Cependant, les jours suivants, il réussit encore à s'emparer, le 14, de la crête de Wytschaete, en avant du Mont Kemmel et, le 15, il enlève Bailleul et même Meteren.
Toute la ligne des hauteurs du Kemmel au Mont des Cats, est ainsi menacée par le sud.
En six jours, les Allemands ont progressé de plus de 20 kilomètres; le saillant d'Ypres se trouve dans une situation tellement dangereuse que, dès le 13 avril, les Anglais en ont évacué la parti supérieure.
20.000 prisonniers sont restés aux mains de l'ennemi avec 400 bouches à feu, des milliers de mitrailleuses, et un butin immense.
Les Anglais se trouvaient ainsi dans une situation très critique. De leurs cinq armées, la Ve (Gough) a été mise hors de cause au cours des événements de mars-avril; la IVe (Rawlinson) est aux prises avec l'ennemi en avant d'Amiens; les Ire et IIe sont engagées dans la poche du Kemmel; entre cette dernière et la poche de Montdidier, la IIIe, celle de Byng, qui tient le secteur d'Arras, se trouve menacée sur ses deux flancs.
D'autre part, le saillant d'Ypres est sur le point de tomber.
Qu'Hazebrouck soit pris et la ligne des monts forcée, les armées britanniques sont coupées en deux tronçons, l'armée belge et l'armée Plumer sont isolées, faites prisonnières ou rejetées au nord et les Allemands arrivent à la mer, à Calais et à Dunkerque.
Ce fut certainement l'un des moments les plus critiques de la guerre.
Mais déjà le général Foch a organisé la parade et les Français arrivent au secours de leurs alliés.
On se rappelle que deux armées, la Ve (Micheler), et la Xe (Maistre) avaient été amenées et mises en réserve dans la région de Beauvais: l'une au sud, l'autre au nord de cette ville, prêtes à intervenir sur les flancs de la poche de Montdidier; la première du côté d'Amiens, la deuxième du côté de Noyon.
Dès le 10, ces deux armées ont été déplacées vers le nord. D'autre part, l'armée belge a été invitée à étendre son front jusqu'à Ypres, ce qui libérera quelques divisions anglaises.
Du 12 au 14, quatre divisions françaises ont été transportées dans la région de Saint-Omer et le 2e corps de cavalerie (Robillot) y arrive à marches forcées.
Le gros de ces forces est constitué en détachement d'armée [D.A.N de Mitry)-Détachement de l'armée du Nord – qui vient s'intercaler dans l'armée Plumer.
Le 16 les Allemands attaquent dans la direction d'Hazebrouck; ils sont contenus par la 34e division britannique que la 133e division française est venue renforcer.
Le 17, ils développent encore leurs attaques par le nord jusqu'au delà d'Ypres. Ils font effort, d'une part, au nord, dans la direction de Poperinghe, d'autre part, au sud, en partant de Bailleul, de façon à faire tomber à la fois le saillant d'Ypres et la ligne des monts.
L'attaque du nord est arrêtée à Mercken par les Belges qui font 800 prisonniers; l'attaque du sud vient se briser contre trois divisions britanniques qui repoussent tous les assauts.
Le 18, nouvelle tentative, cette fois au centre, en partant de la crête de Wytschaete et en direction du Kemmel; elle se heurte à la 28e division française (Madelin) qui reste inébranlable.
La ligne des Monts ( Monts des Cats, Mont Noir, Mont Rouge, Mont Kemmel), exactement orientée de l'ouest à l'est, divise le champ de bataille en deux parties et le Mont Kemmel, qui la termine à l'est, domine toute la plaine.
Après leur insuccès du 18, les Allemands se décident à monter une attaque d'ensemble sur ce saillant du Kemmel et réunissent pour cela une masse de cinq divisions fraîches, en même temps qu'ils entourent l'extrémité des monts d'une ligne concentrique de batteries.
Deux divisions françaises tiennent la position, l'une face au sud, la 154e (Breton), de Dranoutre au Kemmel, le long de la Douve; l'autre, la 28e, face à l'est.
Deux autres divisions et le corps de cavalerie sont en arrière.