Le général Pershing était venu en France en juin 1917, investi par son gouvernement du commandement des forces expéditionnaires envoyées dans notre pays.
Les premières divisions américaines, formées et instruites sur notre territoire, entrèrent en secteur à l'automne de la même année.
En vue de les aguerrir progressivement par contact avec les vieilles troupes de l'Entente, en vue également de permettre à leurs états-majors et à leur services de se constituer et de s'initier à leur complexe mission, ces divisions furent réparties dans les différentes armes alliées où elles reçurent le baptême du feu.
Un certain nombre d'entre elles furent jetées dans la bataille de juin 1918, où elles contribuèrent par leur magnifique élan à arrêter l'ennemi entre la Marne et l'Ourcq; elles prirent ultérieurement une part brillante à la contre-offensive du 18 juillet.
Au cours de ce dernier mois, un état-major américain fut constitué à la Ferté-sous-Jouarre et fit ses essais de mise en oeuvre des services de combat et d'entretien.
C'est alors qu'à la demande du général Pershing, le général Foch décida, à titre de commandant en chef interallié, que les divisions américaines que leur état d'entraînement permettrait d'engager dans la bataille, seraient groupées en une armée placée sous le commandement américain pour agir dans une zone d'action distincte.
La formation de cette armée fut tout d'abord envisagée dans la région au nord de la Marne où se trouvaient la plupart de ses éléments constitutifs et où elle devait prendre la place de notre Ve armée; mais, pour différentes raisons et, notamment, selon la propre expression du général Pershing, en vue de marquer son entrée en ligne par des « succès frappants », sa réunion eut lieu en Woëvre et sur la Meuse dans le courant du mois d'août.
Le général Pershing en prit le commandement et, très généreusement, se subordonna pour les opérations au général commandant en chef les armées françaises.
On a vu cette armée faire ses premières armes de la façon la plus brillante lors de la réduction du saillant de Saint-Mihiel, puis livrer les dures batailles de Montfaucon, Romagne et Haumont-Samogneux.
Mais, pendant ce temps, les troupes américaines continuaient à débarquer en France, à raison de 300000 hommes par mois, de sorte que dès le début d'octobre, le général Pershing, entreprenait la mise sur pied d'une nouvelle armée.
Cette deuxième armée fut constituée sur la rive droite de la Meuse. Le général Pershing en confia le commandement eu général Robert Hunter Ligget, qui commandait précédemment le 4e corps d'armée, et se réserva le commandement de ce groupe de deux armées.
Le 13 octobre, après en avoir conféré avec le général Pétain, le général Pershing demandait au général Foch d'être dorénavant placé au même rang que les autres commandants en chef des différentes armées alliées, c'est-à-dire de n'être subordonné qu'au seul commandement interallié.
Le 16 octobre, le maréchal Foch faisait droit à cette requête qui légitimait l'importance de l'intervention américaine, de sorte qu'à partir de cette date le groupe d'armées du général Pershing opéra en toute indépendance du commandement français.
Peut-être, cette disposition, rationnelle en soi, était-elle prématurée, si l'on considère combien était encore incomplète l'expérience des états-majors américains.
« La séparation des commandements semble n'avoir pas été heureuse », et, en effet, un certain décousu se manifesta immédiatement dans les opérations que la Ire armée américaine et notre Vie armée poursuivaient de part et d'autre de l'Argonne septentrionale.
La nécessité d'une autorité chargée de coordonner l'action de ces deux armées se manifestant de façon impérieuse, la maréchal Foch prescrivait, le 25 octobre, au général Maistre, commandant le G.A.C., et en prévision de l'offensive projetée pour le 1er novembre, d'assurer personnellement la coordination des opérations de ces armées avec les siennes.
Il faut remarquer, d'autre part, que depuis le milieu d'octobre, la constitution d'une zone purement américaine avait provoqué un certain ralentissement des opérations en Champagne et sur la Meuse. Quatre divisions françaises devaient, en effet, être retirées de la zone américaine pour être ramenées sur le front français et un nombre égal de divisions américaines devait quitter la Ive armée et le groupe des armées de l'est pour rallier le front américain.
Seul, notre 2e corps colonial restait rattaché pour un certain temps encore à la IIe armée américaine.
Comme complément à sa directive du 19 octobre, le maréchal Foch précisait, le 21, que : « le but général à poursuivre dans les actions combinées de la Ire armée américaine et de l'aile droite de la Ive armée française était d'atteindre la région de Buzancy (Ire armée américaine), le Chesne ( IVe armée française ) pour débloquer par l'est la ligne de l'Aisne ».
Du 13 au 26, le général Maistre, commandant du G.A.C., arrêtait avec la Ive armée les dispositions à prendre en conséquence :
Le 9e corps devait attaquer en direction de Châtillon-sur-Bar, flanqué à gauche par le 14e marchant sur Voncq et à droite par le 38e progressant vers la Croix-aux-Bois.
Le jour fixé pour l'attaque était le 1er novembre.
1er novembre. -Le 1er novembre, la Ire armée américaine s'enfonce par son centre jusqu'au delà de Bayonville et de Remonville.
A sa gauche, la Ive armée progresse de part et d'autre de Vouziers; au sud, elle arrive jusqu'aux abords de Primat; au nord, elle enlève Voncq.
2 novembre – Le 2, l'ennemi cède sur tout le front de la Ire armée américaine qui s'avance, à gauche, jusqu'à Briquenay; au centre, au delà de Buzancy et de Barricourt; à droite, jusqu'à Villers-devant-Dun.
La IVe armée, de son côté, dépasse Primat et arrive devant la Croix-aux-Bois.
3 novembre – Le 3, la progression continue sur une profondeur de 5 à 6 kilomètres.
Les Américains dépassent Saint-Pierremont et Vaux-en-Dieulet.
La IVe armée réoccupe le Chesne et atteint le Bar.
4 novembre – Le 4, la Ire armée américaine dépasse les Petites-Armoises, Osches et traverse à droite la forêt de Dieulet.
5 novembre – Le 5, le mouvement de retraite de l'ennemi s'étend sur tout le front du G.A.C.
Le général Maistre a, en effet, prescrit dès le 30 à la Ve armée de se tenir prête à prendre l'offensive et elle entre en action le 5 novembre.
D'après ses ordres, les IVe et Ve armées doivent prendre leur direction générale de marche vers le nord-est et la Ire armée américaine se rabattre sur la Meuse, sa gauche marchant vers Mouzon.
Dans cette journée du 5, les Américains dépassent à gauche Stonne et la Besace; par leur centre et leur droite, ils arrivent en face de la Meuse, à Stenay et à Dun; au sud de cette dernière localité, ils franchisses la rivière jusqu'à Vilosnes.
La IVe armée ne progresse ce jour-là que par sa droite qui, s'élevant au nord du Chesne, dépasse l'étang de Bairon.
La Ve, au contraire, fait un bond de 5 kilomètres au delà de Château-Porcien et de Bannogne. A la fin de la journée, elle est en face de Seraincourt, Son et Inaumont.
L'ennemi ne tient nulle part et désormais la poursuite va prendre une allure rapide, bien qu'elle soit retardée par la destruction de tous les ouvrages d'art sur les routes.
6 novembre – Le 6, les Américains bordent la Meuse de Villemontry à Stenay; plus au sud, ils franchissent la rivière dans la région de Sassey-sur-Meuse et s'avancent jusqu'à Lion et Murvaux.
Quant au G.A.C., il fait un bond de 7 à 8 kilomètres en moyenne et passe tout entier au nord de l'Aisne.
La IVe armée dépasse Raucourt à droite et Tourteron à gauche.
La Ve porte sa droite de Rethel jusqu'à quelques kilomètres de Nouvion-Porcien et sa gauche au delà de Chaumont-Porcien.
7 novembre – Le 7, les Américains élargissent à droite la tête de pont au delà de la Meuse jusqu'à Brandeville, tandis qu'à gauche ils atteignent Mouzon.
La Ive armée, à droite, borde la Meuse, de Sedan à Mouzon; à gauche, elle est arrivée jusqu'à Launois.
La Ve armée gagne 15 kilomètres; elle dépasse les forêts de Mortier et de signy; à la fin de la journée, son front passe part Liart, Signy-l'Abbaye, Launois.
8 novembre – Le 8 novembre, la droite américaine se rapproche de Damvillers.
La Ive armée borde, de Sedan à Mézières, la Meuse que la Ve a atteint également par sa droite.
9 novembre – Le 9, les Américains gagnent encore du terrain au delà de la Meuse, entre Stenay et Vitarville.
La IVe armée entre dans Mézières.
La Ve porte son front à 15 kilomètres au delà de Rumigny et d'Aubenton.
10 novembre – Le 10, les Américains occupent Stenay et continuent leur marche en direction de Montmédy.
La IVe armée franchit la Meuse à Vrigne-Meuse.
La Ve dépasse Renwez et progresse sur tout son front en direction de Monthermé.
11 novembre – Le 11, jour de l'armistice, le front du G.A.C. Passe par les abords de Monthermé, Charleville, Mérières et Sedan; celui des Américains va de Mouzon à Damvillers par Stenay.