Vendredi 1 janvier 1915
Duel d'artillerie en Flandre ; en Champagne, au nord de Sillery, l'ennemi fait sauter deux de nos tranchées; mais au nord de Mesnil-les-Hurlus, nous atteignons les tranchées de sa seconde ligne de défense; dans la même région, nous gagnons du terrain près de la ferme de Beauséjour. En Champagne toujours et plus à l'est, notre artillerie disperse des rassemblements allemands; progrès dans le bois de Mortmare, entre Meuse et Moselle; prise de la moitié du village de Steinbach, en Haute-Alsace, où le combat se livre de maison à maison.
Au surplus, le communiqué de l'état-major de Berlin reconnnaît que la situation de l'armée allemande devient difficile et la grande presse de Berlin publie des articles dans le même sens.
Les Taubes ont lancé dix-sept bombes sur Dunkerque sans atteindre aucun des bâtiments militaires qui étaient visés.
Une torpille française a touché devant Pola le dreadnought autrichien Viribus Unitis qui a été endommagé.
Le président américain Wilson commente, dans une déclaration à la presse, la note qu'il a fait remettre au cabinet de Londres au sujet de la liberté des mers. Il dit qu'il ne demande pas à l'Angleterre des concessions impossibles, mais seulement quelques concessions. La presse anglaise, de son côté, dit que l'incident ne laissera aucune trace dans les rapports anglo-américains.
M. Venizelos prononçant un discours à la Chambre d'Athénes, a affirmé que la Grèce pouvait faire face à toute éventualité.


 


Samedi 2 janvier
Les Allemands ont canonné vainement le village de Saint-Georges près de Nieuport. Notre artillerie prend un avantage marqué dans la Somme et en Champagne. Vive action en Argonne où les ennemis ont gagné quelques mètres; ils ont été durement refoulés par nous entre Meuse et Moselle. Nous progressons dans le village de Steinbach.
La région des quatre rivières en Pologne a été décidément fatale aux corps de Hindenburg qui se sont obstinés à les franchir. Ils ont laissé, paraît-il, 200.000 hommes sur la Bzoura. Les Autrichiens étant anéantis, toute une armée russe a pu passer les Carpathes et se déverser dans la plaine hongroise.
Le cuirassé anglais Formidable, lancé en 1901 et jaugeant 15000 tonnes, a sauté en Manche sur une torpille. 199 hommes ont été sauvés sur un équipage d'environ 900.
Guillaume II, dans une proclamation à son armée, reconnaît que la situation est sérieuse.
L'Autriche a demandé deux corps allemands pour protéger la Bosnie contre une invasion serbe; par contre, elle envoie en Flandre deux corps de ses Slaves du sud.
L'officier aviateur anglais Hewlett qui commanda le raid des hydravions sur Cuxhaven et qui avait disparu, a été retrouvé à bord d'une barque hollandaise qui est rentrée dans le port d'Ymunden.


 


Dimanche 3 janvier
Combat d'artillerie très vif sur les dunes à Nieuport et à Zonnebeke, en Flandre; combats d'artillerie également dans le Pas-de-Calais et la Somme, où nous bouleversons des tranchées ennemies; nous dispersons des rassemblements allemands au nord de l'Aisne et nous nous installons sur le plateau de Nouvron. Nous progressons en Champagne, au nord-est de Mesnil-les-Hurlus - et aussi dans le bois Le Prêtre en Woëvre. Dans les Vosges, nous repoussons les Allemands près de Badonvillers; nous réalisons une nouvelle avance à Steinbach en Alsace.
Le bulletin de l'état-major russe permet de constater l'amélioration continue de la situation de nos alliés, tant en Pologne qu'en Galicie.
Six nouvelles armées, avec dix-huit corps au total, sont en préparation en Angleterre.
Une crise ministérielle a éclaté en Bulgarie, où le parti austrophile réclame une participation au pouvoir.
Les Roumains se livrent à toute une série de manifestations en faveur de l'Italie, de la France et de la Russie.
L'anarchie s'aggrave en Albanie mais bien que sollicitée par les habitants de Durazzo d'occuper cette ville, comme elle a occupé Valona, l'Italie s'y refuse. Cette prudence n'empêche pas la presse de Vienne de proférer des menaces à l'adresse du cabinet de Rome.

Lundi 4 janvier
L'ennemi se montre beaucoup moins actif en Flandre et dans la région du nord de la France.
Entre Oise et Aisne, nous démolissons divers ouvrages allemands très gênants pour nous; combat d'artillerie près de Craonne; progrès à Perthes-les-Hurlus; refoulement de colonnes allemandes à Beauséjour et dans le bois de la Grurie, en Argonne; canonnade près de Verdun et sur les Hauts-de-Meuse; avance au nord-ouest de Pont-à-Mousson et dans la vallée de Celles (Vosges); consolidation des positions acquises près de Thann.
La disette se fait de plus en plus sentir outre-Rhin. Le bourgmestre de Dusseldorf invite la population à ne pas gaspiller les vivres qui sont en sa possession; l'autorité militaire tâche de se procurer du cuivre en démontant toutes les installations industrielles qui en usent.
Une lutte acharnée, et qui rappelle celle du nord de la France, se livre entre russes et allemands le long de la Bzoura en Pologne. Des tranchées profondes ont été établies de part et d'autre.
Le général russe Radko Dmitrieff qui commande l'armée près de Cracovie, a capturé 22500 ennemis du 15 au 30 décembre. L'Autriche avoue avec réticences la défaite de son armée des Carpathes. Le gouverneur de Trieste, le prince de Hohenlohe, s'est enfui avec les fonctionnaires de la ville, craignant un bombardement.
M. Root, ancien secrétaire d'Etat américain, propose au Sénat de Washington de modifier, en faveur des Belges, les lois sur l'immigration, afin qu'ils trouvent plus aisément un asile aux Etats-Unis.


 
CARTE DE RATIONNEMENT 


Mardi 5 janvier
Notre artillerie prend un avantage marqué entre Oise et Aisne,en Champagne et sur les Hauts-de-Meuse; nous n'avons pas réussi à prendre Boureuilles, près de Montfaucon en Argonne, mais Steinbach, après un combat de plusieurs jours et livré pas à pas, nous appartient tout entier.
La flottille anglaise a bombardé Zeebrugge sur la mer du Nord.
Les Russes déclarent que la bataille des quatre rivières s'est terminée à leur avantage. Les Allemands se sont repliés; les Autrichichiens ont livré les débouchés de la Hongrie aux armées du tsar qui, cette fois, s'y répandent, méthodiquement.
On annonce que le général Potiorek qui fut écrasé par les Serbes à Valievo et à Ouchitsé le mois dernier, va être déféré à un conseil de guerre. Nombre de généraux sous ses ordres ont été relevés de leur commandement.
Trois navires de guerre italiens ont bombardé la ville de Durazzo, capitale de l'Albanie. Les insurgés albanais, aprés avoir refoulé les troupes d'Essad pacha, réclamaient qu'on leur livrât les ministres de France et Serbie.
Les cérémonies funèbres qui ont eu lieu à Rome en l'honneur de Bruno Garibaldi, mort sous notre drapeau, en Argonne, ont provoqué des démonstrations franco-italiennes très significatives.
L'agitation grandit contre les Allemands à Constantinople et le gouvernement turc, tombé sous la tutelle germanique, a mis ses archives en lieu sûr, sur le littoral d'Asie.

Mercredi 6 janvier
L'état du terrain n'empêche pas notre infanterie de progresser en face de Nieuport et de Saint-Georges, où nous gagnons plusieurs centaines de mètres et enlevons des éléments de tranchées.
A l'ouest de Lens, nous avons contraint l'ennemi à arrêter ses travaux de sape. Les Allemands ayant fait sauter et pris une de nos tranchées sur la route de Lille, nous l'avons immédiatement reprise.
Notre artillerie domine de plus en plus l'artillerie allemande en Champagne et sur les Hauts-de-Meuse.
Succès pour nous en Alsace, où nous avons pris un village près d'Orbey, au delà du col du Bonhomme. Notre grosse artillerie bat avec avantage les abords de Mulhouse.
Les Russes ont forcé les Allemands en Pologne à modifier complètement leur dispositif de combat. Ils les ont repoussés près de Mlava; ils ont capturé un détachement d'Autrichiens au col d'Ujok dans les Carpathes. Si la terreur règne à Budapest, l'inquiètude sévit à Vienne que menace la famine.
L'armée russe du Caucase, après avoir infligé deux échecs aux Turcs à la frontière d'Arménie, leur a capturé tout un corps d'armée, celui d'Erzeroum (9eme corps) et en poursuit un autre (le 10eme), qui est en très mauvaise condition. Enver pacha est en fuite. L'auteur directement responsable de cette défaite,-il marchait avec les 9e et 10e corps - est le chef de la mission militaire allemande, le général Liman von Sanders.
Un second fils de Ricciotti Garibaldi a été tué dans nos rangs.


Jeudi 7 janvier
Les attaques ennemies sont repoussées dans les dunes de Nieuport et de Saint-Georges.
Nos batteries réduisent les batteries allemandes au silence dans la vallée de l'Aisne et dans le secteur de Reims. Notre infanterie a progressé d'une centaine de mètres au nord-ouest de cette ville.
Combats à notre avantage dans l'Argonne (bois de la Grurie, Fontaine-Madame, ravin de Courtechausse, où nous faisons sauter 800 mètres de tranchées) et aussi aux alentours de Pont-à-Mousson. Nous maintenons nos positions en Haute-Alsace et progressons même légèrement dans la direction d'Alltkirch.
L'armée russe de Galicie a conquis en totalité la Bukovine. L'armée russe du Caucase poursuivant le 10è corps turc, après la capture du 9e, l'a presque complètement anéanti.
Lors Kitchener, le ministre britannique, a expliqué la situation à la Chambre des lords et l'a présentée comme bonne sur tous les fronts.
Bruno Garibaldi a été inhumé à Rome au milieu d'un grand concours de population.
La Roumanie continuant ses préparatifs militaires a rappelé ses réservistes de l'étranger.
La persécution contre les Grecs, dans l'Asie Mineure se développe de jour en jour.
Guillaume II a décidé que son état-major et lui-même mangeraient désormais du pain de guerre, afin de donner l'exemple. La disette augmente en Allemagne.


Vendredi 8 janvier
Combats d'artillerie entre la mer et la Lys. Des avions allemands sont mis eu fuite à Dunkerque.
Aux abords de Lille une attaque ennemie est vigoureusement repoussée, et les ouvrages allemands sont démolis par nos ohus. Combats d'artillerie entre Somme et Aisne, en Argonne, à l'ouest et au nord de Verdun. Progression de nos troupes au nord-ouest de Flirey en Woëvre. A Steinbach (Haute-Alsace), nous conservons toutes nos positions; dans cette même région, à Watwiller et à Kolschlag, nous refoulons deux contre-attaques; nous arrivons à quatre kilomètres d'Alltkirch et l'ennemi se venge de notre cheminement en bombardant l'hôpital de Thann.
Le gouvernement français publie un rapport officiel sur les atrocités commises par les troupes allemandes dans les départements envahis. Ce rapport est un document qui voue à tout jamais nos adversaires à la honte et à l'exécration du monde.
L'état-major autrichien fait fortifier Vienne, comme si cette capitale était destinée à subir un siége prochain. Le désarroi règne d'ailleurs dans la ville, comme dans la capitale hongroise qui est encore plus directement menacée.
Plusieurs journaux de Rome annoncent que l'intervention italienne pourrait se produire à très bref délai. Ils relèvent des velléités d'agression de l'Autriche contre la Péninsule.
M.Sasonof, Ministre russe des Affaires étrangères, a fait une importante déclaration. Il indique que l'Italie risquerait d'intervenir trop tard si elle ajournait encore sa décision, et fait appel aussi à la Roumanie; il exprime le voeu que l'accord des Balkaniques se realise au plus tôt.


 
Carte postale de 1915

On y voit l'Italie, encore neutre, courtisée assidûment par les cinq puissances bélligérantes 



Samedi 9 janvier
Violente canonnade en Flandre et autour d'Arras; nous gagnons du terrain à Lombaertzyde, Saint-Georges et Steenstrate. Nous poussons également notre ligne en avant du côté de la Boisselle. Au nord de Soissons, nous enlevons une redoute et deux lignes de tranchées, et refoulons toutes les contre-attaques. Dans le secteur de Reims, nous faisons sauter un Blockhaus et nous avançons de 200 mètres; nous livrons, près de Bétheny, un violent combat qui coûte beaucoup plus cher à nos adversaires qu'à nous mêmes; entre Jonchery-sur-Suippe et Souain, nous bouleversons des tranchées allemandes. Les rencontres à la baïonnette se renouvellent dans l'Argonne, sans que notre front soit modifié. Nous acquérons des résultats importants en Haute-Asace; reprise du fameux mamelon 425 tout entier au-dessus de Thann; occupation de Burnhaupt-le-Haut; progression vers le Kahlberg et Pont-d'Aspach.
Les Russes ont pénétré en Transylvanie, et toutes les passes des Carpathes qui conduisent en Hongrie leur sont d'ailleurs maintenant ouvertes. Les autrichiens, dans leur bulletin officiel, reconnaissent nettement qu'ils ont dû battre en retraite devant la supériorité des forces qui leur sont opposées.
Lord Haldane, le grand chancelier anglais, a déclaré aux lords que le gouvemement britannique n'hésitetait pas a établir l'obligation du service militaire, si la nécessité s'en faisait sentir.
La Perse vient de lancer un ultimatum à la Turquie, à raison des empiétements que les troupes ottomanes ont accomplis sur son territoire.
Sept princes allemands ont déjà été tués au cours de la guerre.
L'Italie continue à réclamer satisfaction de la Porte au sujet de l'incident d'Hodeidah.
L'échec de M. de Bulow n'est plus nié par personne.

Dimanche 10 janvier
Succès français dansla région de Soupir, où nous enlevons un point culminant, que l'ennemi essaie vainement de reprendre par toute une série de contre-attaques. L'artillerie ennemie est réduite au silence au sud de Laon et de Craonne. A une attaque allemande, près de Perthes-les-Hurlus, nous ripostons par une autre offensive qui nous livre le village et l'une des hauteurs environnantes : de ce côté une étendue de 500 mètres a été gagnée.
Entre Reims et l'Argonne, notre artillerie inflige à nos adversaires des pertes sensibles. Progrès pour nous en Woëvre (Flirey, bois d'Ailly, bois le Prêtre). Nos positions sont maintenues à Cernay, en Haute-Alsace, mais les Allemands ont réoccupé Burnhaupt-le-Haut au prix de pertes considérables.
Sur le front oriental, les combats que Hindenburg a livrés en Pologne, au début de janvier, lui auraient coûté plus de 100.000 hommes en très peu de temps. L'objectif de Varsovie s'éloigne de plus en plus devant lui. Et une nouvelle classe russe, 1.200.000 hommes, est prête à rejoindre le front.
Un comité secret s'est constitué à Budapest pour préconiser l'indépendance de la Hongrie au prix d'une paix séparée avec la Russie, la Serbie et la Roumanie dont les préparatifs inquiètent les Magyars. A Trieste règne la disette.
On annonce que l'Italie va lancer un ultimatum à la Turquie, qui retarde toujours, en dépit de ses promesses, le règlement de l'incident d'Hodeidah.
Enver pacha a disparu et l'agitation grandit à Constantinople contre la tutelle teutonne.
Des signes de refroidissement sont notés entre Guillaume II et les souverains de l'Allemagne du Sud, mécontents des défaites subies et des pertes éprouvées par leurs contingents.
Essad pacha rentre dans Durazzo.


Lundi 11 janvier
Duels d'artillerie dans le Nord et la Somme. Au nord de Soissons, l'ennemi a vainement essayé de reprendre les tranchées qu'il avait perdues : il s'est vengé de ses échecs en bombardant encore, à longue portée, la ville de Soissons.
En Champagne, nos canons atteignant les avant-postes ennemis, ont empêché les travailleurs d'y creuser les tranchées. Nous avons dispersé aussi de nombreux groupes. En même temps nous organisions nos nouvelles positions à Perthes-les-Hurlus et nous enlevions un fortin aux abords de la ferme de Beauséjour.
En Argonne, nous avons détruit un blockhaus et empêché les allemands de s'établir sur la colline boisée qui domine Boureuilles.
En Alsace, nous avons obtenu un succès à Wattwiller, près de Thann, en refoulant une offensive.
Douze taubes ont lancé des bombes sur Dunkerque et sa banlieue immédiate, faisant quelques victimes.
De nouvelles attaques allemandes ont été repoussées par les russes en Pologne. En Hongrie, les forces autrichiennes se replient devant les troupes du tsar.
50000 turcs ont été tués au cours des récents combats du Caucase.
L'Angleterre a remis sa réponse au gouvernement américain au sujet de la liberté du commerce maritime et du régime des ports. Cette note est conçue sur un ton modéré et amical et s'efforce de concilier les intérêts en présence.
On dément la signature d'un accord italo-serbe au sujet du débouché de la Serbie sur l'Adriatique.
Une grande manifestation patriotique et irrédentiste a eu lieu à Bucarest.
Lord Rosebery s'est prononcé en faveur du service militaire obligatoire en Angleterre.




Mardi 12 janvier
Dans la région d'Ypres, notre artillerie a bombardé efficacement celle de l'ennemi et détruit des tranchées. Entre Lys et Oise, nous avons pris une tranchée près de la Boisselle. Au nord de Soissons, nous avons progressé après avoir repoussé une attaque allemande : nous sommes solidement établis sur un éperon dominant. Duels d'artillerie en Champagne; au nord de Perthes, nous avons encore saisi quelques tranchées, dessinant nettement notre offensive; prés de Beauséjour, de nouvelles contre-attaques allemandes ont été refoulées par nous. En Argonne et sur les Hauts-de-Meuse, aucun incident sérieux; dans les Vosges, on ne peut signaler qu'un léger bombardement de Vieux-Thann et des hauteurs de Steinhach par les Allemands.
Les avions germaniques ont vainement essayé d'atteindre la côte anglaise; toutes les mesures y avaient d'ailleurs été prises pour les recevoir.
Les réservistes roumains sont décidément convoqués : trois classes pour le 23, et trois classes pour le 29.
Les combats en Pologne continuent à étre défavorables aux Allemands qui s'obstinent toujours à reprendre l'offensive aux mêmes endroits.
Le roi Albert I a protesté auprès du pape contre le traitement infligé au cardinal Mercier.
M. Ramsay Mac Donald, l'un des chefs du parti ouvrier anglais, a exprimé l'avis que la Grande-Bretagne devrait introduire chez elle le service militaire obligatoire.
La presse américaine se montre satisfaite de la réponse de l'Angleterre au sujet de la liberté du commerce dans l'Océan.
Le bourgmestre de Dortmund, après beaucoup d'autres, invite les Allemands à restreindre leur consommation de denrées alimentaires, afin d'éviter la disette.


Vendredi 13 janvier
Des combats très vifs ont eu lieu sur l'Aisne. Au nord de Soissons, les Allemands cherchent à reprendre les tranchées et les points dominants que nous leur avons enlevés - mais toutes ces offensives ont été repoussées. Les duels d'artillerie se sont renouvelés entre Soissons et Reims; mais il y a eu un véritable corps à corps près de Perthes, dans un fortin situé au nord de la ferme Beauséjour.
Deux offensives ennemies ont été refoulées sur les Hauts-de-Meuse, l'une au bois de Consenvoye, l'autre au bois le Bouchot.
Un de nos détachements a mis en fuite une compagnie allemande à Saint-Sauveur, au sud de Cirey-sur-Vezouze.
La flotte russe qui croise dans la mer Noire empêche la Turquie d'envoyer des renforts et des approvisionnements à l'armée du Caucase.
Les Allemands arrêtent dans le district de Lodz les enfants de onze à seize ans.
L'émission des bons français du Trésor de 250 millions de francs a été couverte plusieurs fois à Londres.
Les obsèques de Constantin Garibaldi ont eu lieu à Rome, parmi un grand concours de population.


Jeudi 14 janvier
Notre artillerie tire efficacement sur les ouvrages ennemis près de Nieuport et d'Ypres.
Un violent combat, au cours duquel nous avons eu des alternatives d'avance et de recul, s'est développé autour du fameux éperon 132, au nord-est de Soissons. Les Allemands ont mis de ce côté en ligne l'effectif d'un corps d'armée. Nous faisons sauter des batteries ennemies entre Soissons et Berry-au-Bac. En Champagne, des duels d'artillerie très actifs ont eu lieu entre Reims et l'Argonne, et spécialement autour de Souain.
Les opérations en Pologne n'ont pas changé de caractere. Ce sont toujours des contre attaques allemandes repoussées coup sur coup.
En Arménie, les Russes ont capturé encore 2000 Turcs environ. Mais l'armée ottomane a pénétré en Perse, ce pays n'étant pas défendu, et son avant-garde est arrivée jusqu'à Tabriz.
Le comte Berchtold, ministre des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie s'est retiré : il a été remplacé par un Hongrois, le baron Burian. Depuis quelques semaines déjà on parlait de ce départ du comte Berchtold qui, depuis son arrivée au pouvoir en février 1912, n'avait subi que des échecs. Il est intéressant de constater qu'un Hongrois va diriger la diplomatie de la double monarchie. François-Joseph aura voulu par là rallier l'opinion magyare, de plus en plus lasse de la guerre.


Vendredi 15 janvier
L'affaire de Crouy a été très chaude. Les Allemands qui avaient fait venir de gros renforts, n'ont pu nous arrêter à gauche, ni nous enlever nos positions au centre, mais à droite, devant Vregny, nous avons dû céder du terrain. Comme la crue de l'Aisne avait emporté des ponts et des passerelles, et qu'ainsi les communications entre nos troupes pouvaient être rompues, le commandement, entre Crouy et Missy, a ramené nos effectifs sur la rive gauche. De part et d'autre, les prisonniers ont été assez nombreux : ceux que nous avons faits appartenaient à sept régiments différents. On estime, au surplus, que cette affaire n'a qu'une valeur locale et ne peut influer sur l'ensemble des opérations.
En Flandre, les troupes belges ont fait sauter à Struyvakenskerke, une ferme qui servait de dépôt de munitions à l'ennemi. Dans la région de Lens, notre artillerie a procédé à un bombardement efficace. Près de Roye, nous avons bouleversé des tranchées allemandes; en Champagne, nous continuons à désorganiser ou à prendre des tranchées, spécialement autour de Perthes.
Des sous-marins ont paru devant Douvres. Mais canonnés vigoureusement, ils ont plongé et abandonné leur entreprise.
Un aviateur anglais a jeté des bombes sur les positions allemandes d'Anvers.
La presse européenne commente abondamment le départ du comte Berchtold et son remplacement par le baron Burian, mais les interprétations de cet incident sont des plus contradictoires.


Les Serbes dans la tourmente
   
Un convoi de munitions dans la montagne
 
Le général Bayovitch au bord de la Save
 


Samedi 16 janvier
Vifs combats d'artillerie en Flandre. Nous progressons près de Lombaertzyde. Près d'Arras, les zouaves enlèvent des positions importantes sur la route de Lille. Notre artillerie, dans la Somme (nord de Roye), détruit plusieurs pièces de canons et démolit des ouvrages ennemis en construction.
Au nord-est de Soissons, les Allemands voulant tirer parti de leur avance de la veille marchent sur l'enclos de Saint-Paul (2 kilomètres de la ville). Ils le prennent, mais nous le reprenons aussitôt.
Nous réduisons les batteries ennemies au silence dans les régions de Craonne et de Reims.
Les Allemands avaient établi des passerelles sur la Meuse, à Saint-Mihiel : nous les détruisons. Plus au sud, à Senones, dans les Vosges, nous bouleversons leurs positions.
L'armée russe refoule les Allemands, par la rive droite de la Vistule, sur la frontière de la province de Prusse occidentale, en leur infligeant d'énormes pertes. Les tentatives que renouvelle von Hindenburg sur la rive gauche sont encore une fois brisées.
L'armée russe du Caucase, poursuivant les débris de l'armée ottomane défaite à Sarykamisch, anéantit le 11e corps, en sorte que dans la région de la frontière arménienne les troupes turques ont désormais à peu près disparu.
La presse de Rome interprète la nomination du baron Burian en remplacement du comte Berchtold comme un acte d'hostilité à l'égard de l'Italie.
Le ministre de la Guerre bulgare déclare que si la Bulgarie prend les armes le roi Ferdinand Ier ne commandera pas les troupes.


   
Des jeunes filles fleurissent les tombes
 
Une ambulance pour les grands blessés
 


Dimanche 17 janvier
Combat d'artillerie entre Nieuport et Ypres; nous prenons des tranchées dans le Nord et le Pas-de-Calais et y repoussons des attaques ennemies; sutour de Soissons et de Reims, notre artillerie dissipe des rassemblements, provoque des explosions et démolit des ouvrages. Nous conquérons encore des tranchées à Perthes et à Beauséjour; nous refoulons une offensive à Flirey. Quelques engagements d'infanterie à la Tête-de-Faux dans les Vosges.
Les Russes cheminent en trois colonnes vers la Prusse orientale et la Prusse occidentale : par la Mazurie, par Mlava, par Sierpe. De ce dernier côté, ils ne sont plus qu'à 60 kilomètres de Thorn. Ils ont occupé toutes les passes des Carpathes, entre la Galicie et la plaine hongroise, mais le froid et la neige y ralentissent les opérations.
La flotte turque a quitté la mer Noire, où la flotte russe a pris la supériorité, pour rentrer dans le Bosphore.
Des manifestations contre l'Italie ont eu lieu à Vienne et à Villach en Autriche. Celle de Vienne s'est produite devant l'ambassade. A Rome on prétend que ces démonstrations ont été organisées par le parti militaire autrichien.
La Roumanie a rappelé ceux de ses réservistes qui étaient à l'étranger.
Le ministre des Finances d'Allemagne, M. Kuehn, va se retirer : il allègue son état de santé, mais il est évident que cette maladie n'est qu'un prétexte. Son successeur désigné est M. Helferich, directeur de la Deutsche Bank.


Lundi 18 janvier
Nos troupes ont progressé dans la région de Nieuport et de Lombaertzyde et les Allemands ont dû évacuer plusieurs ouvrages qu'ils avaient construits dans les dunes.
Des combats d'artillerie ont eu lieu dans les régions d'Ypres, de la Bassée et de Lens.
A proximité d'Arras, à Blangy les Allemands s'étaient emparés d'une fonderie, mais une contre-attaque nous en a rendu maîtres à nouveau. Nous avons continué à démolir les tranchées ennemies près de la Boisselle. Aucun incident près de Soissons, mais entre Vailly et Craonne, nous avons refoulé deux offensives. Nos progrès se poursuivent avec méthode dans les régions de Perthes et de Beauséjour. L'attaque allemande quotidienne a été brisée au bois Le Prêtre, près de Pont-à-Mousson ; dans les Vosges, nous avons gagné du terrain à l'ouest d'Orbey, mais la neige tombe en abondance et ralentit les opérations.
La plus grande incertitude continue à régner sur le plan que les Allemands adopteront en Russie. Battront-ils en retraite ou von Hindenburg se bornera-t-il à modifier légèrement son dispositif d'attaque?
L'armée russe du Caucase a fait encore un millier de prisonniers aux Turcs dans la région de Karaourgan.
Les autorités militaires de Cuxhaven, le grand port militaire allernand de la mer du Nord, ont adopté des mesures extraordinaires pour protéger la ville contre les hydravions alliés.
Les aviateurs alliés, jetant des bombes sur Ostende, y ont endommagé la gare et les casernes.
Des troubles graves ont éclaté dans plusieurs villes d'Autriche.


Mardi 19 janvier
La canonnade d'artillerie a comme toujours, retenti en Flandre. A la Boisselle, l'éclatement d'un obus avait provoqué l'explosion d'un dépôt de munitions et l'incendie du village. Ce dernier avait été momentanément évacué par nos troupes; mais par une vigoureuse contre-attaque nous l'avons réoccupé. Les Allemands bombardent Saint-Paul, près de Soissons. Autour de Perthes, notre artillerie a tiré efficacement sur les positions ennemies. Des avions allemands qui ont survolé nos lignes ont été atteints par nos projectiles : deux sont tombés et leurs occupants ont été capurés. Dans l'Argonne, toutes les offensives dirigées contre nos tranchées ont été refoulées. Nos progrès s'affirment à l'ouest de Pont-à-Mousson, où nous réoccupons presque tout le bois Le Prêtre. Dans les Vosges, la neige tombe en abondance. L'ennemi s'est contenté de bombarder Thann.
L'armée russe chemine toujours le long de la Vistule dans la direction de Thorn. Elle a repris Plock, ville importante qui commande les passages du fleuve. La victoire de Karaourgan, remportée par nos alliés dans le Caucase, est si décisive qu'il ne reste plus que de rares vestiges de l'armée turque de ce côté, encore sont-ils privés de toute artillerie.
La situation intérieure en Autriche-Hongrie devient de plus en plus mauvaise. Les journaux de Vienne et de Pesth épiloguent sans fin sur le départ du comte Berchtold, insistant sur la gravité de la tâche assignée au baron Burian. Il se confirme d'ailleurs que des troubles sérieux ont éclaté dans les principales villes qui ont été occupées militairement. La population ne veut plus combattre et s'en prend ouvertement aux Allemands rendus responsables de la guerre et de tous les désastres.

Mercredi 20 janvier
Canonnade en Belgique; duels d'artillerie également autour d'Arras, où la neige ralentit les opérations, mais où nos batteries lourdes ont le dessus; calme rétabli à la Boisselle, où nous avons réoccupé toutes nos positions; et aussi autour de Soissons; canonnades de Vailly à Reims; progrès de nos troupes au nord-ouest de Pont-à-Mousson, où une longue étendue de tranchées allemandes est tombée entre nos mains; canonnades enfin au col du Bonhomme et à Thann. Tel est le bilan de la journée.
M. de Heydebrand, chef du parti conservateur allemand, celui qu'on appelle le roi sans couronne, a prononcé un important discours à Magdebourg. Il a fait le procès de la diplomatie germanique qui, d'après lui, n'aurait pas été à la hauteur de sa tache, et a ajouté que l'Allemagne, étant isolée dans le monde, ne ferait la paix qu'à l'heure qui lui conviendrait.
Le prince de Galles s'est rencontré à Belfort avec M. Millerand, ministre de la Guerre, qui vient de visiter notre région de l'Est.
M. Ghenadieff, envoyé spécial bulgare à Rome, a déclaré une fois de plus que son pays resterait neutre. Il a ajouté que les rapports s'étaient améliorés entre la Bulgarie, d'une part, la Serbie et la Grèce, de l'autre.
Les Russes poursuivent leur cheminement, non seulement des deux côtés de la Vistule, mais encore sur le front de la Prusse orientale. On sait que trois de leurs armées y ont pénétré. Seule a éprouvé quelques difficultés celle du centre, qui a traversé la région difficile des lacs Mazures. Les Allemands prennent toutes mesures pour que ces lacs ne soient pas recouverts d'une couche de glace qui en permettrait le passage.
Au Caucase, l'armée russe a capturé, de nouveau, quantité de Turcs et enlevé plusieurs villages. Le gouvernement ottoman est obligé maintenant d'avouer sa défaite après l'avoir longtemps cachée.
Les socialistes italiens ont décidé, une fois de plus, de rester attachés à la neutralité, mais ils ont décidé également de ne pas exclure les interventionnistes, partisans de l'action armée contre l'Autriche, qui se trouveraient dans leurs rangs.


Jeudi 21 janvier
Sur le littoral de la mer du Nord, violent combat d'artillerie : l'ennemi cherche à détruire notre pont à l'embouchure de l'Yser, mais c'est en vain, et nous désorganisons ses défenses autour de Saint-Georges.
Les Allemands bombardent de nouveau les environs d'Ypres et de Lens, et surtout Blangy près d'Arras. Notre artillerie, par contre, dirige un feu très efficace sur leurs ouvrages, au nord de Perthes et de Massiges.
Une offensive a été repoussée par nos troupes dans le bois de la Grurie (Argonne), elles sont restées maîtresses de toutes leurs positions.
A Saint-Hubert, bien que l'ennemi ait fait sauter une portion de tranchée, il n'a pas gagné un pouce de terrain.
Dans le bols Le Prêtre, au nord-ouest de Pont-à-Mousson, toutes les attaques menées contre nous ont été brisées.
Un raid de zeppelins a eu lieu au-dessus de la côte anglaise du Norfolk. Des bombes ont été jetées au-dessus de Yarmouth, de Cromer, du palais de Sandrigham, et de King's Lynn. II y a quelques morts et blessés. La presse américaine exprime son indignation au sujet de ce nouvel attentat au droit des gens.
Les combats qui ont lieu en Pologme, sur les deux rives de la Vistule, attestent une progression méthodique des Russes.
Le général von Ompteda qui commandait une brigade allemande, a été tué.
Deux aviateurs alliés ont survolé Cologne.


Vendredi 22 janvier
Les Allemands ont de nouveau repris l'offensive, par leur artillerie et par leur infanterie, à Notre-Dame-de-Lorette, mais cette attaque a été arrêtée. Plus au sud, sur l'Aisne, ont eu lieu de petits comhats d'artillerie, où nous avons eu l'avantage.
En Champagne, nous avons démoli des ouvrages ennemis dans la région de Prosnes, les Marquises, Moronvillers; deux petits bois ont été occupés par nous près de la ferme de Beauséjour; nous y avons occupé également trois postes ennemis où nous nous sommes installés. Nous avons enlevé 150 mètres de tranchées dans la forêt d'Apremont, au sud-est de Saint-Mihiel; - violent combat près de Saint-Hubert où finalement nous avons repoussé une attaque en force. Il en a été de même dans le bois Le Prêtre, au nord-ouest de Pont-à-Mousson. Une action d'infanterie s'est engagée près de Thann, sur le versant oriental des Vosges.
Les Russes, marchant dans la direction de Mlava, en Prusse orientale, ont contraint les Allemands à évacuer la localité de Skempe. La canonnade et la fusillade ne cessent de retentir sur la Bzoura et sur la Rawka; elle est plus faible sur la Pilitza. En Bukovine, une offensive austro-hongroise a été repoussée à Kirlibaba.
Les officiers allemands qui commandent l'expédition contre l'Egypte deviennent de plus en plus pessimistes. Ils redoutent d'être assassinés par leurs troupes turques.
On annonce la démission du général de Falkenhayn, ministre de la Guerre d'Allemagne.


Samedi 23 janvier
Les Allemands bombardent Nieuport, ce qui ne nous empêche pas de progresser. Entre Ypres et l'Oise, notre artillerie disperse des rassemblements ennemis. Nous reprenons une tranchée près de Berry-au-Bac et repoussons une attaque près de Perthes. Violents combats dans L'Argonne, à Fontaine-Madame; près de Saint-Mihiel et aussi près de Pont-à-Mousson. Dans le bois Le Prêtre, les Allemands regagnent quelques mètres de tranchée; ils lancent de gros projectiles sur Saint-Dié et multiplient vainement leurs assauts dans la région d'Hartmannswillerkopf. Du reste notre artillerie a le dessus sur toute la ligne des Vosges.
Des groupes d'avions survolent Dunkerque et y font tomber quatre-vingts bombes qui tuent sept personnes et en blessent treize. Mais l'un d'eux est abattu à Bray-Dunes.
Le général de Falkenhayn a pour successeur, au ministère de la Guerre d'Allemagne, le lieutenant général Wild de Hohenhorn.
Les Russes mettent à exécution un nouveau plan sur le front de Pologne, de Galicie et de Hongrie. On croit que ce nouveau plan entrainera des résultats plus rapides et forcera Hindenhurg à abandonner la guerre de tranchées.
Les aviateurs alliés ont survolé Essen et d'autres ont paru au-dessus d'Etaples.
Les Allemands et les Austro-Hongrois habitant l'Italie partent en grandes quantités.
L
e pape Benoit XV a prononcé un discours sur la guerre, dans un grand consistoire qu'il a tenu pour procéder à des nominations d'evêques. Il a exprimé sa sympathie aux Belges, mais en même temps les a engagés à ne pas aggraver leur position en troublant l'ordre public.
L'ancien président des Etats-Unis, M.Rooseveelt, répondant aux déclarations mensongères d'un professeur allemand, propagangiste officieux du pangermanisme, a formulé une fois de plus sa réprobation des procédés teutons.


Dimanche 24 janvier
Notre infanterie répare sur tout le front les dégâts causés par la tempête dans nos travaux. Nous avons legèrement progressé près de Lombaertzyde. Combats d'artillerie autour d'Ypres, d'Arras, d'Albert, de Roye et de Soissons; les Allemands bombardent Berry-au-Bac, échouent dans une attaque près de Beauséjour, sont repoussés dans l'Argonne, subissent des pertes sérieuses près de Saint-Mihiel. En Alsace, le combat continue dans le massif d'Hartmannsweilerkopf et nous gagnons du terrain près de Cernay.
Une grande concentration de troupes autrichiennes s'opère en Bukovine. Une division hongroise qui a attaqué les Russes de ce côté a été défaite. Le général allemand von Kuk, qui commande dans Cracovie, a réclamé d'urgence des renforts.
Le président du Conseil autrichien, le comte Sturgkh, est sur le point de démissionner.
Le choléra se développe en Hongrie.
Le gouvernement allemand fait pression sur la Roumanie en protestant contre la mobilisation ordonnée à Bucarest.
Le prince Youssoupof, envoyé extraordinaire du tsar, est arrivé au quartier général français pour remettre au général Joffre les insignes de l'ordre militaire de Saint-Georges.
La Grèce convoque plusieurs classes de réserve.
L'Allemagne a appelé l'attention du gouvernement de Washington sur l'importance des fournitures d'armes que les négociants américains ont faites à l'Angleterre.


Lundi 25 janvier
L'ennemi a bombardé la région de Nieuport-Lombaertzyde en Flandre, mais sans pouvoir exécuter l'attaque d'infanterie qu'il préparait. Ses rassemblements ont été, en effet, dispersés par notre artillerie.
Arras a été encore une fois bombardée, tandis q'une vive fusillade s'engageait à proximité. Près de Vermelles, nous avons contraint les Allemands à évacuer une tranchée avancée; nous avons fait taire leurs canons aux alentours de la Boisselle. Nous avons jeté des obus, qui ont produit des effets utiles, sur leurs ouvrages entre Reims et l'Argonne, spécialement vers Beauséjour et Massiges.
En Argonne, où des combats violents se sont livrés, depuis plusieurs jours, dans la région du Four-de-Paris, nous avons gardé nos positions. En Alsace, nous avons progressé dans le massif d'Hartmannsweilerkopf et repoussé une offensive à Uffholtz.
Une escadre de croiseurs légers anglais a arrété un raid naval allemand en mer du Nord. Le croiseur allemand Blücher, que montaient 847 hommes, a été coulé; deux autres bâtiments, parmi ceux qui l'accompagnaient, ont été endommagés. Les pertes anglaises sont insignifiantes : quelques hommes blessés.
M. Millerand, ministre de la Guerre, qui s'était rendu à Londres, est revenu à Paris.
M. Bryan, secrétaire d'Etat de l'Union américaine répond à l'Allemagne par une fin non-recevoir : on sait que le cabinet de Berlin avait protesté contre les fournitures faites par l'Amérique aux alliés.
La Hollande déclare officiellement qu'elle se tient toujours sur ses gardes.


Le BLUCHER


Mardi 26 janvier
Progression de nos troupes, en Belgique, à l'est de Saint-Georges; canonnade sur presque tout le front, de la Lys à l'Oise. Une contre-attaque ennemie est repoussée à Berry-au-Bac, sur le front de l'Aisne, où nous conservons toutes les tranchées disputées. Nous démolissons des ouvrages en Champagne; nous arrêtons, par le tir de nos batteries, une fusillade en Argonne (bois de la Grurie); nous détruisons, à Saint-Mihiel, les ponts construits par les ennemis; enfin à Emberménil, près d'Avricourt, en Lorraine, nous capturons un détachement bavarois.
Les communiqués russes indiquent que la guerre de tranchées continue en Pologne; ils confirment la concentration des troupes austro-hongroises à la lisière commune de la Bukovine et de la Transylvanie.
Une autre concentration austro-allemande s'effectue à la frontière serbe, ce pays semblant destiné à subir, à bref délai, un nouvel assaut.
L'empereur François-Joseph a déclaré qu'il abdiquerait plutôt que de céder le Trentin. Les manifestations en faveur de la guerre se multiplient en Italie, chez les radicaux et chez les révolutionnaires.
La Grèce et la Bulgarie prennent de nouvelles précautions militaires.
Les hangars d'Essen ont fortement souffert du jet des bombes alliées.
Un attentat a été commis à Constantinople contre von der Goltz.
Les communications viennent d'être rendues plus rapides entre l'Occident et la Russie par l'ouverture du tronçon ferré Tornéa (Suède) à Karungi (Finlande).


Mercredi 27 janvier
Les troupes belges ont progressé autour de Pervyse en Flandre. A l'est d'Ypres, nous avons brisé une offensive de l'ennemi, en lui tuant plusieurs centaines d'hommes. Six contre-attaques ont été refoulées par les Anglais à Givenchy et à Guinchy (région de la Bassée). Là aussi les pertes allemandes ont été sensibles. A l'ouest de Craonne, l'ennemi a attaqué violemment nos tranchées, entre Heurtebise et le bois Foulon. Après avoir été rejeté en arrière, il a pu s'implanter dans quelques éléments de tranchée, mais presque aussitôt nous en avons repris la plus grande partie. En Argonne, nou avons prononcé deux attaques vers Saint-Hubert et Fontaine-Madame ; elles ont été couronnées de succès. Combat d'artillerie en Haute-Alsace, où les Allemands bombardent Thann, Lembach et Sentheim.
Les Russes ont enlevé Jacobini et menacent Dornawatra qui est la clé de la Transylvanie.
Un zeppelin qui avait jeté des bombes sur le port russe de Libau, en Courlande, a été atteint par l'artillerie et est tombé en mer.
L'état-major allemand a essayé de masquer par un communiqué mensonger le grave échec que l'escadre anglaise avait infligé à l'amiral Hipper, au large d'Héligoland. La canonnière allemande Gazelle a encore été torpillée par un sous-marin près de l'île de Rugen.

Jeudi 28 janvier
Le combat s'est ralenti en Flandre, où un avion allemand a été abattu par les Belges.
L'affaire du 25 a coûté à l'ennemi un bataillon et demi. Celle de la Bassée, qui fut un gros échec pour lui, et où l'armée anglaise s'est vaillamment comportée, lui a coûté deux bataillons. Un coup de main, qu'il a tenté près de Tracy-le-Val, entre Oise et Aisne, n'a donné aucun résultat. L'infanterie allemande a attaqué sur le plateau de Craonne, mais elle a été repoussée avec des pertes très notables, 1000 cadavres étant restés sur le terrain. Elle n'a pu prendre pied que sur un point, à la Creute, des éboulements ayant enfermé deux de nos compagnies dans une ancienne carrière. Quatre assauts allemands ont été brisés dans l'Argonne.
Les Russes ont accompli des progrès sérieux en Prusse orientale où ils ont réussi à tourner la région fortifiée des lacs de Mazurie.
Le conseil fédéral allemand a été obligé d'avouer la disette croissante qui règne dans l'empire. Il a prononcé le séquestre pour tous les stocks de blé, de seigle, d'orge et de farine.
Des émeutes se sont produites en Transylvanie, où la haine des Hongrois grandit de jour en jour.
Trois corps d'armée turcs marcheraient contre l'Egypte : une escarmouche a eu lieu entre leur avant-garde et une patrouille anglo-égyptienne, à l'est du canal de Suez. Les troupes anglo-indiennes ont eu un succès dans le Chatt-el-Arab, près du golfe Persique.


Vendredi 29 janvier
Les communiqués de l'état-major français sont particulièrement intéressants; Ils attestent que sur toute la ligne nous sommes devenus supérieurs à l'ennemi.
En Belgique nous démolissons ses tranchées; sur la Lys, l'artillerie anglaise l'empêche de se rassembler; sur le front entre Arras et Soissons, il essaie vainement de sortir de ses abris; dans la région de Craonne, il se repose après avoir perdu l'effectif d'une brigade; dans l'Argonne, nous repoussons successivement trois attaques (Fontaine-Madame); trois autres sont brisées près de Saint-Mihiel (bois d'Ailly); deux autres à Parroy et à Bures (arrondissement de Lunéville); dans les Vosges nous gagnons du terrain au Ban de Sapt (Saint-Dié), et à Senones; en Alsace, nous progressons vers Burnhaupt.
Au total, du 25 au 27, les Allemands ont perdu, d'après nos évaluations, plus de 20.000 hommes.
La Chambre a voté à l'unanimité le projet de M. Ribot, qui pourvoit l'Etat de ressources nouvelles par l'augmentation du chiffre des Bons du Trésor et par la création d'obligations à échéance de dix ans. Ce vote donne lieu à une nouvelle manifestation de l'entente qui règne entre les partis.
Les Russes poursuivent leur avance du côté d'Insterburg (Prusse orientale) et infligent des pertes sensibles aux forces allemandes qui attaquaient à nouveau sur la rive gauche de la Vistule.
Les séditions contre les autorités hongroises se multiplient en Transylvanie. Dans le Trentin, 50% des territoriaux ont déserté.
La Roumanie a obtenu de la Banque d'Angleterre um prêt de 125 millions.


Samedi 30 janvier
Actions locales sur toute la ligne; nous prenons pied sur la Grande Dune, dans la région de Nieuport; nous refoulons des attaques d'infanterie autour d'Ypres, Lens et Arras; deux tentatives de passage des ennemis sont repoussées à l'est de Soissons, à Venizel et au moulin des Roches; combat d'artillerie dans les Vosges; rien de saillant en Alsace. Entre Russes et Allemands, l'action continue en Prusse orientale (régions de Pilkalen et de Gumbinnen). En Pologne, les Allemands ont subi de nouveau de grosses pertes, leur offensive étant comme toujours repoussée; en Galicie, sur le front des cols des Carpathes, l'avance des troupes du tsar est à peu près générale : elles ont fait prisonniers, en trois jours, 2400 soldats et 60 officiers. C'est, au surplus, dans les Carpathes que se concentre maintenant la grande action austro-allemande. ~ Le baron Burian, ministre des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie, a invité le gouvernement roumain à ne pas favoriser les appels à la révolte qui ont été lancés en Transylvanie. M. Augagneur, ministre de la Marine, qui revient de Londres et de Portsmouth, a échangé des télégrammes cordiaux avec M. Winston Churchill, premier lord de l'amirauté britannique.



Dimanche 31 janvier
Les pertes subies par les Allemands près de Nieuport sur la grande Dune ont été très importantes. Ils bombardent à nouveau Arras et les localités environnantes. En Argonne, nous avons reculé de 200 mètres environ, après un combat sanglant et disputé, qui a été d'ailleurs plus coûteux encore pour nos ennemis que pour nous mêmes.
L'enveloppement que les Russes opèrent avec succès, dans la Prusse orientale, au nord de Tilsitt, a pour but de riposter à la contre-offensive que les Austro-Allemands tentent dans les Carpathes, à l'autre extrémité du front oriental. On lui attribue une grande importance, la garnison de Koenigsberg ayant été très réduite par les prélèvements qui ont été opérés sur elle.
L'Autriche, après l'Allemagne, va établir le monopole des grains afin de se prémunir contre la famine. En Allemagne même, les journaux se plaignent de la spéculation, de la hausse des cours, et réclament d autres monopoles, celui des pommes de terre en première ligne.
Le ministre des Finances austro-hongrois, M. de Bilinski, a été disgrâcié.
L'Italie continue ses préparatifs militaires en mobilisant de nouvelles unités.
Des officiers austro-hongrois, qui portaient des bombes, ont été arrêtés à la frontière roumaine.
Ricciotti Garibaldi propose de porter à 30.000 le nombre des volontaires italiens qui combattent en France. Ils retourneraient en Italie, si la guerre éclatait entre ce pays l'Autriche.