28 juin : Assassinat à Sarajevo, de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche
28 juillet : l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie
1er août : Ordre de mobilisation générale en France et en Allemagne
1er août : l'Allemagne déclare la guerre à la Russie
3 août : l'Allemagne déclare la guerre à la France
4 août : la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne
5 août : le Monténégro déclare la guerre à l'Autriche
6 août : l'Autriche à la Russie, la Serbie à l'Allemagne
8 août : le Monténégro à l'Allemagne
12 août : la France à l'Autriche, la Grande-Bretagne à l'Autriche
23 août : le Japon à l'Allemagne
25 août : le Japon à l'Autriche
28 août : l'Autriche à la Belgique
4 novembre : la Russie et la Serbie à la Turquie
5 novembre : la Grande-Bretagne et la France à la Turquie




Le Corps de garde à la gare de l'Est en août 1914. La mobilisation générale se fit le dimanche 2 août dans l'enthousiasme. Elle se poursuivit les jours suivants avec ordre et confiance. De quart d'heure en quart d'heure, les convois quittaient la gare vers laquelle montaient continuellement officiers et soldats, la capote relevée sur le pantalon garance, infirmières et religieuses hospitalières, ainsi que de longues files de chevaux. La nation, unie pour sa défense, ignorait à quel point la préparation matérielle était insuffisante, et à quel carnage elle allait être exposée.

La dernière étreinte sur le quai de la gare Victoria, à Londres
La Grande-Bretagne, première puissance navale du monde est légitimement fière des équipages de sa formidable flotte. Aux 74000 marins allemands elle peut en opposer, en effet, 146000. Les "Blue Jackets" sont trés populaires en Angleterre, aussi la foule se pressait-elle dans toutes les gares pour les encourager par ses acclamations enthousiastes au pénible moment du départ. Combien il est émouvant dans sa simplicité le baiser de ce père à son fils, tout fier de porter lui aussi, le col bleu des marins.
 

LES FORCES EN PRESENCE

  L'attaque allemande à l'ouest et la bataille de la Marne
1 : les Allemands envahissent la Belgique ( prise de Liège, le 16 août ); l'armée belge se replie, en combattant sur Anvers
2 : Une double offensive française, déclenchée de part et d'autre du camp retranché de Metz subit un échec complet (19-23 août). Les armées alliés doivent se replier pour éviter l'encerclement.
3 : l'aile marchante allemande, qui a cru pouvoir négliger Paris, provoque, dans sa réaction à une menace de flanc
4 : une brèche dans son dispositif.
5 : Les Français et les Britanniques y pénètrent, et il en résulte la " Victoire de la Marne "(6-11 septembre).
6 : Les Allemands se replient jusqu'à l'Aisne.
 




Mercredi 12 août
Jusqu'ici, la guerre commence bien et tous les engagements nous sont favorables.
Diplomatiquement, politiquement, nous n'avons qu'à nous louer des circonstances.
L'Allemagne à l'heure où elle entamait les opérations, a multiplié les fautes.
Son intérêt était d'avoir l'Italie avec elle pour attaquer notre fontière des Alpes et nous immobiliser quelques centaines de milliers d'hommes. Il était aussi de ménager l'Angleterre. Elle avait si bien compris ce dernier point que, brutalement, grossièrement, elle avait proposé au cabinet de Londres un marché : le Royaume-Uni eût assisté impassible aux événements, à l'invasion de la France que rêvait le Kaiser, et Guillaume II se fût borné à prendre nos colonies.
" Vous me proposez la honte ", a dit Edward Grey au prince lichnowski.
La diplomatie allemande a si bien manoeuvré que l'Italie est resté neutre, en attendant sans doute qu'elle fonce sur les provinces autrichiennes devenues vides de soldats et qu'elle réalise le voeu national : la reconquête de Trente et de Trieste.
Voilà 400.000 ou 500.000 hommes perdus pour l'allemagne et qui opéreront à un moment donné contre son alliée l'Autriche.
L'Angleterre, qui certes n'eût pas abandonné la France, mais dont les mouvements eussent pu être plus lents , a été avertie des prétentions allemandes par les déclarations naïves et brutales à la fois de l'ambassadeur allemand à Londres. Elle préparait son armée et sa flotte pour se trouver en ligne dès l'ouverture de la guerre.
Dans l'ordre politique, l'Allemagne s'est lourdement trompée. Ses indicateurs de 1870 valaient mieux que ceux de 1914 . Elle nous croyait divisés, irrémédiablement, déchirés par les partis politiques, incapables d'entente. Or, son agression a immédiatement réalisé l'accord. Une solidarité, une fraternité se sont accusées telles parmi nous que, de mémoire d'hommes, on n'en trouverait pas de comparables. Ceux qui niaient jusqu'à l'utilité des armées ont marqué un enthousiasme admirable pour la défense nationale.
Le chancelier de Bethmann-Hollweg avait supposé qu'il réduirait notre pays à la faveur de ses disputes. Il s'est heurté à un front continu de bons Français, qui n'avaient plus d'autre pensée que de sauvegarder, avec l'intégrité du sol national, la civilisation et le droit.
Enfin, l'on s'était imaginé, bien à tort, que l'état-major allemand était impeccable. IL y a bien un de Möltke à sa tête, mais il n'est que le neveu de l'autre : il ne paraît pas avoir hérité de ses talents. Il a commis la faute initiale d'attaquer la Belgique. Il avait pensé, sur la foi de n'importe quels éclaireurs diplomatiques, que les Belges ne résisteraient pas à l'armée allemande, qu'ils seraient trop heureux de coopérer à l'agression contre la France et de faciliter la marche des soldats germaniques. Ce de Möltke était si bien persuadé de leur lacheté et de leur félonie qu'il avait essayé de négocier avec le cabinet de Bruxelles. Il a été bien reçu; ses troupes ont été encore mieux reçues devant Liège. Il a trouvé la bravoure à la place de la lâcheté, la loyauté indéracinable à la place de la félonie.
L'attaque de la neutralité belge a d'abord porté à l'Allemagne un préjudice moral énorme. Tous les petits peuples sont en armes, prêts à briser l'assaut qu'elle pourra tenter de donner à l'un ou à l'autre. L'Angleterre a été entrainée à agir immédiatement, à la nouvelle de l'acte monstrueux des Allemands. Dans le monde entier, la réprobation a éclaté contre le prodédé honteux de la Germanie barbare.
Mais il il y plus. Comme les Belges ont écrasé à Liège un corps d'armée allemand, comme 120.000 Allemands au total ont été arrêtés devant la ville, l'état-major français, l'état-major belge, l'état-major anglais ont eu le temps de prendre toutes leurs précautions.
Il est grave de subir au début d'une campagne une défaite aussi caractérisée. Les conséquences de cette défaite se marquent déjà.
Le Kaiser comptait être le 11 à Paris. Or, nos troupes débordent la frontière, nos deux ailes sont en Belgique et en Alsace, notre concentration a pu s'achever, et les Russes sont entrés en Prusse.
La Belgique continue à faire merveille.
Des masses importantes de cavalerie allemande -plus de 10000 hommes-ont franchi la Meuse, prés de Liège et prés de Huy , et ont débouché en Hesbaye, à proximité du front de l'armée belge.
Il est évident que leur but était de pousser un raid, si possible, vers Bruxelles, et de terroriser la capitale. On les a vus à Tirlemont, à St Trond, dans divers cantons du Limbourg, mais les belges se sont bravement défendus. Ils ont repris Landen, noeud de chemins de fer important, que l'ennemi avait occupé, et ont repoussé ses avant-postes sur toute le ligne. Le général von Emmich, le vaincu de Liège, qui est le générallissime de l' armée allemande dans l'est de la Belgique, tient sa situation pour si périlleuse et si compromise, qu'il se fortifie dans la ville. Il tient la ville, mais les forts sont toujours aux mains de l'héroïque armée du général Leman. Les contingents français, belges et anglais sont désormais en contact étroit, dans une partie de la Belgique qu'il n'y a point lieu de préciser, et les états-majors se consultent en vue des opérations futures.
On Continue à arrêter quantité d'espions à Namur, à Bruxelles, à Anvers. Ces sujets de Guillaume II se considéraient comme chez eux. Ils s'imaginaient qu'en quelques heures, ils pourraient se rendre maîtres de la Belgique. Ils doivent apprécier désormais la gravité de leurs erreur.
Les deux croiseurs rapides allemands, le Breslau et le Goeben, qui avait bombardé Bône et Philippeville le 4 août, et qui s'étaient ensuite enfuis à toute vitesse pour se soustraire aux escadres française et anglaise, sont arrivés à l'entrée des Dardanelles.
Que feront les Turcs? D'aprés les règles du droit des gens, ils doivent les désarmer ou les renvoyer dans les 48 heures, mais il est douteux qu'ils se conforment à ces prescriptions d'ordre international. Nul n'ignore que l'influence allemande reste prépondérante à Constantinople et que le général allemand Liman von Sanders est chargé d'y réorganiser l'armée.


Jeudi 13 août
La France et l'Angleterre ont déclaré à l'Autriche, par l'entremise de sir Edward Grey, premier ministre britannique, qu'elles étaient en état de guerre avec elle. Cet état de guerre, ce n'est pas elles qui l'ont voulu ni créé, c'est l'Autriche qui a déclaré la guerre à la Russie et qui a envoyé des troupes bosniaques à notre frontière d'Alsace.
Les relations diplomatiques étaient déjà interrompues entre Paris et Vienne de par le rappel des deux ambassadeurs : MM Dumaine et le comte Szecsen. Cette déclaration de guerre a son importance : elle va permettre aux escadres française et anglaise de paralyser le ravitaillement de la Hongrie par l'Adriatique; elle leur permettra aussi d'aller bombarder la côte dalmate, et de seconder, de soutenir aussi la marche des Serbes et des Monténégrins contre les provinces slaves de la double monarchie.
On se bat sur l'Oyhain, à la frontière de la Meuse et du Luxembourg belge. C'a été une brillante affaire pour nos troupes, qui ont causé des dommages sensibles à l'artillerie allemande, décimé ou capturé un régiment de dragons : en tout, nous avons saisi 1000 ennemis.
Sur la crête des Vosges, et spécialement sur la trouée de Saâles, nous poursuivons avec avantages et nous dominons de mieux en mieux la vallée de la Bruche qui descend vers Strasbourg, mais nous avons subi un échec, d'ailleurs sans grande importance, à Xures, à la frontière de Meurthe-et-Moselle, et Pont-à-Mousson, ville ouverte, a été bombardé.
Les Belges, qui ont vaillamment repoussé à Haelen, à l'est de Bruxelles, 5000 Allemands, leur ont tué et blessé prés de 2000 hommes et fait de nombreux prisonniers. Ils ont remporté un autre succés à Eghezée, entre Bruxelles et Namur; ils ont encore obtenu d'autres avantages partiels. Ils ont tellement de prisonniers allemands qu'ils nous demandent d'en recevoir une partie chez nous.
Les Russes ont pénétrés en Prusse orientale et en Galicie, refoulant devant eux les couvertures allemandes et autrichiennes.
Le Goeben et le Breslau ont été achetés 100 millions pat les Turcs. Cette facétie de la Porte peut lui coûter cher. En tout cas, la Triple Entente va lui faire des représentations sérieuses.



Vendredi 14 août
Nous continuons à progresser à la frontière des Vosges. Aprés le col de Saâles, nous avons occupé la ville de ce nom et, sans pertes sérieuses, nous avons infligés à l'adversaire un échec signalé. Beaucoup de soldats se sont enfuis en abandonnant leurs uniformes.
Prés de Château-Salins, en Lorraine annexée, à Chambrey, nous avons surpris et décimé deux compagnies bavaroises.
On apprend que les flottes anglaise et française, ayant terminé la mission spéciale qui leur avit été dévolue, pendant les transports de toupes - dans le Pas de Calais, la Manche et la Méditerranée- vont prendre l'offensive.
La concentration des troupes alliées doit être assez avancée en Belgique, car le général French, le généralissime anglais, est attendu à Paris, d'où il ira rejoindre le front.
Nouveaux succés des Belges : 200 de leurs cyclistes militaires mettent en fuite 400 soldats allemands aprés leur avoir tué et blessé beaucoup de monde.
Nos aviateurs ont remporté de brillants avantages sur les aviateurs allemands, qui se dérobent autant qu'ils le peuvent au combat.
Le gouvernement a décidé de faire paraître un bulletin des armées de la République, afin de porter à la connaissance des soldats tous les événements qui se produisent sur la frontière. Il ajourne le paiement de certains loyers.
La Turquie n'a pas, comme on l'avait dit, débarqué les équipages allemands du Breslau et du Goeben : elle les a laissés à bord. C'est une véritable provocation.
D'aprés des informations sérieuses, le Japon va déclarer la guerre à l'Allemagne. Il s'efforcera alors, et ce lui sera facile, de prendre les possessions germaniques de Chine et détruire l'arsenal de Kiao-Tcheou, sur lequel le cabinet de Berlin fondait des espérances illimitées.


Samedi 15 août
Excellentes nouvelles de la frontière. En Alsace, nous avons repris Thann, que nos troupes avaient évacué.
Nous poussons nos avantages dans la vallée de la Bruche, où le général von Deimling, le commandant du corps de Strasbourg, le protecteur des officiers de Saverne, et dont l'insolence a été proverbiale à notre égard, a été grièvement blessé. En outre, nous avons pris un drapeau et ce fait d'armes provoque une satisfaction profonde chez tous les Français.
En avant de Lunéville, au point qui paraissait le plus exposé de notre fontière, nos soldats ont refoulé tout un corps d'armée bavarois, enlevé des localités à la pointe de la baïonnette, et capturé de nombreux prisonniers.
Enfin, nos aviateurs, survolant Metz, ont jeté des bombes sur les Hangars des Zeppelins, de ces fameux dirigeables qui devaient semer la mort, déverser des explosifs sur nos grandes villes.
La journée est donc bonne à tous égards.
A l'extérieur, une seule nouvelle mais des plus interessantes : le tsar Nicolas II a décidé de donner l'autonomie à la Pologne russe. Il convie les Polonais de Prusse et d'Autriche, ceux de Posen et de Cracovie, à rejoindre leurs frères de Varsovie pour reconstituer avec eux une nation de 25 millions d'hommes. On peut-être sûr que cet appel sera entendu dans tout le slavisme. Le grand duc Nicolas, généralissime de l'armée russe, a exprimé la pensée de l'empereur dans une vibrante proclamation. </DIV>


Dimanche 16 août
Le ministère de la Guerre communique d'intéressants détails sur nos succés de la veille. Nos forces de Lorraine ont battu le corps d'armée bavarois en plaine d'abord, sur les hauteurs ensuite et les pertes de l'ennemi sont déclarées trés sérieuses. Nos blessés se sont montrés admirables.
Nouvelle avance de ce côté : nous poussons jusqu'à Lorquin, à quelques kilomètres de Sarrebourg.
Dans le massif du Donon, qui vient d'être occupé et qui est la dernière sommité des vosges vers le nord, trés importante par sa situation. Plus bas, nous occcupons encore Ste-Marie-aux-Mines et St-Blaise, dans la vallée de la Bruche.
On annonce un grand combat à Dinant, sur la Meuse, entre Namur et Givet, nos troupes y ont eu l'avantage sur les Allemands. Notre cavalerie a fait merveille et a rejeté l'ennemi avec grosses pertes sur la rive droite de la Meuse.
On confirme des succés des croiseurs anglais sur la côte de l'Afrique orientale allemande.
Le généralissime britannique French, qui était venu passer quelques heures à Paris, où il s'est entretenu avec le Président de la République et avec les ministres, est repartie au début de la matinée. On n'indique pas la direction qu'il a prise.
Le Japon a lancé un ultimatum à l'Allemagne. C'est la guerre immédiate dans les mers de Chine.


Lundi 17 août
Continuation de nos succés dans la vallée des Vosges. Les Allemands se replient en grand désordre vers Strasbourg, laissant entre nos mains une quantité énorme de matériel.
En Lorraine et en Alsace nos troupes ont dépassé en moyenne de 10 à 20 km la ligne frontière.
Dans l'adriatique, la flotte franco-anglaise par l'amiral Boué de Lapeyrère, a coulé un croiseur austro-hongrois devant Antivari.
Les Serbes ont repoussé victorieusement les Autrichiens, à Chabatz, sur la Save. Ils ont pris quatorze canons.
On confirme la nouvelle que le Kronprinz a été grièvement blessé. Est-ce à la suite d'un attentat ? Est-ce sur le champ de bataille ?
La Turquie désarme les croiseurs allemands.


Mardi 18 août
Rapport concis et éloquent du général Joffre, daté de Vitry-le-François. Nous tenons les vallées des Vosges : les Allemands ont battu en retraite au sud de Sarrebourg. Nous occupons une bonne partie de la Lorraine annexée, nous sommes les maîtres de la vallée de la Seille et dominons celle de la Sarre; Château-Salins est à nous. Partout notre artillerie a produit un effet démoralisant sur l'adversaire.
Des nouvelles de Hollande confirment le bruit que le Kronprinz a été blessé. Le Kaiser serait auprès de son fils à Aix-la -Chapelle.
Les Allemands ont évacué Landen, en Belgique, sur la ligne de Liège à Bruxelles. Ils ont tenté vainement de passer la Meuse, au dessus de Houx, car nos batteries ont fait, dans leurs rangs, d'effroyables ravages. Les Belges attendent avec sang-froid la grande bataille dont on parle depuis tant de jours.


Mercredi 19 août
Les troupes françaises continuent à progresser dans la Haute-Alsace, mais les Allemands ont repris Villé, dans une vallée latérale à l'Ill. En Lorraine annexée, nos soldats occupent la ligne de la Seille, Château-Salins, Dieuze, Delme et Morhange, localité importante, puiqu'elle commande la ligne de Sarrebourg à Metz.
En Belgique, Les Allemands ont bombardé Tirlemont, entre liège et Bruxelles. Ils ont ensuite poussé au delà vers le nord-est. Les populations effrayées s'enfuient, devant eux, dans la direction de Bruxelles et d'Anvers.
Les forts de Liège tiennent toujours. Les forces germaniques, ont décidément tourné la place par l'est, s'approchant même des premiers forts d'Anvers.
Entre Liège et Namur, des masses allemandes ont franchi la Meuse - vraisemblablement à Huy.
Notre cavalerie a eu un succés sur la cavalerie ennemie à Florenville, dans le Luxembourg belge.
Une note officielle dit que, désormais, et d'après des documents sérieux, la responsabilité du haut commandement allemand dans les atrocités de Belgique et de la Lorraine française est absolument démontrée.


Jeudi 20 août
Les Allemands ont atteint, en Belgique, à l'est de la Meuse, la ligne Dinant-Neufchâteau.
Des masses ennemis ont franchi la Meuse, près de Huy, et sont arrivées sur la Dyle,entre Bruxelles et Anvers.
Enfin, une avant-garde de cavalerie allemande a occupé Bruxelles.
Dans la Haute-Alsace, brillant succés français. Combat à notre avantage entre Altkirch et Mulhouse, reprise de cette ville; capture de nombreux prisonniers et de 24 canons. Occupation de Guebviller. En Lorraine annexée, nos avant-gardes rétrogradent jusqu'à la Seille et au canal de la Marne au Rhin. Mais le gros de nos troupes est là solidement établi.
Succés des Russes qui, après avoir culbuté les Allemands à Eydtkuhnen, ont pris la ville importante de Gumbinnen en Prusse. En Galicie, ils poursuivent leur marche vers Lemberg.
Echange de télégrammes cordiaux entre M.Poincaré et Georges V.
 



L'Alsace redevient française.
La sortie du tunnel de Bussang qui débouche en terre d'Alsace
 
Vendredi 21 août
Le gouvernement publie des détails sur la reprise de Mulhouse. L'affaire a été des plus brillantes pour nous, car les ennemis ont été repoussés en désorde au delà du Rhin, sur le duché de Bade, et nos avant-gardes sont en marche vers Colmar et Neuf- Brisach. Le Général Pau a commendé cette offensive.
En Lorraine, on confirme la retraite de nos détachements sur les corps principaux, qui couvrent les ouvrages avancés de Nancy et s'appuient sur le Donon.
En Belgique, l'armée belge est entrée presque toute entière dans le camp retranché d'Anvers.
La cavalerie allemande a traversé Bruxelles, puis a continué sa route, la ville étant frappée d'une contribution de 200 millions de francs. Les Allemands se sont massés devant Namur et leur artillerie lourde a commencé à envoyer des boulets sur la place. Ils poursuivent leur marche vers l'ouest, c'est à dire vers la frontière française, par les deux rives de la meuse.
Les Serbes viennent d'infliger une nouvelle défaite aux Autrichiens. La bataille a été importante, puique 300.000 hommes étaient en présence.
L'Angleterre annonce qu'elle a un million de soldats sous les armes, dont une partie importante pourra être débarquée sur le continent.
 


Samedi 22 août
la retraite de nos troupes s'est accentuée en Lorraine. Elle nous a coûté des pertes assez sérieuses, mais l'ennemi a subi des pertes égales. Il a été arrêté par nos contingents au nord de Lunéville et aucune de nos unités n'a encore traversé la Meurthe. D'ailleurs les opérations qui ont lieu sur ce front n'auront qu'une valeur secondaire.
Tout l'intérêt se porte sur la Belgique. Ici, les Anglais ont pris contact à Waterloo avec les Allemands. Nos forces se sont heurtées aux forces ennemies en avant de Charleroi, entre cette ville et Namur, c'est-à-dire sur un champ de bataille classique et qui a été souvent favorable à nos armées. Les troupes allemandes cantonnées à Bruxelles ont quitté précipitamment cette capitale pour descendre vers Namur par Nivelles.
Les nouvelles de la Haute-Alsace sont bonnes. Nous occupons trés fortement les cols des Vosges.
Le succés des Serbes et des Russes se confirment. Les troupes du tsar ont abordé maintenant la Galicie par deux côtés. Elles ont dépassé en Prusse, Gumbinnen.
Le Japon est prêt à bombarder Kiao-Tchéou, son ultimatum étant arrivé à échéance sans que l'Allemagne ait donné une réponse favorable.
L'Angleterre prêtre 250 millions à la Belgique pour lui permettre de se libérer de ses contributions de guerre de Bruxelles et de Liège vis-à-vis de l'Allemagne.


Dimanche 23 août
Les Russes ont poursuivi les corps d'armée allemands qu'ils avaient culbutés à Gumbinnen.
Ils sont entrés dans la ville d'Insterburg qui compte plus de 350000 âmes et où ils trouvent des dépôts de vivres et de munitions importants. Insterburg est déjà à 62 kilomètres sur le territoire prussien et à 60 kilomètres de Königsberg. Les forces allemandes dans cette région semblent avoir été complètement dispersées. Elles ont perdues au moins 8000 prisonniers. La marche des Russes devient d'une signification décisive, car ce ne sont pas les forts élevés en Prusse et qu'ils ne peuvent tourner qui les gêneront beaucoup. Le généralissime russe, le grand-duc Nicolas, en signalant cette brillante victoire au gouvernement français, par l'entremise de Mr Isvolski, et en lui faisant connaître en même temps qu'il avait pris beaucoup de matèriel roulant, a ajouté que les forces russes en Prusse étaient septuples des forces allemandes.
Ainsi les slaves du nord remportent comme les slaves du sud, les Serbes, succés sur succés. Les Monténégrins avancent à nouveau en Herzégovine.
Mais la grande lutte se déploie sur notre frontière.
Les Allemands, fort de 12 ou 14 corps d'armée, se sont acheminés de Liège et d'Arlon, par Bruxelles ou les rives de la Meuse, vers la Sambre. Ils ont dû laisser une forte garnison devant les forts de Namur qui les criblent d'obus, mais des masses énormes sont arrivées près de Charleroi. La gare a été bombardée samedi. Alors, nos troupes ont pris l'offensive sur toute la ligne.
En Lorraine, notre retraite s'est encore accentuée.
Lunéville a été occupée par l'ennemi. On dit que certains régiments, pris de panique, n'ont pas suffisamment résisté. Ils seront châtiés. Mais nos unités se trouvent encore sur la rive droite de la Meurthe, couvrant Nancy. Nous avons dû, pour éviter que nos contingents de ce côté restassent en l'air, abandonner le Donon et la trouée de Saales que nous avions acquis si chèrement.
Un Zeppelin, le dirigeable n°8, a été abattu par notre artillerie, près du fort de Manonviller.
L'armée belge, entrée dans le camp retranchée d'Anvers et forte de 250.000 hommes, a envoyé des colonnes volantes vers Malines pour purger de ce côté le territoire des Allemands qui s'y trouveraient.


Soldats Serbes blessés
Lundi 24 août
Nouvelle poussée russe. Les armées du tsar sortent maintenant de Pologne, à 180 kilomètres à l'ouest d'Insterburg, et menacent la ligne de Dantzig. Ils sont à Soldau et à Willenberg.
La bataille continue en Belgique.
Les Serbes ont infligé un nouvel et grave échec aux Autrichiens.
On dément la maladie de François-Joseph, comme la fuite du roi d'Albanie.
Les hostilités ont commencé entre le Japon et l'Allemagne, ce dernier pays ayant refuser d'évacuer Jiao-Tcheou. Cette ville ne va pas tarder à être prise.
Le ministère de la Guerre communique le dispositif de nos forces aux frontières Est et Nord-Est :
1° L'armée du général Pau couvre les Vosges, la Haute-Alsace et la vallée de la Meurthe -de Badonviller à Dieulouard près de Pont-à-Mousson.
2° Une armée est sortie de la Woëvre, c'est-à-dire des plateaux des alentours de Verdun, pour aller chercher les troupes ennemies sur la Semoy.
3° Une autre armée marche de Sedan sur le Luxembourg belge vers la Lesse.
4° Une armée franco-anglaise a comme base d'opérations Chimay et progresse entre Sambre et Meuse.
5° Une armée franco-anglaise va de Mons à Charleroi.
6° Un groupe considérable attend à l'extrême gauche de ces troupes.


Lundi soir, 24 août
Nos armées, aprés avoir pris l'offensive sur toute la ligne, ont dû se replier sur la frontière du Nord et du Nord-Est.Les forces anglaises ayant été attaquées, nos force se sont portées à leur secours. Nos soldats d'Afrique ont été admirables et ont infligé d'énormes pertes à la garde prussienne, à l'ouest de la Meuse.A l'est de la Meuse, nous avons foncé vers la Semoy, mais nous avons été contenus. En somme, notre retraite s'est opérée par ordre et avec discipline. Nous seront temporairement sur la défensive du côté de Maubeuge.Les Russes progressent de toutes parts. Une première armée a détruit les trois corps allemands de la Prusse orientale, une autre marche vers Dantzig, une troisième va vers Thorn, une quatrième vers Posen, une cinquième vers Breslau, en Silésie. Elles mettront en oeuvre des contingents énormes.La flotte japonaise a continué le bombardement de Tsing-Tao (Kiao-Tcheou), où 5000 Allemands ont reçu l'ordre de résister jusqu'à la mort.


Officiers en tournée d'inspection en Haute-Alsace

Mardi 25 août
Les Allemands ont repris l'offensive dans le Nord contre nos troupes. Ils ont été vigoureusement contenus.
Les forces franco-anglaises, qui reçoivent sans cesse des renforts, sont en bonne posture avec Givet comme centre. A l'Est de la Meuse, nous tenons tous les débouchés de l'Ardenne, et nous avons repris l'offensive vers Virton, où le 6e corps s'est distingué.
Le généralissime a arrêté la poursuite pour reformer la ligne de front.
En Lorraine, deux armées françaises ont pris l'offensive, partant l'une du Grand-Couronné, l'autre des environs de Lunéville. Le canon s'éloigne de Nancy. Le 15e corps a fait une contre-attaque brillante sur la Vezouze. Le moral est excellent là comme partout.
La Haute-Alsace a été évacuée par ordre du généralissime qui voulait concentrer ses forces sur la Meuse.
Des postes de uhlans ont fait leur apparition dans notre département du Nord, mais leur écrasement est certain.
Un Zeppelin a jeté des bombes sur Anvers et tué huit personnes. Namur tient toujours et les Belges ont repris Malines.
Les Russes sont entrés à Osterode, à 240 kilomètres de leur frontière Occidentale, en Prusse, et entourent Königsberg.
Un oncle de Guillaume II a été tué dans la bataille de Charleroi.


Mercredi 26 août
Notre action offensive se développe dans la région lorraine, entre Nancy et les Vosges. Elle progresse même sur plusieurs points, malgré le retrait sur St-Dié. L'ennemi, en tout cas, a subi des pertes considérables. Plus de 1500 cadavres ont été relevés sur un espace des plus restreints. Dans la Woëvre, à l'est de Verdun, aucune attaque ne s'est encore produite.

 
Dans le Nord, la grande bataille se livre et notre résistance continue vigoureusement, bien que la ligne franco-anglaise ait été légèrement ramenée en arrière.
On annonce la mort sur le champ de bataille du prince Frédéric de Saxe-Meiningen, parent de Guillaume II par alliance.
Un Zeppelin a vainement essayé de bombarder Anvers; le maréchal von der Goltz, technicien militaire, ancien instructeur des troupes turques, a été nommé gouverneur général de Belgique.
Les Russes ont enlevés de nouvelles villes dans la Prusse orientale.
Le cabinet Viviani s'est réformé sur des bases nouvelles : Mr Millerand prend la Guerre, Mr Delcassé les Affaires étrangères, Mr Ribot les Finances. Deux socialistes entrent dans la combinaison : Mr Sembat aux Travaux Publics et Mr Jules Guesde, ministre sans portefeuille.
Le général Galliéni est nommé gouverneur militaire de Paris. Un décret est pris pour assurer la nomination à des grades supérieurs et sans condition d'ancienneté d'officiers qui se seraient distingués sur les champs de bataille. C'est le rajeunissement des cadres.


Jeudi 27 août
Notre offensive continue à être foudroyante en Lorraine; nous avons fait reculer du côté de Saint-Dié les forces allemandes qui s'étaient avancées vers cette ville et qui l'avaient bombardée. Plus au nord-ouest, nous avons infligé à l'ennemi des pertes énormes. On a trouvé sur deux courts espaces 2500 et 4500 cadavres allemands.
Longwy a capitulé aprés un siège heureusement soutenu de 24 jours, où la moitiè du bataillon qui formait la garnison a été détruite. Le gouverneur de Longwy, le lieutenant-colonel Darche, a été promu officier de la Légion d'honneur.
Sur la Meuse, du côté de Mouzon, où l'ennemi nous avait attaqués, nos troupes l'ont vigoureusement refoulé en lui enlevant un drapeau.
Les troupes de la défense mobile de Namur et le régiment français qui s'était joint à elles ont rejoint le gros de nos forces.
Les Anglais, qui forment notre extrême gauche dans le Nord, ont dû se replier légèrement aprés une valeureuse offensive, mais nous avons gardé nos propres positions.
Les Russes ont pénétrés en Posnanie, allant de Varsovie sur Posen qui est à 350 kilomètres de Berlin où l'effroi grandit.
Le Kaiser Wilhelm der Grosse, un des plus beaux paquebots allemands, transformé en croiseur marchand, a été coulé par un croiseur anglais. Il valait 60 millions.
Le mouvement anti-autrichien s'accentue à Rome.


Vendredi 28 août
La situation de notre front, de la Somme aux Vosges, est restée ce qu'elle était la veille. Les forces allemandes paraissent avoir ralenti leur marche. Il est certain que les deux armées belligérantes se replient vers Königsberg et Allenstein, la défense mobile de Königsberg est refoulée sur la place.
En Galicie, les Russes marchent sur Lemberg dont ils ne sont plus séparés que par une trentaine de kilomètres.
La famine menace Berlin et les rumeurs socialistes circulent.
Lord Crewe annonce à la Chambre des communes que les troupes de l'Inde vont venir en Europe. Le gouvernement anglais publie un Livre Bleu d'où il ressort que le chancelier Bethmann-Hollweg considérait le traité de neutralité de la Belgique comme un chiffon de papier.
Les Allemands ont bombardé Malines sans y entrer.
Des forces anglaises occupent Ostende.
La flotte anglaise a livré une première bataille navale à Héligoland, coulant deux croiseurs et deux contre-torpilleurs allemands, incendiant un troisième croiseur.
 


Samedi 29 août
La progression de nos forces s'accentue en Lorraine -nous sommes maîtres de la ligne de la Mortagne.
Sur la Meuse, aucun combat ne s'est produit.
Violente action, mais sans résultat décisif, dans la région Lannoy, Signy-l'Abbaye, Novion-Porcien, etc. Ici l'attaque sera à reprendre.
A l'aile gauche, grande bataille, où quatre de nos corps ont été engagés. Succés à la droite, où le 10e corps allemand et la garde prussienne, décimée une fois de plus, ont été repoussés.
Mais repliement à la gauche, les forces allemandes progressent ici dans la direction de la Fère.
Le gébéral Pau, qui est venu conférer avec M. Millerand, à Paris, est reparti pour le front.
L'armée russe a remporté de nouveaux avantages sur les débris des corps allemands qui s'étaient repliés de Gumbinnen et qui avaient reçu de nouvelles troupes. Elle occupe Allenstein et investit Königsberg. En Galicie, se déploie une grande bataille austro-russe, qui met un million d'hommes aux prises et qui doit durer plusieurs jours.
Un Zeppelin a été abattu en Pologne russe.
Le bombardement de Kiao-Tchéou se poursuit.
Le gouverneur militaire de Paris, le général Gallieni, a ordonné de démolir les immeubles édifiés dans la zone des forts anciens et nouveaux.


Dimanche 30 août
Des combats violents se sont encore livrés sur les Vosges et en Lorraine.
Sur la Meuse, prés de Verdun, à Dun, un régiment d'infanterie allemande qui tentait de passer le fleuve a été complètement anéanti.
Dans la région de l'Aisne et de la Somme, l'aile marchante de l'armée ennemie nous a forcés à nous replier.
La Belgique envoie une délégation composée de trois ministres d'Etat en Amérique pour protester contre la destruction de Louvain et les autres actes de férocité commis par les allemands.
Mais Guillaume II, de son côté, a chargé le comte Bernstorf, son ambassadeur à Washington, et M.Dernburg, sous-secrétaire d'Etat des colonies, de riposter à ces accusations. Cette riposte ne trompera personne.
Les Russes livrent une grande bataille sur tout le front en Galicie à l'armée austro-hongroise à laquelle ils ont causé des pertes cruelles.
Sur la Vistule, ils livrent bataille aux corps allemands qui subsistent encore et qui ont été renforcés des garnisons de Graudenz et de Thorn.
Le cardinal Agliardi, vice-doyen du Conclave, a l'intention de proposer à celui-ci d'intervenir auprès des belligérants pour qu'ils concluent un armistice durant le conclave.