La bataille de Cambrai

20 novembre - 7 décembre 1917




Dans la seconde quinzaine de novembre, le maréchal Douglas Haig va monter une offensive dans des conditions nouvelles qu'il est intéressant de préciser.
Il s'agit toujours, comme à Verdun et à la Malmaison, d'opérations à objectif limité; mais cette fois l'offensive débutera par une attaque brusquée en un point où l'ennemi ne peut l'attendre.
Le secteur choisi est celui de Cambrai, le plus dégarni pour le moment parce que l'ennemi a dû porter toutes ses disponibilités soit en Flandre, soit au Chemin des Dames, pour alimenter la lutte qui lui a été imposée par les alliés sur ces différents théâtres.
L'opération ne visera pas précisément à la prise de Cambrai, mais seulement à 1'occupation de Bourlin, de manière à constituer, dans cette région, un flanc solide face à Cambrai et pouvoir ensuite opérer entre Bourlon et la Sensée dans la direction du nord-est.
La région étant favorable à l'emploi des tanks, un rôle très important sera dévolu à cette arme, qui trouvera d'ailleurs de grandes facilités pour se dissimuler dans les bois à proximité du terrain d'action.
Mais l'opération aura de plus ce caractère particulier que la préparation par l'artillerie sera supprimée, la destruction des fils de fer devant être opérée par la progression des tanks eux mêmes. Au déclenchement de l'attaque, l'action du canon se traduira seulement sous forme de barrages et de contre-batteries.
Quant à l'époque choisie, elle était des plus favorable: en effet, l'ennemi était absorbé, dans le secteur de Cambrai, par la construction de nouvelles lignes de défense qui étaient loin d'être terminées; et les effectifs dont il pouvait disposer n'avaient pas encore été renforcés par les forces devenues libres à la suite des échecs des Russes et que les Allemands ne ramèneraient vraisemblablement sur le front occidental qu'au cours de l'hiver.
Il fallait donc se hâter et c'est pourquoi, tous les préparatifs ayant été achevés en secret, les tanks et l'infanterie se portèrent à l'attaque le 2O novembre, à 6 h. 20, sans bombardement préalable, entre Gonnelieu et le canal du Nord près d'Hermies, sur un front de 9.600 mètres.
Les tanks, au nombre de près de 180, écrasent les réseaux et ouvrent de larges pistes à l'infanterie qui suit de près. Lorsque la position ennemie est dépassée, les fantassins nettoient les abris sous la protection des tanks qui patrouillent ou continuent la progression.
Devant cette ruée tout cède, sauf en quelques centres de résistance obstinée comme au bois Lateau (4 kil. Nord-est de Gonnelieu) et à Flesquières. Cependant les Rues-Vertes, Marcoing, Graincourt et Anneux sont emportés, avec plus de 5.000 prisonniers.
Sur la majeure partie du front d'attaque, il n'y a plus rien devant les Anglais; mais l'exploitation immédiate d'un tel succès n'a pas été prévue : les réserves manquent; on s'arrête donc et cette défaillance est soulignée, comme il suit, par Ludendorff dans ses Souvenirs de guerre: « Le chef de l'armée anglaise n'exploita pas son grand succès, autrement nous n'aurions jamais pu limiter la brèche. »
Le soir du 20 novembre, le front forme ainsi deux saillants de cinq kilomètres de profondeur vers Marcoing et Anneux, entre lesquels l'ennemi s'est cramponné au rentrant de Flesquières.
L'action continue le 21; Flesquières est pris ainsi que Cantaing et Fontaine-Notre-Dame; à l'ouest de ce bourg, on atteint les lisières sud du bois de Bourlon, tandis qu'au sud-est on progresse au delà du canal de l'Escaut.
Il est clair que, malgré un beau succès qui a permis l'établissement d'un flanc défensif face à Cambrai, l'objectif principal, Bourlon, n'a pas été atteint; d'autre part, les réserves allemandes commencent à arriver. Il faut prendre une décision : continuer l'offensive ou abandonner les positions en contrebas du bois de Bourlon.
Le maréchal Dougias Haig se résout à poursuivre l'opération. Il espère aider les Italiens en fixant sur son front les divisions allemandes qui pourraient être envoyées vers le Tyrol. et puis, il a récupéré deux divisions qui précisément étaient destinées â l'Italie : peut-être enlèvera-t-il la position de Bourlon avec ce renfort.
Le 22 novembre est un jour de relève, mais les Allemands attaquent et reprennent Fontaine-Notre-Dame.
Les jours suivants, la crête de Bourlon est furieusement disputée. Le village tombe aux mains des Anglais le 24. mais il est perdu le lendemain.
Une nouvelle attaque est préparée pour le 27 novembre. Les tanks y prennent une très grande part : on occupe de nouveau Fontaine-Notre-Dame et Bourlon, mais les contre-attaques allemandes parviennent à en chasser les forces britanniques.
Les journées des 28 et 29 novembre se passent dans un calme relatif; puis, le 30, ce sont les armées allemandes qui attaquent à 7 h 30, après une courte et très violente canonnade, entre Vendhuile et Masnières.
Dans la partie nord du secteur d'attaque, c'est-à-dire vers Masnières, bien que certaines batteries d'artillerie aient été prises à revers, les divisions britanniques parvinrent à conserver à peu près toutes leurs positions.
Mais il en fut autrement au nord de Banteux et dans le secteur de Gonnelieu, où les garnisons des tranchées se trouvèrent submergées par les assaillants. En effet, le bombardement avait obligé les troupes de première ligne et les soutiens à se terrer dans leurs abris, alors que la brume très matinale n'avait pas permis à l'aviation de signaler les rassemblements de l'ennemi qui pouvaient faire prévoir une attaque très prochaine. Quand l'assaut se produisit, après un court bombardement, les guetteurs furent eux-mêmes surpris et lorsque les défenseurs surgirent en hâte de leurs souterrains, ils étaient déjà en plusieurs points dépassés par les troupes d'attaque.
Le désordre fut encore accru par l'apparition d'avions allemands volant bas pour mitrailler l'infanterie anglaise et couvrir le terrain de bombes fumigènes. Les progrès de l'ennemi furent ralentis d'abord par la résistance acharnée de fractions isolées et par des détachements de mitrailleurs qui se firent tuer sur place aux environs du bois Lateau, de la Vacquerie, de Villers-Guislain, etc., puis par l'intervention des réserves locales. Enfin, vers midi, la Garde britannique entra en ligne vers Gouzeaucourt et repoussa l'assaillant à l'est de ce village. Elle fut brillamment aidée, dans l'après-midi, par trois bataillons de tanks. La Vacquerie avait été reconquis et le front se raccordait avec Masnières.




Ce n'était cependant là, pour l'ennemi, qu'une action secondaire destinée à attirer les disponibilités, car deux heures après, l'offensive principale se déclencha au nord, entre Fontaine-Notre-Dame et Moeuvres.
Après un violent bombardement de préparation, les Allemands se ruèrent en vagues compactes et concentriquement sur la hauteur du bois de Bourlon (sud est du village); l'infanterie était précédée d'un barrage roulant d'artillerie. L'attaque s'étendit bientôt, à l'ouest, jusqu'à Moeuvres, et prit un caractère de violence extraordinaire : on put compter cinq attaques puissantes que l'ennemi lançait sans aucun souci des pertes, en s'efforçant de tourner par l'ouest le bois de Bourlon.
Le front anglais fut, en effet, percé de ce côté; mais les masses allemandes tombèrent alors sous les coups directs de l'artillerie de campagne et furent disloquées, au moment même où les contre-attaques britanniques parvenaient finalement a enrayer avance de l'ennemi.
Le 1er décembre, la bataille continua furieuse sur tout le front : Gonnelieu fut repris par les Anglais et on atteignit les lisières de Villers-Guislain, tandis qu'au nord toutes les attaques allemandes étaient rejetées dans le voisinage de Marcoing, Fontaine-Notre-Dame et Bourlon.
Le 2 décembre, l'ennemi renouvelait ses attaques entre Gonnelieu et Marcoing et réussissait à s'emparer de la Vacquerie. Les combats continuent, mais la journée du 4 décembre se passe dans un calme relatif, qui dénote l'état d'épuisement de l'assaillant.
En résumé, le résultat de ses furieuses et coûteuses attaques est médiocre : s'il a pu entamer le front britannique à l'aile droite entre Crèvecoeur et Vendhuile, il n'a pas sensiblement progressé au nord. Toutefois, la position des Anglais est trop aventurée vers le nord en raison du fléchissement du flanc de l'Escaut, et c'est pourquoi le maréchal décide de replier son front sur la crête au nord de Flesquières. Le mouvement commence dans la nuit du 4 au 5 décembre et se trouve heureusement achevé le 7 au matin.
Ainsi se termina cette opération qui, après de brillants débuts, ne donna pas le résultat final espéré. Il est permis de considérer cependant que l'armée britannique restait en possession de 12 kilomètres de la ligne Hindenbourg et que la concentration des forces contre l'Italie avait été suspendue au moment critique où nos alliés faisaient tête sur la Piave.





Novembre 1917