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- Avant tout, question d'atavisme. Quand les Germains, nomades et prolifiques, vivant sous la tente au milieu de leurs troupeaux, se sentaient trop nombreux ou trop privés, ils se jetaient sur leurs voisins plus civilisés et sédentaires, pour les piller et pour s'étendre à leurs dépens. La guerre était leur principale industrie. Il n'y a rien de changé sous le soleil. Mais s'il est vrai qu'à l'origine de toutes les invasions des Barbares se trouve le problème de l'existence matérielle, il est inconcevable qu'après des siècles de civilisation, ce puisse être encore la raison que certains Allemands sincères donnent, cyniquement, de leur agression. Ceux-là sont peu nombreux d'ailleurs, car la masse croit ou semble croire fermement à une Allemagne pacifique, réduite à se défendre parce que entourée d'ennemis acharnés à sa perte. Nul ne méconnaît, en vérité, les difficultés sociales causées par l'accroissement extraordinaire d'une population passée de 41 millions en 1871 à plus de 65 en 1913. Mais le courant d'émigration qui en était résulté offrait tout à la fois une première solution et un puissant moyen d'extension de l'influence allemande à l'extérieur. On peut même penser que ce genre d'infiltration aurait, à la longue, permis à l'Allemagne de dominer la plupart des marchés du monde. Cette conquête économique et sûre devait cependant paraître trop lente et ne pas satisfaire les ambitions allemandes, car le Gouvernement ne voulut voir dans ses émigrants que des soldats perdus pour la guerre et il s'efforça de les retenir en Allemagne, en donnant un essor considérable à l'industrie nationale. Le développement inouï de cette industrie, en améliorant les conditions de la vie, fit, en effet, tomber le nombre annuel des émigrants de 171.000 en 1885 à 22.900 en 1898. Malheureusement, pour vivre et prospérer, cette industrie pléthorique, avait besoin d'accroître indéfiniment ses débouchés. Or, bientôt, après des victoires commerciales indéniables. L'Allemagne avait vu les peuples voisins se défendre, les marchés se fermer plus ou moins et son propre développement commercial menacé d'un désastre, cependant que sa population continuait à croître et que le malaise social s'accentuait. La solution eût été peut-être dans l'adoption du libre-échange, mais il aurait fallu sacrifier l'agriculture allemande, qui ne pouvait vivre sans protection, et les hobereaux, grands propriétaires fonciers, ne voulaient à aucun prix de ce régime nouveau. Cette agriculture subissait d'ailleurs elle même une crise grave. Si le développement industriel avait réussi a enrayer le mouvement d'immigration à l'étranger, il avait, en revanche, crée celui des campagnes vers les centres ouvriers; et ce mouvement avait pris des proportions telles qu'en 1913, la population des villes représentait 50 millions d'habitants et celle des campagnes 17 millions seulement. Les ouvriers agricoles font défaut partout, et, depuis longtemps déjà, l'Allemagne est obligée de faire appel à la main-d'oeuvre étrangère, polonaise-autrichienne, puis ruthène et russe. En dernier lieu, les travailleurs slaves sont au nombre de plus de 760.000. Or, la Russie est devenue exigeante; elle ne veut plus des conditions du traité de commerce qu'elle a dû accepter en 1904, et que la presse qualifie de chantage et de duperie. Bref, elle menace de refuser ses ouvriers agricoles. C'est bien la faillite de la politique mondiale de l'Allemagne qui s'esquisse et, après quelques essais d'intimidation exécutés avec un tact tout germanique, c'est à la guerre que les Barbares modernes auront recours pour rétablir leurs affaires, c'est-à-dire pour s'étendre aux dépens des voisins, les piller et les réduire en esclavage économique. Cette politique mondiale, à laquelle nous faisons allusion, se manifeste dès que l'Allemagne a consacré son unité en 1871 et solidement assuré sa situation en Europe. Mais c'est Guillaume II qui lui donne l'impulsion agressive fatalement destinée à précipiter le mouvement, en s'aliénant l'Angleterre et le Japon par ses initiatives et ses extravagances, dont on peut rappeler les suivantes: création de la flotte de guerre, expansion coloniale, acquisition de points d'appui en Orient, voyage en Palestine suivi du projet de chemin de chemin de fer de Bagdad, intervention à Tanger au sujet de la question marocaine, conférence d'Algésiras et accord ( ? ) de 1909, à ce sujet. Enfin, convention relative au Congo. Cet empereur, dont le gouvernement ne fut qu'une série de coups de barre alternatifs et parfois incohérents pour se maintenir en équilibre entre le courant du suffrage universel, penchant vers le socialisme, et celui du parti agrarien, égoïste et aveugle dans son absolutisme, cet empereur orgueilleux et mégalomane, disons-nous, a certainement sa part de responsabilité dans le déchaînement de la tourmente qui a secoué le monde entier; mais celle de la nation allemande et de ses classes dirigeantes n'est pas moindre. Instruit par la crise économique et par le mécontentement qui en résultait, le peuple (les masses ouvrières surtout) aurait pu, sinon faire abolir le protectionnisme, puisque le Parlement était partagé en deux camps à peu près égaux, du moins ne pas suivre servilement ses gouvernants et s'efforcer d'enrayer la marche à l'abîme. Quant aux hobereaux, maîtres du parti militaire, ce sont les plus coupables. Sans souci du redoutable inconnu dans lequel ils allaient engager leur pays par la guerre, et se croyant sûrs d'arriver à l'asservissement de la France, ils sont allés jusqu'à l'intimidation, jusqu'à la menace voilée, pour faire marcher leur souverain par deux fois défaillant: ils n'ont pas hésité à agiter à ses yeux le spectre d'un kronprinz frondeur et tout prêt à prendre sa place pour l'ultime décision. Pour le kaiser, c'était la guerre ou la déchéance; son choix ne pouvait être douteux et on est en droit d'affirmer sans crainte que la question d'humanité n'a pesé aucun poids dans la balance. Mais s'il fut simplement alors l'hésitant et fatal serviteur d'une politique de forbans et d'un peuple abusé, il porte la lourde responsabilité d'avoir rendu, dès 1911, la guerre inévitable par l'intensité donnée a sa préparation et par la surexcitation méthodique de l'esprit national. |
| FRANCE 21 corps d'armée actifs
GRANDE-BRETAGNE 22 divisions de réserve 4 brigades de territoriale 10 divisions de cavalerie, auxquelles viennent s'ajouter dans le courant août : 2 divisions d'Algérie 1 division du Maroc 1 division alpine et 5 groupes alpins soit, au total, la valeur de 34 corps d'armée et de 10 divisions de cavalerie. 2 corps d'armée BELGIQUE6 divisions d'infanterie ALLEMAGNEL'ensemble des forces alliées représente ainsi: 39 corps d'armée, 12 divisions de cavalerie. 21 corps d'armée actifs 13 corps d'armée de réserve 17 brigades mixtes de landwehr équivalant à 4 corps d'armée 33 brigades de landwehr équivalant à 8 corps d'armée 10 divisions de cavalerie A partir du 5 octobre, il faut ajouter à cette énumération : 5 corps d 'armée 1/2 formés de volontaires, de landwehriens et de contingents des dépôts 1 division de fusiliers marins soit au total: 52 corps d'armée et 10 divisions de cavalerie. |
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