quartiers de la capitale comme dans la banlieue. Le gouvernement lui-même inclinait à négocier, comme le prouvait une proclamation émanée de lui.
Dans la matinée du 11, il reprenait l'avantage, grâce aux nouvelles troupes que Noske et Ebert avaient mandées de province. L'édifice du Vorwärts était enlevé de vive force, et par l'emploi de l'artillerie. 300 spartaciens avaient été capturés. Spandau, foyer de résistance extrémiste était cerné.
La grande-duchesse Adélaïde a été déclarée déchue à Luxembourg; La république a été proclamée.

Mardi 14 janvier
La conférence interalliée a tenu une séance nouvelle pour continuer le débat sur la procédure.
Il y a eu également, une réunion des experts militaires qui ont discuté les modalités du renouvellement de l'armistice et une réunion du cabinet impérial de guerre britannique à laquelle participaient les représentants des Dominions.
A la suite de la proclamation de la république a Luxembourg, un comité de Salut public, formé de six membres : trois libéraux et trois socialistes, a été constitué.
Une vive agitation se manifeste en faveur d'une incorporation du Luxembourg à la France.
Le gouvernement d'Ebert a repris les immeubles des journaux que tenaient les spartaciens. Ledebour et plusieurs chefs Spartaciens ont été capturés, ainsi que le fils de Liebknecht.

Mercredi 15 janvier
Le Conseil de guerre interallié a statué sur les clauses que le maréchal Foch imposera à l'Allemagne pour la prolongation de l'armistice. Les clauses seront : le transfert à Francfort-sur-Mein de l'or de la Banque d'Empire, la remise des sous-marins qui n'ont pas encore été livrés, la destruction de ceux qui ne sont pas en état de prendre la mer, la cessation de toute construction nouvelle.
La conférence interalliée a ensuite statué sur la répartition des voix. 5 voix ont été données aux grandes puissances, 3 voix au Brésil, 2 aux puissances secondaires, sauf le Portugal et le Siam, qui seront réduits à 1. Les Dominions britanniques auront des voix spéciales : l ou 2, suivant leur importance.
Le Parlement français est rentré en session.
Ebert triomphe à Berlin. La ville est presque toute entière en sa possession. Près de 900 spartaciens ont été capturés. Les indépendants continuent à s'entremettre pour qu'il n'y ait pas de représailles.


La deuxième prolongation de l'armistice



Jeudi 16 janvier
La conférence interalliée a tenu une séance pour élaborer le règlement des travaux.
M. Sasonof est attendu à Paris.
M. Antonin Dubost a été réélu président du Sénat par 98 voix contre 66 à M. de Selves et 13 à M. Doumergue. M. Deschanel a été réélu sans concurrent président de la Chambre. Il a été décidé que M. Wilson serait reçu à la Chambre, où un fauteuil lui serait préparé dans l'hémicycle.
Les soeurs de Liebknecht ont été arrêtées à Berlin. Hindenburg commandera les troupes allemandes de la frontière orientale.
Des troubles ont éclaté à Lisbonne, où le gouvernement se dit maître de la situation. De violents combats ont eu lieu également à Porto.
M. Wilson a envoyé un nouveau message au Congrès en faveur de l'Europe affamée.
Paderewski s'efforce de former à Varsovie un cabinet de fonctionnaires qui durerait jusqu'aux élections de la Constituante. Le général Dombor Muzureki a été nommé généralissime de l'armée polonaise. Il est arrivé à Posen avec son état-major.
La grande-duchesse Charlotte à été admise à prêter serment à Luxembourg en remplacement de la grande-duchesse Adélaïde. La république n'a donc pas été instaurée.




Au cours d'une conférence qui s'est tenue le 16 janvier à Trèves entre le maréchal Foch et quatre délégués allemands, la convention d'armistice entre les deux parties belligérantes a été prolongée d'un mois. La photo du haut montre le général von Winterfeldt. En bas, MM. Erzberger et Vanselow, passent devant le wagon salon. A travers la glace, on aperçoit le maréchal Foch à sa table de travail.

Vendredi 17 janvier
La Conférence de la paix a tenu une nouvelle réunion pour fixer le nombre de voix qui serait attribué à chaque puissance. Il a été établi que le Montenegro serait représenté par un délégué, mais les règlements concernant la désignation de ce délégué ne seront fixés qu'au moment où la situation politique de ce pays aura été éclaircie.
Deux principes généraux ont été adoptés. Chaque délégation forme un tout indivisible. Le nombre des délégués est sans influence sur la position, à la Conférence, des Etats représentés.
La faculté de remplacement est admise dans chaque délégation. Cette faculté permettra à chaque Etat de confier à son gré la défense de ses intérêts aux différentes personnalités qu'il aura choisies.
Le gouvernement luxembourgeois a notifié à la France l'accession au trône de la grande-duchesse Charlotte en faveur de laquelle a abdiqué la grande-duchesse Adélaïde.
Par suite de la démission de M. Nitti, et les autres ministres ayant démissionné collectivement, M.Orlando reconstitue l'ensemble de son cabinet.
La guerre de rues continue à Berlin, bien que moins violente.
L'état de siège a été proclamé dans la République Argentine.
MM. Bratiano et Sasonof sont arrivés à Paris.

Obsèques de Liebknecht Samedi 18 janvier
La Conférence de la paix, saisie des protestations de la presse contre le secret édicté, a décidé de consulter la presse elle-même sur ses revendications.
Au sujet de la Russie, la Conférence à décidé que les gouvernements se communiqueraient les dernières informations qu'ils ont reçues en vue de les examiner en commun.
D'après les journaux italiens, MM. Margilan et Salandra représenteraient l'Italie à la Conférence de la paix.
Une note de notre ministère des Colonies dit que le gouvernement français s'est préoccupé d'assurer au sein de la Conférence de la paix, la défense de nos intérêts coloniaux.
Liebknecht et Rosa Luxembourg , qui avaient été arrêtés à Berlin, ont été tués. Liebknecht aurait été atteint d'une balle à un moment où il essayait de s'enfuir. Rosa Luxembourg a été tuée d'un coup de revolver que lui tira dans la tête un homme grimpé sur l'automobile.
Kautsky a été arrêté, puis remis en liberté.
La Belgique a protesté officiellement auprès de la Conférence contre la répartition qui a été faite des voix à cette Conférence.
M. Clemenceau a demandé et obtenu l'ajournement des interpellations qui avaient trait à la Conférence.
M. Orlando a reconstitué le gouvernement italien.
Une entente est intervenue à Varsovie, entre Paderewski et Pilsudski. Dinowski représenterait la Pologne à la Conférence de la paix.


Dimanche 19 janvier
La Conférence interalliée a été officiellement inaugurée par un grand discours de M. Poincaré, qui a parlé des origines de la guerre, de l'appui donné par la plupart des nations à celles d'entre elles qui luttaient pour le droit, des conditions d'une paix juste et durable et de la Ligue des nations.
Il avait été entendu la veille que la Belgique et le Portugal auraient trois voix à la Conférence au lieu de deux, et que le roi du Hedjaz en aurait également deux.
Les rapports de la Conférence avec la presse avaient été également réglés.
Le gouvernement d'Ebert et de Scheidemann s'efforce de démontrer qu'il n'est pour rien dans la mort de Liebknecht et de Rosa Luxembourg.
Radek continue la lutte à Brunswick.
La Constituante allemande sera convoquée dans la seconde moitié de février, au palais du Reichstag.
Les travaillistes américains sont arrivés à Londres.
La Constituante irlandaise est convoquée pour le 21 à Dublin.
Les garanties constitutionnelles ont été suspendues à Barcelone, où la situation serait inquiétante.
Le cabinet italien comprend cinq membres nouveaux.
D'importants documents accablants pour l'ancien gouvernement austro-hongrois ont été découverts à Sarajevo.

Lundi 20 janvier
M. Clemenceau a été nommé président de la Conférence de la paix, sur la proposition de M. Wilson, Lloyd George et Sonnino. M. Dutasta a été nommé secrétaire général. Les commissions de vérification des mandats et de rédaction ont été désignées.
Les indépendants affirment que Liebknecht et Rosa Luxembourg ont été assassinés. Une très grande agitation se déploie de nouveau dans toute l'Allemagne. Les communistes ont proclamé la grève générale à Berlin. Des grèves tumultueuses ont éclaté à Hambourg et à Leipzig, en guise de protestation contre le meurtre de Liebknecht et de Rosa Luxembourg.
Le ministère italien s'est complété.
Le parti socialiste suisse refuse d'organiser la conférence socialiste internationale qui avait été prévue.
Les troupes serbes et tchèques ont opéré leur jonction en Hongrie occidentale.
L'Allemagne mobilise deux corps d'armée contre la Pologne.

Mardi 21 janvier
Des conversations ont eu lieu entre les présidents du Conseil et les ministres des Affaires étrangères des grandes puissances au quai d'Orsay. La question russe, en particulier, y a été traitée.
La commission de vérification des pouvoirs a tenu une première séance.
M. Bourgeois a conféré avec le président Wilson au sujet de la Société des nations.
Les premiers résultats des élections allemandes donnent la majorité à Scheidemann dans l'agglomération berlinoise. Les indépendants ne viendraient qu'en troisième ligne. On ignore encore où siégera l'Assemblée nationale. Des troubles graves ont éclaté à Hambourg. La troupe a tiré. Il y a des morts et des blessés. Des mandats d'arrêt ont été lancés contre les chefs spartaciens qui n'ont pas encore été capturés, et notamment contre l'ex-préfet de police Eichhorn, sous l'inculpation d'excitation au meurtre et au pillage.
Le plus jeune fils du roi d'Angleterre, John-Charles-Francis, né le 12 juillet 1905 est mort à Sandringham. Par suite de ce deuil, le voyage que le prince de Galles devait faire prochainement en France a été remis.
Une division française est attendue à Anvers.
Le nouveau cabinet polonais, présidé par Paderewski, annonce qu'il défendra énergiquement la frontière et qu'il s'efforcera d'établir au plus tôt des relations avec les Etats alliés vainqueurs.
La poste par avions a été inaugurée entre Bruxelles et Paris.
Les bolchevistes ukrainiens ont décrété leur rattachement au gouvernement des soviets. Un nouveau récit de la mort du tsar a été publié.

Mercredi 22 janvier
La Conférence interalliée, officieusement réunie, a entendu M. Noulens, ambassadeur de France, et M. de Seavenius, ministre danois à Petrograd, sur les affaires de Russie. L'un et l'autre ont exprimé cette idée qu'une intervention interalliée était indispensable en Russie.
Les Dominions britanniques ont désigné leurs délégués à la Conférence. Le cinquième délégué de la Grande-Bretagne sera le premier ministre de Terre-Neuve.
M. Wilson, reçu au Sénat, a exprimé son affection pour la France, en réponse au discours que M. Antonin Dubost lui adressait.
M. Gustave Ador, président de la Confédération helvétique est arrivé à Paris. Il vient traiter avec les chefs d'Etats alliés un certain nombre de questions économiques qui intéressent son pays.
Les élections allemandes donnent, jusqu'ici, une majorité relative aux social-démocrates majoritaires, mais les démocrates ont également obtenu beaucoup de voix. Les minoritaires, jusqu'à présent, n'ont recueilli des chiffres importants de suffrages qu'à Berlin, à Brunswick et à Francfort-sur-Mein.
On publie le texte du projet de Constitution allemande qui prévoit un président élu par le peuple pour sept ans, des ministres responsables, un Reichstag composé de deux Chambres, dont l'une représentera plus spécialement les Etats allemands.
Le général Denikine a été reconnu par les autres généraux comme généralissime dans le Sud russe.
Un mouvement royaliste s'est produit au Portugal. Ce gouvernement a fait appel à toutes les fractions républicaines et il se dit sûr de l'emporter. L'ex-roi Manoel réprouverait ces menées. Mais un cabinet royaliste, sur les suggestions du leader monarchiste Païva Conceiro, qui avait fait déjà plusieurs vaines tentatives, a été formé à Oporto. La monarchie a été proclamée non seulement dans cette ville, qui passait jadis pour un foyer de républicanisme, mais aussi à Valença de Minho, et ailleurs.
M. Tamagnini Barbosa, président du Conseil portugais, qui s'était rendu à Porto, dans des conditions un peu suspectes, serait devenu ministre de la Guerre de la restauration. Une note dit, que capturé par les insurgés, il a dû passer un compromis avec eux. On ignore encore si le mouvement s'accomplit en faveur de l'ex-roi Manoel ou du prétendant don Miguel.
Une note spécifie les conditions dans lesquelles la marine marchande allemande passera aux mains des Alliés.
Une constituante provoquée par le parti Sinn Feiner d'Irlande s'est réunie à Dublin. Elle a lancé une proclamation et désigné ses délégués à la Conférence de la paix.
Les Esthoniens ont repris Narva sur les bolchevistes. Trotski, qui était parmi ces derniers, est en fuite.

Jeudi 23 janvier
Les présidents du Conseil et les ministres des Affaires étrangères des grandes puissances ont tenu une nouvelle réunion pour délibérer des affaires russes, à la suite de la déposition de M. Scavenius. Celui-ci a prononcé un véhément réquisitoire contre le gouvernement bolcheviste et s'est déclaré en faveur d'une intervention rapide de l'Entente.
La Conférence s'est occupée également de la procédure de ses travaux.
M. Wilson, qui devra retourner aux Etats-Unis, va se désigner un suppléant à la conférence. Ce serait M. Taft, ancien président de la République, où M. Elihu Root, ancien secrétaire d'Etat, tous deux républicains.
Les résultats connus des élections allemandes continuent à donner l'avantage aux majoritaires, les indépendants, n'ayant que peu de sièges. La Constituante, d'après les dernières décisions des mandataires du peuple, se réunira à Weimar.
Paderewski, devenu président du Conseil à Varsovie, a fait arrêter un certain nombre de bolchevistes.
Un dépôt de munitions allemandes a explosé près de Gand.
Les délégués socialistes français ont eu un entretien à Bruxelles au sujet de la conférence internationale, avec le parti ouvrier belge.

Vendredi 24 janvier
La conférence de la paix à décidé que tous les partis russes seraient entendus, par l'intermédiaire de leurs délégués, le 15 février aux îles des Princes, dans la mer de Marmara. Elle a adopté à cet égard une proposition du président Wilson, qui est très développée, qui exprime le désir des puissances alliées de voir l'ordre se restaurer en Russie, mais qui, en même temps, affirme leur propos de ne pas intervenir dans les affaires intérieures de ce pays.
Une délégation des chancelleries de l'Entente se rendra aux îles des Princes, qui se trouvent dans la mer de Marmara, à une trentaine de kilomètres de Constantinople.
Une mission d'enquête sera, d'autre part, envoyée en Pologne, composée de quatre militaires et de quatre civils, un militaire et un civil pour chacun des Etats suivants : France, Angleterre, Amérique, Italie.
Le bruit court que Trotski, à la suite de l'échec de l'armée rouge à Narva, aurait donné l'ordre d'évacuer Petrograd.
On connaît les résultats définitifs des élections allemandes. Sur 421 sièges, les socialistes majoritaires en ont 164 et les indépendants 24. Le Centre vient ensuite avec 88, puis les démocrates, avec 77.
L'ex-roi Manuel déclare qu'il est à la disposition du peuple portugais.

Samedi 25 janvier
La Conférence inter-alliée a décidé d'inscrire à l'ordre du jour de la Conférence plénière la législation internationale du travail, les responsabilités de la guerre, la réparation des dommages, le régime international des ports, voies d'eau et voies ferrées. Elle a commencé l'étude de la méthode de travail à appliquer au règlement des questions territoriales. Il a été décidé que se réunirait le Conseil supérieur de guerre, et que le maréchal Foch, le maréchal Haig et le général Diaz y assisteraient ainsi que les représentants militaires à Versailles des puissances alliées et associées.
Les délégués britanniques (Angleterre et Dominions) ont tenu séance à l'hôtel Majestic.
Trotski aurait donné ordre d'évacuer Petrograd, mais, d'autre part, on annonce qu'il aurait été fait prisonnier à Narva. Les bolchevistes ont subi une autre défaite en Lithuanie, où ils auraient laissé 6500 prisonniers. Par contre, ils ont pris Orenburg, dans l'0ural méridional, coupant les communications entre Denikine et Koltchak.
On ignore encore si le siège de la Constituante allemande sera Weimar ou Dresde. Les Spartaciens déclarent qu'ils empêcheront cette Constituante de se réunir.
L'empereur de Corée est mort.
Porto a été bombardée par les canonnières restées fidèles aux gouvernement de Lisbonne.
Le Conseil général de Barcelone a élaboré un projet d'autonomie catalane.
On dément qu'un attentat ait été commis contre Paderewski.
Le gouvernement allemand dit que l'or de la Banque d'Empire a été transféré dans l'Allemagne du Sud.

Patrouilleurs de la Garde rouge sur Unter den Linden Dimanche 26 janvier
La Conférence inter-alliée a publié une note pour dire que l'occupation par la violence ne constituerait pas un titre en faveur des gouvernements qui y recourraient et pour les inviter, par suite, à y renoncer. On les engage à porter purement et simplement leurs revendications devant les missions réunies.
La conférence a prié M.Pichon de préparer les instructions à remettre aux délégués en Pologne. Le général Barthélemy sera le délégué militaire français.
Les délégués des Dominions britanniques ont exposé devant elle leurs points de vue concernant les colonies allemandes. On sait que, jusqu'ici, ils ont exprimé la pensée que ces colonies ne devaient pas revenir a leur ancienne métropole.
M.Borden, premier ministre du Canada, les premiers ministres de Terre-Neuve, d'Australie, de Nouvelle-Zélande et du Cap ont été entendus.
Le Conseil de guerre interallié a chargé une commission de statuer sur les effectifs à retenir mobilisés.
Le gouvernement a réquisitionné les tramways, autobus et Métropolitain de Paris dont le personnel était en grève.
Le gouvernement portugais déclare qu'il est maître de l'insurrection royaliste à Lisbonne. A Porto, la lutte se poursuit.
De nouveaux troubles spartakistes ont éclaté à Berlin et à Hambourg.


Lundi 27 janvier
La conférence de la paix, en réunion plénière interalliée, a entendu M.Wilson, Lloyd George, Léon Bourgeois et Orlando sur la Société des Nations. Une assez vive discussion s'est alors élevée, les représentants des petites puissances demandant la faculté d'envoyer aux commissions un nombre de délégués plus considérable que celui qui leur était assigné. Finalement l'accord s'est fait, et les grandes puissances ont désigné immédiatement leurs représentants : deux par puissances.
Les bolchevistes ont télégraphié à leur délégué à Stockholm, Vorovski, pour lui demander des informations sur la proposition qui leur a été adressée par T.S.F. d'envoyer des mandataires a l'île des Princes. Ils font des réserves sur le choix du lieu et aussi sur diverses stipulations du message. Par contre, M. Vorovski laisse entendre que les bolchevistes seront enchantés d'aller au rendez-vous.
Les préparatifs se poursuivent à Weimar pour la réception de l'Assemblée Constituante. Le régime constitutionnel préconisé par les mandataires du peuple provoque des protestations très vives dans l'Allemagne du Sud et aussi à Berlin.
Le mouvement royaliste semble avoir définitivement échoué au Portugal. Les chefs se sont réfugiés en Espagne. Un gouvernement de concentration républicain se formerait à Lisbonne.

Mardi 28 janvier
La Conférence inter-alliée des grandes puissances a tenu une séance où elle a discuté la question des colonies allemandes et examiné les décisions à prendre au sujet de la Pologne.
L'après-midi, les délégués des dix-neuf puissances secondaires se sont réunis pour choisir ceux d'entre eux qui les représenteraient aux commissions.
La Chine proteste contre la part de représentation qui lui a été attribuée. Elle estime que son concours n'a pas été suffisamment récompensé.
Le président Wilson a visité Reims et le fort de la Pompelle. Il a constaté sur place les ravages faits par l'artillerie allemande dans la grande cité champenoise.
Le gouvernement portugais annonce qu'il a remporté une victoire absolue sur les agitateurs royalistes. Mais, d'autre part, il annonce la démission du cabinet que présidait M.Tamagnini Barbosa.
Le roi Pierre 1er de Serbie a eu une nouvelle attaque d'apoplexie. Le prince régent Alexandre s'est transporté auprès de son père.
Les Tchèques ont pris Oderberg qui leur était disputé par les polonais.
Deux aviateurs ont traversé la Méditerranée en 4h 20, de Marseille à Alger.
Les bolchevistes ont subi une nouvelle défaite près de Kowno. On annonce que le général Broussilof, qu'on donnait pour mort, est en bonne santé, à Moscou.
Mlle Wilson est attendue à Bruxelles.
La reconstruction de Louvain a commencé.
Le gouvernement helvétique a prévu des mesures très strictes en vue de la conférence socialiste internationale de Berne.


La garde alliée dans les neiges de Russie


Mercredi 29 janvier
La Conférence interalliée a tenu deux séances.
Dans celle du matin, la question des colonies allemandes d'Afrique devait être envisagée : elle a été ajournée. 0n s'est borné à discuter des questions de procédure.
La séance de l'après-midi à laquelle M. Lou, ministre des Affaires étrangères de Chine, avait été convoqué, a examiné le problème des colonies allemandes d'Extrême-Orient (Kiao-Tchéou et Papouasie). M. Lou a été entendu ainsi que les délégués japonais.
Cependant, dans un autre salon, les délégués des dix-neuf puissances secondaires, réunis sous la présidence de M. Jules Cambon, procédaient à l'élection de leurs délégués dans les différentes commissions. Ils rendaient un hommage particulier à la Belgique, et demandaient que leur représentation dans ces commissions fût augmentée.
M. Noulens a été nommé délégué civil de la France à l'enquête qui va se poursuivre en Pologne. Le général Niessel sera notre délégué militaire.
Les bolchevistes continuent à discuter la proposition de l'Entente, qui tend à la réunion d'une conférence des collectivistes russes à Prinkipo. Ils disent qu'ils ne veulent pas tomber dans un piège, mais qu'ils n'opposeront pas de refus systématique. Ils ont été battus en Esthonie, mais ont obtenu un avantage près d'Arkhangel et ils accusent des progrès dans l'0ural et dans la région d'Odessa.
Un cabinet nouveau a été formé à Lisbonne, à la suite de l'échec des royalisyes. M. Jose Relvan, qui n'appartient à aucun parti a été nommé président du Conseil. On continue à incarcérer les chefs monarchistes.
Guillaume II aurait demandé à rentrer en Allemagne. Il a été décidé que l'assemblée nationale allemande nommerait un président de la République provisoire.
Un grand débat sur les revendications catalanes s'est ouvert aux Cortès de Madrid. Le Président du Conseil, comte Romanones, a répondu très vivement au chef du catalanisme, M. Cambo.
La Chambre française a autorisé le gouvernement a accorder des sursis militaires dans des conditions déterminées.
Les Polonais et les Tchéco-Slovaques demeurent aux prises et des batailles ont en lieu.
On annonce que Petlioura, généralissime en Ukraine, a réuni 50.000 hommes contre les bolchevistes.
La rentrée du Parlement anglais est fixée au 4 février.
M. Wilson partira pour les Etats-Unis le 12 février.
Les opérations du général Lyautey continuent au Tafilalet.
Le régent de Serbie est parti pour la France.
On annonce que Trotsky serait à Vienne.
Nos troupes ont occupé une nouvelle tête de pont dans l'ancien grand-duché de Bade.




Sur les rives glacées de la Dvina comme sur la Marne, les armées américaines se retrouvent coude à coude avec nos invincibles soldats. Cette fois, il s'agit de préserver notre civilisation de l'explosion de barbarie qui ravage la Russie. La photo du haut montre, dans un secteur américain de la voie ferrée Arkhangel à Vologda, une pièce de 155 servie par des artilleurs russes. A gauche, un artilleur américain en casque. Le bas représente le secteur français voisin : des mitrailleurs attendent l'ordre d'entrer en action.


Jeudi 30 janvier
La Conférence interalliée a tenu deux réunions.
Dans la première, il a été question des colonies allemandes d'Extrême-Orient et du Pacifique. Dans la seconde, on a traité des colonies allemandes d'Afrique.
Les représentants des Dominions assistaient aux deux séances. Celui de la chine, M. Lou, a pris la parole à la séance du matin où est venue la question de Kiao-Tchéou. Le Japon veut bien rétrocédé cette localité à la Chine, mais la Chine prétend que Kiao-Tchéou lui soit-rendue directement par l'Entente.
L'après-midi, M. Henry Simon, ministre français des Colonies, a exposé en détail les vues du gouvernement de la République. Il a traité particulièrement des problèmes du Togo et du Cameroun.
Le marquis Salvago Ruggi, ex-ambassadeur d'Italie à Paris, et l'un des spécialistes de la Péninsule en matière coloniale, a formulé les desiderata de son pays dans l'Afrique du Nord et de l'Est pour le cas où l'ancien équilibre colonial africain serait modifié.
Les délégués américains ont développé la thèse de la remise de certaines colonies allemandes à la Société des nations. Celle-ci en confierait l'administration et la gestion à telle ou telle grande puissance.

Vendredi 31 janvier
La Conférence interalliée a tenu deux séances. Dans celle du matin, elle a entendu la délégation polonaise, composée de MM. Dmowski et Piltz, qui ont fait un exposé général de la situation et des revendications polonaises.
Dans celle de l'après-midi, la délégation tchéco-slovaque, composée de MM. Kramarcz et Benès, a exposé son point de vue sur le bassin industriel de Silésie, intermédiaire entre la Bohême et la Pologne.
La Conférence s'est efforcée d'arbitrer le conflit pendant entre le gouvernement de Varsovie et celui de Prague. En novembre, un arrangement avait été passé entre eux, aux termes duquel ils devaient s'en remettre à une consultation populaire du soin de régler le problème territorial, mais une collision armée s'est produite les 23 et 24.
Les Polonais font valoir que la population de la Haute-Silésie est en majorité polonaise; les Tchéco-Slovaques allèguent que la possession du bassin houiller de Teschen est indispensable à leur vie industrielle.
Les délégués des puissances à l'enquête qui doit avoir lieu en Pologne sont nommés. Le général Botha, délégué militaire britannique, aura, croit-on, une position de tout premier plan.
Le gouvernement d'Arkhangel a fait savoir qu'il n'accepterait pas d'envoyer des mandataires à la conférence de Prinkipo. Le général Denikine, de son côté, a formulé les plus vives réserves. On croit donc que la Conférence interalliée révisera la décision qu'elle a prise.
M. Taft remplacera M. Wilson à la Conférence.
Les Etats-Unis ont interdit l'immigration pendant quatre ans.
Nos troupes ont occupé la tête de pont de Strasbourg.