L'échange des notes et des discussions continua donc sans arrêter la guerre sous-marine, et l'audace des pirates augmenta avec la confiance qu'ils mettaient dans l'inertie des neutres.
 |
Le torpillage du Lusitania (7 mai 1915), dans lequel périrent 1.178 personnes, fut expliqué par l'existence supposée, à bord, de munitions de guerre. L'Arabic, coulé le 29 août suivant, avait, aux dires des Allemands, fait mine d'attaquer le sous-marin.
|
Le gouvernement américain n'eut pas de peine à réfuter les versions germaniques et obtint la promesse que les paquebots à passagers seraient épargnés à l'avenir. Il est presque inutile de dire que la parole donnée ne fut pas tenue: de nouveaux actes de piraterie ne tardèrent pas à prolonger l'échange des notes diplomatiques.
En dépit de la réprobation générale que soulevaient, surtout dans les états de l'ouest, la barbarie et la duplicité allemandes, la patience du gouvernement américain semblait sans bornes; bien mieux, le président était allé jusqu'à faire réellement le jeu des Allemands, en sug gérant aux puissances de l'Entente le désarmement des navires de commerce. Il est vrai que cette proposition avait été presque immédiatement rapportée devant le mécontentement qu'elle avait provoqué; mais elle témoigne bien des sentiments de variabilité qui caracté risaient alors la politique officielle en Amérique.
Bientôt l'audace des Allemands, convaincus du caractère résolument platonique des protestations du gouvernement américain, dépassa toutes limites: en mars 1916, les torpillages de paquebots se multiplièrent au point de provoquer une nouvelle note, comminatoire celle-là (18 avril), par laquelle le président menaçait de rompre les relations diplomatiques avec le gouvernement impérial.
Derechef, ce dernier s'engagea à ne plus couler les bâtiments marchands sans avertissement, sauf dans le cas de fuite ou de résistance, et le gouvernement américain se contenta, une fois de plus, de ces assurances. |
 |
 |
Il n'y eut, naturellement, rien de changé dans la tactique agressive de la marine allemande. Bien mieux, quelques mois après la visite du sous-marin commercial Deutschland, qui parut souligner la vulnérabilité des côtes des Etats-Unis, un autre sous-marin de combat venait séjourner vingt-quatre heures dans un port américain et coulait, en sortant, six navires anglais, hollandais et norvégien, presque à la limite des eaux territoriales (10 octobre 1916).
|
Et, tandis que les torpillages se multipliaient dans les eaux européennes, l'Allemagne entamait, en vue de la paix, avec les puissances
de l'Entente, des négociations pour lesquelles elle sollicitait, d'autre part, les bons offices des Etats-Unis (décembre 1916).
Ces tentatives n'ayant eu aucun succès en raison des prétentions exagérées du gouvernement impérial, le Kaiser ordonne, le 9 janvier 1917, la guerre sous-mmarine sans restriction. Il est intéressant de noter que cette décision est prise contrairement a l'avis du chancelier Bethmann-Hollweg. Le maréchal Hindenbourg n'en était pas personnellement partisan en automne 1916, parce ce qu'en raison de la gravité de la situation militaire, les Allemands n'avaient pas le droit de s'attirer un nouvel adversaire; mais, depuis l'occupation presque complète de la Roumanie, il a changé d'opinion: il considère que la guerre sous-marine, avec ses perspectives pleines de promesses, va raffermir pendant longtemps, dans le peuple et l'armée, le désir de continuer la guerre.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement impérial fait connaître, le 31 janvier 1917, sa décision à toutes les puissances neutres. En conséquence, à dater du 1er février, les sous-marins allemands torpilleront tout navire naviguant en vue des îles britanniques et des côtes françaises.
La notification aux Etats-Unis invitait le gouvernement à prévenir les vaisseaux américains des dangers qui les menaçaient dans les zones barrées indiquées, et les sujets des risques à courir s'ils confiaient leur personne ou leurs biens à des navire sabordant les ports situés dans ces mêmes parages. L'Amérique était cependant autorisée à expédier un navire par semaine aux ports anglais, à condition qu'il fût peint d'une façon spéciale et suivît des routes déterminées d'avance.