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3 décembre
«On a indiqué ici, à bien des reprises, les circonstances de toute sorte qui commandaient de faire succéder la guerre de tranchées à la guerre de manoeuvres, dans l'est après les victoires de la Marne, dans le nord après les combats qui avaient porté une partie considérable de nos armées et l'armée anglaise aux plaines de Flandre.
Il y a une heure pour les ardentes et brillantes vertus qui assurent le succès des offensives bien conçues. Il y a une heure pour ces autres vertus et, si je puis dire, pour ces autres courages, qui sont la patience, la ténacité, l'endurance.
Nous pouvions nous laisser entraîner à compromettre, nous avons consolidé les résultats de nos victoires de septembre. Les assauts répétés des Allemands contre les retranchements de jour en jour plus puissants et plus forts ont échoué. Ils ont perdu plus d'hommes devant nos lignes inflexibles que dans leurs succès les plus chèrement disputés.
Ce sera un très grand et très noble chapitre de l'histoire de cette guerre que celui qu'on peut dès aujourd'hui intituler « les Tranchées ». Nos armées sont devenues de bronze dans les tranchées. Et quelque chose y est né qui tiendra dans notre histoire de demain une très grande place, la première de toutes.
Cet esprit des tranchées, dont parlait hier M. Clemenceau dans un éloquent article, c'est le véritable esprit nouveau. Il souffle déjà. Il n'a eu qu'à passer dans le ciel gris d'hiver pour balayer les dernières feuilles des mauvaises forêts. Il souffle vers un monde où, dans une paix qui ne sera plus une trève armée, la liberté ne sera pas qu'une tolérance et la justice sociale qu'un thème à discours. Et il voudra souffler partout. »
 


Mardi 8 décembre
Victoire navale britannique aux îles Falkland

Jeudi 10 décembre
Combats d'artillerie, de la mer a la Lys, dans la région de l'Aisne, dans l'Argonne, sur les Hauts-de-Meuse. Avance française dans l'Argonne et le Santerre. Attaques ennemies repoussées à Senones (Vosges) et à Tracy-le-Val, près de Soissons.
Guillaume II est assez gravement malade. Il est atteint de pneumonie et ses médecins lui interdisent de retourner, au moins actuellement sur le front.
Les Russes ont remporté un avantage signalé au sud-est de Cracovie. Il est établi, d'autre part, que les Allemands n'ont occupé Lodz que quinze heures après leur départ.
Les Serbes, reprenant l'offensive ont chassé les Autrichiens de Valjevo et d'Uchitsé. Ils ont capturé 50 canons et 20.000 hommes.
L'Escadre allemande de l'amiral von Spee qut avait détruit deux bâtiments angIais, au large des côtes du Chili, dans le Pacifique au mois de novembre, vient de subir un désastre. L'escadre britannique de l'amiral Sturdee lui a coulé trois navires : le Sharnhorst, le Gneisenau et le Leipzig, au large des îles Falkland dans l'Atlantique Sud. Nos alliés poursuivent encore le Dresden et le Nurnberg qui ont pris le large.

Vendredi 11 décembre
Nos troupes enlèvent de nouvelles tranchées allemandes dans le Santerre, dans l'Argonne et sur Hauts-de-Meuse. Nos aviateurs lancent une seconde fois, et avec succès, des bombes sur la gare et sur les hangars d'aviation de Fribourg-en-Brisgau.
L'escadre anglaise de l'amiral Sturdee détruit, dans l'Atlantique du Sud le croiseur Nurnberg, qui avait échappé à la première bataille. Elle poursuit toujours le Dresden.
On annonce que Guillaume II devrait renoncer à toute occupation et qu'il passerait au kronprinz le commandement suprême des forces allemandes.
L'armée anglo-indienne a occupé dans l'Asie turque, toute la ligne du Chatt-el-Arab, qui résulte du confluent du Tigre et de l'Euphrate. Des fusiliers marins britanniques ont pris terre à Moka, sur le littoral arabique de la mer Rouge.
L'état-major austro-hongrois avoue l'échec grave que les Serbes lui ont infligé du 4 au 7 décembre.

Samedi 12 décembre
Trois attaques allemandes repoussées près d'Ypres : des combats d'artillerie près d'Arras et dans le Santerre; des progrés dans l'Argonne, et plus à l'est, dans le bois Leprêtre,la prise de la gare d'Aspach au delà de Thann : tel est le bilan officiel de la journée pour nous. Une dépêche anglaise signale une forte avance des contingents britanniques en Flandre jusqu'à 9 kilomètres de Roulers. Les Russes ont repoussé à nouveau en Pologne tous les assauts allemands qu'ils avaient à subir dans les régions de Mlava et de Lowicz, où ils ont de plus infligés des pertes énormes à l'ennemi. Au sud-est de Cracovie, ils ont enfoncé les Austro-Allemands.
Les Serbes complètent leur grande bataille en refoulant les corps d'armée autrichiens en déroute vers Chabatz et la Hongrie.Leurs envahisseurs ont reculé en huit jours de 50 à 80 kilomètres. Cette série de batailles apparaît décisive : elle doit libérer définitivent le territoire serbe.
Un incident sérieux s'est produit à Hodeïdah, sur la côte arabique de la mer Rouge. Les Turcs, poursuivant le consul anglais, ont été le rechercher jusque dans le consulat italien dont ils ont violé l'immunité.
Une partie de la presse roumaine demande au gouvernement de prendre des mesures énergiques.
L'état de Guillaume II n'a pas changé.
Les socialistes du Wurtemberg approuvent l'attitude de M. Liebknecht qui a refusé de voter les crédits de la guerre au Reichstag.
Le gouvernement allemand a fait saisir la Gazette de Voss, organe d'ordinaire officieux pour avoir reproduit cette phrase de l'exposé du chancelier au Reichgtag : " il importe que toute la nation se restreigne afin de pouvoir tenir le plus longtemps possible."
Les Turcs prennent des précautions et construisent des tranchées à la frontière bulgare.

  Dimanche 13 décembre
Combats d'artillerie près d'Arras; dans la région de l'Aisne (une batterie allemande d'obusiers détruite près de Vailly);sur les Hauts-de-Meuse (deux batteries allemandes démolies) et dans Vosges. Nous progressons partout.
Les Russes ont repris une offensive victorieuse dans les régions de Mlava et de Lovicz, en Pologne centrale. Aux alentours de Cracovie se livre un très violent combat et bombardement de la place elle-même devient très intense.
Les Serbes continuent leur poursuite de l'armée austro-hongroise qu'ils veulent repousser au delà de la Save et de la Drina.
L'Italie a demandé réparation à la Turquie au sujet de l'incident d'Hodeidah, et une très vive irritation se marque dans la Péninsule contre l'empire ottoman.
D'après les journaux anglais, il serait inexact que l'état du kaiser se fût amélioré. Le kaiser aurait une fluxion de poitrine.
La grande caserne de Kiel a été détruite par un incendie dont les causes demeurent mystérieuses.
La Bulgarie a déclaré une fois de plus aux puissances de la Triple Entente qu'elle désirait demeurer neutre.
Le premier ministre anglais M. Asquith a prononcé un grand discours à Londres. Il a rendu hommage à l'armée britannique, qui, a-t-il dit, vaut celle de n'importe quel empire.
Le cabinet portugais s'est reconstitué sous la présidence de M. Coutinho avec M. Soarès aux Affaires étrangères.
 

Lundi 14 décembre
Journée relativement calme, sauf aux alentours d'Ypres, où trois attaques d'infanterie allemandes ont été repoussées; à Senones, où l'ennemi a été également refoulé, et à Aspach (Haute-Alsace) où il a vainement esquissé une tentative sur la gare.
Les Serbes ont poursuivi leur beau succés.
Après avoir forcé l'armée austro-hongroise à se diviser en deux tronçons, ils ont rejeté l'un, celui du Nord, dans la direction de Chabatz, en occupant Kamenitsa ; l'autre a repassé la Drina et a rentré en Bosnie. De ce côté, les forces serbes ont repris les localités frontières de Rogatitsa et de Baïna-Basta. Elles vont à nouveau pénétrer sur le sol austro-hongrois où les Monténégrins les ont précédés en se saisissant de la ville bosniaque de Visegrad.
L'ambassadeur de Turquie à Rome a déclaré au ministre des Affaires étrangères, M. Sonnino, que la Porte lui donnerait une réparation au sujet de l'incident d'Hodeïdah et qu'elle désirait entretenir de bons rapports avec la Péninsule. Mais le ton très décidé dont a usé M.Sonnino pour exposé l'affaire à la Chambre a frappé tout le monde et en Italie et au dehors.
Le ministre du Commerce de Prusse a fait afficher dans tous les lieux publics du royaume une proclamation pour engager les Prussiens à se montrer ménagers du pain, des pommes de terre et de tous les aliments. Ce document atteste que la disette se fait sentir durement outre-Rhin. Par ailleurs les journalistes italiens qui reviennent de Berlin déclarent que les milieux dirigeants ne dissimulent point leur inquiétude.
Le maréchal von der Goltz est arrivé à Constantinople après s'être arrêté quelques temps à Sofia. Ayant réorganisé jadis l'armée turque, il est de nouveau chargé d'une mission auprès d'elle, avec des pouvoirs très étendus, ceux d'un vice-roi, paraît-il.
Les relations s'améliorent entre la Grèce la Bulgarie. Elles ont décidé de nommer une commission mixte qui examinerait les conflits survenus où à survenir et leur chercherait des solutions amiables.
La Russie dote la Galicie d'une organisation complète. La province est d'ailleurs presque totalement occupée par ses troupes.
Le Goeben, le croiseur allemand au service de la Turquie a tiré quelques coups de canon devant le port russe de Batoum dans la mer Noire. Mais cette canonnade est demeurée inefficace, et le Goeben, bombardé par les forts a dû prendre la fuite.
Les dommages que l'armée allemande a causés à la Belgique sont estimés à 5312 millions. Dans ce chiffre colossal les dégâts de Liége s'inscrivent pour 173 millions; ceux de Louvain pour 185; ceux de Charleroi poor 515; ceux des districts ruraux pour 1418; ceux d'Anvers pour 505; ceux subis par l'Etat (chemins de fer, routes, etc.) pour 1200, et ceux provoqués par l'interruption du commerce pour un milliard.


Mardi 15 décembre
Les canonnades se poursuivent sur plusieurs points du front. En Woëvre, notre avance a été particulièrement marquée à Mortmart. L'ennemi a essayé de bombarder de très loin la gare de Commercy : les effets ont été insignifiants. En Haute-Alsace, nons avons progressé d'Aspach vers Altkirch et repoussé une attaque près de Cernay.
Un sous-marin anglais plongeant sous cinq lignes de mines a torpillé le cuirassé turc Messoudieh dans les Dardanelles.
L'armée serbe est rentrée dans Belgrade. Le chiffre de ses prisonniers atteint maintenant, dans les combats menés durant son retour offensif, à 40.000. Elle a pénétré d'autre part sur le territoire autrichien.
Le grand-duc Nicolas a enregistré un refoulement général des troupes allemandes dans la Pologne du nord, du côté de Mlava; ses troupes progressent au sud vers Cracovie et Czenstochowo; dans 1'Arménie, les Russes ont gagné du terrain le long de l'Euphrate superieur.
La révolte menace à Constantinople et dans le reste de la Turquie où la population déteste de plus en plus la guerre. Elle se rend compte que les interêts ottomans ont été sacrifiés et que la Porte s'est jetée dans une partie désastreuse. Une conspiration contre le maréchal von der Goltz a été découverte et les officiers allemands sentent le mécontentement et la menace autour d'eux. Des séditions ont lieu dans les casernes et dans la flotte et les femmes turques elles-mêmes manifestent.
Guillaume II, dont l'état ne s'améliore guère, aura sans doute à subir une opération de la gorge.
Le nouveau cabinet portugais a arrêté son programme, qui comporte, en première ligne, la participation à la guerre européenne aux côtés de la Triple Entente.
Les souverains scandinaves se sont entendus pour tenir une conférence à Malmoë.
La Turquie, après avoir annoncé qu'elle donnerait satisfaction à l'Italie, essaie d'atermoyer comme d'habitude. Mais le cabinet de Rome a déclaré qu'il userait d'énergie pour régler l'affaire d' Hodeidah, et il a envoyé plusieurs croiseurs dans la mer Rouge.

Mercredi 16 décembre
L'armée anglaise a progressé en Flandre près de Wytschaete. Les forces franco-belges se sont avancées vers l'ouest aux environs de Nieuport et au sud d'Ypres. Les Allemands ont bombardé à longue portée la gare de Saint-Léonard, près de Saint-Dié, et attaqué vivement, mais sans résultat, nos lignes à proximité de Thann, en Alsace.
L'avantage reste acquis aux Russes dans la région de Mlava, comme aussi sur la Bzoura, près de Lovicz.
Les Serbes ont fait retraverser le Danube et la Save aux corps autrichiens qui avaient pénétré dans leur pays.
L'Angleterre prépare le remplacement du souverain égyptien transfuge Abbas II par son oncle Hussein Kamel, qui prendra le titre de sultan. Tout lien de vassalité sera rompu entre l'Egypte et la Turquie, le premier de ces pays devenant un protectorat britannique, dont le cabinet de Londres dirigera les relations extérieures.

Jeudi 17 décembre
En Flandre, l'escadre anglaise bombarde Westende (nord-est de Lombaertzyde); les Belges repoussent une attaque sur Saint-Georges et s'avancent sur L'Yser; nos troupes progressent au sud-est d'Ypres et aux alentours de la Bassée. Nous refoulons encore des attaqnes en Woëvre (bois de Mortmart) et en Haute-Alsace (ouest de Cernay).
Une escadre de croiseurs allemands a opéré un bombardement sur la côte anglaise, entre les embouchures de la Tyne et de l'Humber, à Hartlepool, Whitby et Scarborough; repoussée, elle est repartie dans la direction du nord-est. Cette canonnade a provoqué des pertes importantes.
La progression serbe s'accentue en Bosnie. Au total, 60 000 Autrichiens ont été capturés par les armées du général Putnik, avec un formidable matériel.
Les Russes ont arrêté la marche des colonnes autrichiennes qui essayaient de franchir les Carpathes pour redescendre dans la plaine galicienne. Ils ont repoussé en Prusse les Allemands qui se trouvaient dans la région de Mlava. Une grande bataille se prépare dans les environs de Cracovie, où les adversaires concentrent d'énormes effectifs.
On signale de nouvelles mutineries des contingents tchèques dans l'armée autrichienne.
Le total des pertes prussiennes, bavaroises, saxonnes et wurtembourgeoises est évalué maintenant à 1.200.000 hommes.

Vendredi 18 décembre
Nos soldats ont enlevé des tranchées à la baionnette entre Nieuport et Ostende et consolidé leurs positions à l'est d'Ypres, progressé à Vermelles, atteint Saint-Laurent-Blangy sur la route d'Arras à Douai, réalisé de sérieuses avances à Ovillers, Mametz et Maricourt, dans la région de Péronne-Bapaume, tandis que notre artillerie lourde affirmait sa superiorité sur l'Aisne, dans l'Argonne et sur les Hauts-de-Meuse.
On apprend que nos aviateurs, au cours de leur raid à Fribourg-en-Brisgau, ont déterminé des dégâts énormes.
Le raid des croiseurs allemands, qui n'a d'ailleurs nullement ému l'Angleterre a fait de nombreux morts et plus de 400 blessés.
M Sonnino a déclaré au Parlement italien que la Turquie donnait complète satisfaction au cabinet de Rome au sujet de l'incident d'Hodeidah (Arabie).
Des désordres éclatent dans les grandes villes de l'Autriche et de la Hongrie, Vienne, Prague, Budapest; la population est lasse de la guerre : elle souffre du manque et du renchérissement des vivres et se plaint aussi de l'incapacité des généraux qui laissent envahir le pays au nord-est et au sud-est.
La Serbie publie un Livre Bleu d'où il résulte qu'après le meurtre de l'archiduc François-Ferdinand elle avait fait une démarche spontanée à Vienne pour dégager sa responsabilité.
M. de Bulow est arrivé à Rome.
L'armée monténégrine a progressé au delà de Visegrad en Bosnie.

Samedi 19 décembre
Nous enlevons un kilomètre de tranchées allemandes dans le nord (Auchy-lez-la Bassée, Loos, Saint-Laurent, Blangy) : c'est le fait important du jour. Mais nous avons aussi progressé le long des dunes de la mer du Nord, tandis que les Anglais s'avançaient dans la région d'Armentières. Notre artillerie lourde a pris l'avantage sur l'Aisne, près de Reims, et aux alentours de Verdun, où elle a détruit deux batteries lourdes allemandes. Dans l'Argonne, les ennemis après avoir fait sauter une de nos tranchées avaient essayé de déboucher en rase campagne. Ils ont été repoussés.
Les Russes entrent en grand nombre dans la Prusse orientale, après avoir rejeté les Allemands hors de la région de Mlava; ils refoulent une sortie de la garnison de Przemysl. Von Hindenburg s'est décidé à évacuer Lodz, concentrant ses forces plus au sud pour couvrir Cracovie.
Les Serbes estiment à 100.000 hommes les pertes des Austro-Hongrois dans leur pays. On confirme la nouvelle de la disgrace du général Potiorek, qui commandait l'armée d'invasion en Serbie.
L'Angleterre a proclamé son protectorat sur l'Egypte, c'est-à-dire la rupture de tout lien entre ce pays et la Tutquie; elle nomme sir Arthur Henry Mac-Mahon haut commissaire au Caire. Elle reconnaît en même temps le protectorat français au Maroc, tel que l'a constitué le traité de 1912. C'est La mise à exécution complète de l'accord franco-anglais de 1904.
Les trois rois de Suède, de Norvège et de Danemark se sont réunis à Malmoë pour discuter des intérêts communs des neutres scandinaves dans la crise.
Des paroles de protestation contre la brutalité et la barbarie teutonnes ont été prononcées par des chefs de parti aux Etats généraux de Hollande.
On annonce que Guillaume II, rétabli, va retourner au front.


   


Dimanche 20 décembre
Progression de nos troupes en Belgique, aux environs du cabaret Corteker, près de Dixmude, et aussi au sud d'Ypres. Middelkerke sur la côte a été atteinte. De la Lys à l'Oise, gain d'un kilomètre vers la Bassée; autres gains entre Arras et Douai; destruction d'une colonne allemande à Lihons, près de Chaulnes; fusillade dans les Vosges.
M. Millerand, ministre de la Guerre, déclare à la commision des finances du Sénat: "La situation militaire est meilleure qu'elle n'a jamais été ».
Les Allemands continuent à fortifier la côte de Flandre, entre Ostende et la frontière hollandaise, par crainte d'un débarquement anglais.
Les Russes ont repoussé l'armée allemande qui tentait de traverser la Vistule près de Dobrzin, et livrent bataille sur la Bzoura. Ils ont fait aux Autrichiens, au débouché des Carpathes, plusieurs milliers de prisonniers. Un régiment des hussards de la mort prussiens a été complètement anéanti près de Lodz.
Dans un brillant discours prononcé à Edimbourg, lord Rosebery l'ancien premier ministre libéral, dit que l'Angleterre vengera l'injure faite à ses côtes par l'escadre des croiseurs ennemis.
L'amirauté britannique dément les fausses nouvelles lancées par l'état-major naval allemand et d'après lesquelles plusieurs de ses contre-torpilleurs auraient été coulés devant Hartlepool et Scarborough.
Les serbes marchent rapidement sur Sarajevo, capitale de la Bosnie. Le nouveau ministre de Russie, prince Troubetzkoï, a été reçu par le prince Georges, héritier du trône serbe, à Kragoujevatz.
Les troupes franco-britanniques continuent à occuper le Cameroun en refoulant les troupes coloniales allemandes.
L'Italie a ouvert un emprunt d'un milliard.
Le général de Bessing, gouverneur allemand de la Belgique, a fait vainement des démarches auprès des journaux belges pour obtenir qu ils reparaissent. Les directeurs des journaux ont déclaré qu'ils ne reprendraient leurs publications que lorsque la Belgique serait rendue à son gouvemement légitime.



Lundi 21 décembre
Nous gagnons du terrain en avant de Nieuport et de Saint-Georges (au bord de la mer), ainsi qu'à l'est et au sud d'Ypres. Nous avons pris des tranchées ennemies de première ligne aux environs de la Bassée, repoussé de nouvelles attaques à Lihons, près de Chaulnes, forcé les Allemands à interrompre leur tir sur l'Aisne, refoulé plusieurs assauts dans l'Argonne.
Les Russes, après avoir réoccupé toute leur frontière du côte de Mlava ont recommencé la bataille dans toute la Pologne centrale. Ils ont effectué des contre-attaques en Galicie et culbuté la garnison de Przemysl qui tentait une sortie. La situation de cette place est de plus en plus effroyable.
D'après certaines statistiques, les pertes teutonnes en Pologne monteraient à 400.000 hommes.
Un croiseur russe a manifesté sa présence sur la côte syrienne. Les Turcs se sont retirés de la presqu'île du Sinaï qui dépend de l'Egypte et où ils avaient pénétré.
Les trois Etats scandinaves publient une note au sujet de l'entrevue des trois sonverains à Malmoë. Cette note affirme leur parfait accord pour le présent et pour l'avenir.
La Hollande annonce qu'elle va instituer le service militaire obligatoire personnel.
L'Italie crée de nouveaux régiments.
La mission de sir Francis Bertie, ambassadeur anglais à Paris, est prorogée pour une nouvelle période.

Mardi 22 décembre
Les opérations de nos troupes apparaissent dans l'ensemble beaucoup plus actives : en Flandre progrès près de Lombaertzyde, de Saint-Georges, de Bixschoote et de Zwartelem; l'ennemi se venge, il est vrai, en bombardant une fois de plus Ypres à longue distance.
Dans le Nord et le Pas-de-Calais, prise par nos troupes d'un bois près d'Aix-Noulette; dans cette région, entre Béthune, la Bassée et Lens, toute une série de tranchées allemandes sont tombées entre nos mains. Ici encore l'ennemi se venge en bombardant à nouveau Arras.
Dans la Somme, nos gros canons font taire ceux des Allemands et bouleversent leurs tranchées.
Autour de Reims et dans le reste de la Champagne, la supériorité de notre artillerie s'exerce également. En Argonne nous n'avons pas conquis moins de 1200 mètres de tranchées. Dans le bois devenu fameux de la Gruerie, où les ennemis sont formidablement retranchés, et où le combat continue depuis de longues semaines, nous avons fait exploser quatre sapes minées, et nos soldats se sont installés dans les excavations.
Progrès également sur le versant oriental de l'Argonne qui fait face à Saint-Mihiel.
Au nord de Verdun, sur la rive droite de la Meuse, nous avons gagné du terrain dans le bois de Consenvoye et ce mouvement, dont les journées suivantes préciseront la portée, est des plus significatifs.
Enfin, au sud de Verdun, dans les Hauts-de-Meuse, nos avant-postes ont également progressé près du fort Troyon.
Les autorités allemandes établies à Bruxelles ont forcé les neuf provinces de Belgique à constituer des délégués qui ont siégé en commun et envisagé la levée d'un tribut de guerre de 480 millions. Ce tribut devrait être acquitté en douze paiements.
Les Russes poursuivent les Allemands dans la Prusse orientale, après avoir culbuté toutes leurs défenses entre Mlava et Soldau. Toutes les attaques dirigées à nouveau par von Hindenburg sur la ligne de la Bzoura, à la gauche de la Vistule, ont été rejetées avec des pertes considérables pour lui. L'état-major russe signale encore un succès dans la Galicie occidentale sur la Dounaietz et un autre près de Przemysl. Il annonce que des renforts puissants viennent d'arriver aux généraux du tsar en Galicie.
L'armée russe du Caucase a décimé les troupes ottomanes dans la région de Van (Arménie).
L'ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Rome, le baron Macchio, a été rappelé temporairement par le comte Berchtold. On interprète de façons très diverses ce déplacement, et d'aucuns prétendent qu'il y aurait des dissentiments entre l'Allemagne et l'Autriche.
Les négociations progressent entre les gouvernements roumain et bulgare, en vue d'un accord balkanique.
Le prince Troubetzkoï, envoyé russe en Serbie, a présenté ses lettres de créance au prince héritier Georges. Tous deux, dans leurs allocutions, ont fait allusion à la nécessité de maintenir la paix entre les Etats des Balkans.
D'après un journaliste italien, la défaite autrichienne en Serbie a pris le caractère d'une humiliante débâcle. L'armée du général Potiorek a abandonné ses canons, ses fusils, ses approvisionnements.

Mercredi 23 décembre
Une attaque allemande a été repoussée aux abords d'Arras, où nous avons encore progressé. De même trois attaques ennemies ont été refoulées près de Lihons dans la Somme. En Champagne près de Perthes-lez-Hurlus, nos troupes ont enlevé trois ouvrages qui représentent un front de tranchées de 1500 mètres. Dans l'Argonne (bois de la Grurie, Vauquois), nous enregistrons plusieurs avantages.
Les Russes signalent des succès importants sur la rive gauche de la Vistule, entre ce fleuve et la Pilitza, où toutes les tentatives allemandes ont été repoussées, et en Galicie, où les Autrichiens ont subi de grosses pertes.
L'agitation slave prend un caractere de plus en plus accentué en Autriche et en Hongrie.

Jeudi 24 décembre
Nous avons progressé,en Flandre, entre la mer et la route de Nieuport à Westende, ainsi que dans la région Streenstraete-Bixschoote. A l'est de Béthune, les forces franco-anglaises ont repris le village de Givenchy-lez-la Bassée qui avait été perdu. Des combats d'artillerie ont eu lieu a l'est d'Amiens et sur l'Aisne. Nous avons terminé, près de Perthes-lez-Hurlus, la reconquête des tranchées dont l'occupation avait commencé le 21, en gagnant en moyenne 800 mètres. Une section de mitrailleuses a été capturée, personnel et matériel. Progrès également au nord-est de Beauséjour.
Sensible avance de nos troupes dans le bois de la Grurie.
Du front oriental, nouvelles assez mélangées. Les Allemands ont été repoussés, en Prusse orientale, sur la ligne Neidenburg-Soldau-Lautenberg. Mais en Pologne, ils ont pris pied sur la Bzoura inférieure et ils ont dépassé Skiernewice. En Galicie, les effectifs austro-allemands se sont rangés sur la ligne Grybow-Sanok, au nord des Carpathes.
Les journaux italiens annoncent que des troubles sont imminents à Constantinople. Talaat bey, ministre de l'Intérieur, qui a été jusqu'au dernier moment partisan de la paix, voudrait renverser Enver bey, qui est à l'armée et s'appuierait sur les éléments hostiles à l'Allemagne.
L'amiral Gallaghan est nommé commandant en chef de l'escadre anglaise du Nord.

Vendredi 25 décembre
En Flandre, nous avons progressé à la sape dans les dunes et aussi au sud-est d'Ypres, tandis que l'armée belge envoyait des détachements, au sud de Dixmude, sur la rive droite de l'Yser. Les zouaves se sont brillamment battus dans la région de l'Aisne en restant maîtres des tranchées de Puisaleine. Quatre cents mètres de tranchées ont encore été enlevés par nous en Champague à Mesnil-lez-Hurlus. L'ennemi, qui tentait une offensive, a été repoussé près de Consenvoye. Enfin notre infanterie a fait un bond important au nord-est de Saint-Dié, dans le Ban-de-Sapt.
Les Russes signalent des opérations favorables à leurs armes; à la frontière prusso-polonaise, vers Mlava, sur la Bzoura, près de Skiernewice, sur la Pilitza, en Galicie et dans les Carpathes.
L'escadre anglaise a détruit d'importants ouvrages d'art du Bagdad près d'Alexandrette(Asie-Mineure).
Deux aviateurs français ont survolé Sarrebourg.
Le général Potiorek, qui commandait l'armée d'invasion de la Serbie, a été disgrâcié. D'autre part le général von Hoeffer remplace le général Conrad de Hoetzendorf à la tête de l'état-major austro-hongrois.

Samedi 26 décembre
Nos troupes ont gagné du terrain entre Loos et Vermelles dans le Pas-de-Calais, à la Boisselle (Somme),- accru ou consolidé leurs progrès en Champagne, à Perthes et Mesnil-lez-Hurlus, où nous avons occupé maintenant toute la première ligne de défense ennemie - et sur le front Boureuilles-Vauquois, en face de Montfaucon en Argonne. Sur les Hauts-de-Meuse, près de Saint-Mihiel, les Allemands ont dû rétrograder; enfin dans les Basses-Vosges, nos avant-postes atteignent à Cirey-sut-Vesouze.
Sur le front oriental, le bulletin russe signale un gros échec allemand à la gauche de la Vistule, vers Sopatchew et Polimow; suite des combats sur la Pilitza; plus su sud, dévelopement de l'offensive russe sur les contreforts des monts Carpathes. Les journaux de Vienne commencent à reconnaître que les généraux du tsar ont ressaisi l'avantage en Galicie.
Une insurrection a éclaté en Albanie contre le gouvernement provisoire d'Essad pacha qui avait les sympathies de l'Italie. Le palais d'Essad a été incendié à Tirana. Il est avéré que cette révolte a été fomentée par les beys turcs, et vraisemblable qu'elle a été favorisée par le cabinet de Vienne, soucieux de créer des embarras au cabinet de Rome, son adversaire prochain.
Des troupes italiennes ont débarqué à Valona, qui est le Gibraltar de l'Adriatique.


Nos Morts




Alain Fournier 

Charles Peguy 

Psichari 


Dimanche 27 décembre
C'est la journée des contre-attaques allemandes repoussées. On les signate à Noulette (ouest de Lens), à la Boisselle (nord-est d'Albert), à Lihons (ouest de Chaulnes), à Chivy (nord-est de Soupir), dans la région de Perthes, et devant Cernay, en Alsace. Dans la région de Thann, nous avons progressé.
Un zeppelin a survolé Nancy, en causant des dommages matériels et en tuant deux personnes.
Les combats violents entre Allemands et Russes continuent sur le cours de la Bzoura. Les Allemands ont été refoulés avec des pertes énormes, des régiments entiers étant anéantis.
Les Autrichiens ont été battus sur le cours inférieur de la Nida, laissant 4000 hommes aux mains de leurs vainqueurs.
Le ministère japonais mis en échec par la Chambre sur la question des armements a prononcé la dissolution.
Les journaux italiens présentent l'occupation de Valona comme un avertissement à l'Autriche et à la Turquie.
Un cuirassé autrichien a été endommagé par une mine dans l'Adriatique.
Le chancelier de Bethmann-Hollweg a essayé de donner un démenti à la déclaration ministérielle française du 12.
Un nouveau sous marin anglais a pénétré dans les Dardanelles détruisant des mines.


Lundi 28 décembre
Les faits militaires importants ont eu lieu :
1- à Perthes-lez-Hurlus, où l'ennemi a contre-attaqué vainement pour reprendre les tranchées qu'il avait perdues.
2- A Saint-Hubert, en Argonne où les Allemands, sous le feu de notre artillerie, ont dû évacuer plusieurs trançhées.
3- A l'est de Saint-Mihiel entre Meuse et Moselle, où nous avons refoulé des attaques.
Nos avions ont bombardé, à Metz, les hangars d'aviation de Frascati, la gare et les casernes de Saint-Privat.
Nous continuons à avancer en Haute-Alsace, sur les hauteurs qui dominent Cernay.
Saint-Dié a été encore une fois bombardée, à longue portée.
Les Russes ont rejeté de nouvelles attaques allemandes, en Pologne, sur la Bzoura et la Rawka; ils ont battu les Autrichiens sur la Nida; ils les ont battus encore et forcés à une retraite précipitée au col de Doukla, dans les Carpathes. Au total, i1s ont capturé dans les trois derniers jours 10.000 ennemis environ.
Le gouvernement italien a envoyé à Valona un régiment de bersagliers pour remplacer les fusiliers marins qui y avaient d'abord débarqué.
Des avions anglais ont survolé le port militaire allemand de Cuxhaven: des avions français ont paru au-dessus du port militaire de Pola, le grand arsenal de l'Autriche-Hongrie dans l'adriatique.
Conrad de Wied, ex-roi d'Albanie, qui s'était enfui devant la sédition de ses sujets et qui avait repris du service dans l'armée allemande, fait savoir qu'il n'a nullement abandonné ses prétentions au trône de Durazzo.

Mardi 29 décembre
Notre avance s'est poursuivie en Belgique, à l'est de Lombaertzyde, où nous arrivons au centre même de la résistance allemande dans les dunes; nous avons gagné 800 mètres de tranchées à Carency, près de Lens.
Le canon a violemment tonné dans les régions de Reims et de Perthes. Progrès de nos soldats dans l'Argonne et sur les Hauts-de-Meuse. Ils repoussent une contre-attaque allemande en Haute-Alsace, près de Stembach.
L'amirauté anglaise publie un récit détaillé du combat qui a eu lieu devant Cuxhaven, le grand port militaire allemand, entre des hydroplanes britanniques, des zeppelins, des avions et des sous-marins ennemis. Les zeppelins canonnés par des croiseurs rapides qui accompagnaient les hydravions ont dû s'enfuir. Ceux-ci ont bombardé Cuxhaven. L'émotion est grande à Berlin.
Les combats sur la Bzoura, en Pologne, continuent à coûter des milliers d'hommes aux corps de von Hindenburg.
Suivant un grand journal anglais, le Daily Telegraph, ce général immole division sur division dans son effort pour gagner Varsovie. Le kaiser lui a, en effet, enjoint d'emporter cette ville, mais il semble certain qu'il ne la prendra pas.
On se bat également sur la Nida, où les Allemands ont dessiné une violente offensive. Là ils pénétrèrent dans plusieurs villages où ils commirent leurs brutalités coutumières, mais les Russes revenant sur leurs pas, les chassèrent et en capturèrent plus de 3500.
Le gouvernement italien a notifié le débarquement à Valona au gouvernement hellénique. Il est à noter que cette opération suscite quelques réserves parmis les journaux de Rome. Plusieurs d'entre-eux estiment qu'il eût mieux valu concentrer tous les efforts sur le Tyrol et à la frontière orientale.
Les électeurs japonais sont convoqués pour le 25 mars.
Des manifestations anti-allemandes ont eu lieu dans plusieurs villes de la Hongrie.
Plusieurs fonctionnaires ont été arrêtés en Italie pour complicité de contrebande de guerre au profit de l'Allemagne. Le gouvernement de Rome a marqué par là son désir de garder la plus stricte neutralité.
L'Autriche qui envoie le restant de ses troupes disponibles vers les Carpathes en est réduite à la défensive en Bosnie-Herzégovine, où les troupes serbes et monténégrines ont fait irruption de nouveau. La panique règne du reste à Sarajevo, la capitale de la Bosnie, d'où une partie de la population s'est enfuie.
La Gazette de Cologne, qui est un des grands organes officieux du cabinet de Berlin, fait l'apologie du " mensonge patriotique " Elle estime que du moment où l'on est entré dans cette voie il n'est plus aucune raison de s'arrêter.
Le Lokal Anzeiger qui est une des gazettes les plus répandues de Berlin, a adressé à un certain nombre de personnalités germaniques, cette question palpitante : pourquoi L'Allemagne sera-t-elle victorieuse? Aucune de ces personnalités n'a mis en doute la victoire de L'Allemagne. La plupart, sans chercher d'autres arguments, ont répondu avec simplicité : l'Allemagne sera victorieuse parce qu elle est l'Allemagne.
Le chef du parti conservateur, M. de Heydebrand, qui a été plus explicite, estime que la Russie n'a plus de troupes, que la France en est réduite à la défensive, que l'Angleterre ne pourra plus débarquer de soldats sur le continent et qu'elle est menacée dans ses ravitaillements futurs. Et ces affirmations extraordinaires, contraires à toute vérité, n'ont surpris personne outre-Rhin.
L'opinion turque est de plus en plus irritée contre les Allemands. Elle croit que ceux-ci sont définitivement et bien battus. Les échecs des forces ottomanes en Arménie et en Egypte ont d'ailleurs quelque peu dissipé la jactance qui régnait à Constantinople. Les hommes politiques de Stamboul, qui suivent de près les événements européens redoutent que la Turquie ne soit entraînée dans la débâcle des deux empires germaniqnes. Et d'ailleurs leur pays manque de plus en plus d'argent et l'Allemagne qui n'en a pas assez pour elle-même se montre de moins en moins généreuse.

Mercredi 30 décembre
Nos troupes ont enlevé en Belgique le village de Saint-Georges. L'ennemi a canonné le front au nord de Roye, spécialement du côté du Quesnoy-en-Santerre. Progrès de nos soldats dans l'Argonne, et sur les Hauts-de-Meuse, où nous repoussons quelques contre-attaques. En Alsace, nous avons marqué des avances sérieuses du côté de Steinbach, sur un éperon montagneux qui domine la région de Thann.
On annonce que le raid des hydravions anglais à Cuxhaven a produit des dégâts importants. Un Parseval et son hangar auraient été détruits; des Zeppelins et leurs hangars endommagés. Les unités navales britanniques n'ont, de leur côté, subi aucune perte.
Le drapeau italien a éte hissé sur la ville de Valona. Cette occupation disent les journaux de Rome, ne signifie nullement que le gouvernement ait le désir de se lancer à corps perdu dans l'aventure albanaise. La presse autrichienne n'en marque pas moins sa mauvaise humeur.
Le colonel Barone, le plus connu des écrivains militaires italiens a fait appel à la jeunesse, dans une conférence, pour la guerre offensive contre l'Autriche.
Les troupes austro-hongroises ayant renoncé à une nouvelle attaque en Serbie se fortifient contre les Serbes en Bosnie-Herzégovine.
La misère s'aggrave à Budapest où se multiplient les démonstrations populaires contre la guerre. Des manifestations se produisent également à Vienne.

Jeudi 31 décembre 1914
Nous avons encore progressé le long de la côte de Flandre, enlevé un point d'appui près de Zonnebeke; marqué une avance en Champagne et aussi dans l'Argonne, près du Four-de-Paris, repoussé une attaque au col du Bonhomme, consolidé nos positions en Alsace.
Les communiqués russes indiquent non seulement que les allemands ont vu arrêter leur offensive sur les lignes de la Bzoura, de la Pilica, de la Nida, mais encore qu'ils sont réduits partout à la défensive. Des milliers de prisonniers leur ont été faits. De leur côté, les Autrichiens ont été contraints à fuir si vite vers les Carpathes qu'ils ont laissé 50000 hommes aux mains des armées du tsar. En somme, le grand plan d'attaque élaboré par von Hindenburg a complètement échoué. Le contact a été rompu entre les forces autrichiennes et les forces allemandes. La Hongrie est ouverte une fois de plus à l'invasion.
Battus en Arménie par l'armée du vice-roi du Caucase, les Turcs se vengent en commettant d'odieuses atrocités.
Les Etats-Unis ont remis une note d'ailleurs concue en termes trés amicaux, au ministère anglais des Affaires étrangères. Ils y insistent sur les difficultés que la police des mers, telle qu'elle est exercée par le gouvernement britanniqne, crée au commerce des neutres.
Essad pacha a refusé de faire la guerre à la Serbie et d'acheter à ce prix la soumission des rebelles albanais.